Macron, le choix de l’Europe

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Emmanuel Macron propose un programme réaliste pour la présidentielle en s’inscrivant dans les institutions européennes. Sur sa gauche, tant Benoît Hamon que Jean-Luc Mélenchon veulent, chacun à leur manière, négocier un allègement de la dette souveraine française, ce qui passera par un bras de fer avec l’Allemagne.

Emmanuel Macron est un véritable OVNI politique : sans programme, en dehors des clous des partis traditionnels, en s’appuyant sur le profond désir de renouvellement de la vie politique, il a réussi en quelques mois à s’imposer dans une campagne pour l’élection présidentielle riche en rebondissements. Son principal actif est aujourd’hui d’apparaître comme le candidat le plus crédible pour faire barrage à une victoire du Front national le 7 mai. C’est pour cela, tout autant qu’à cause des difficultés judiciaires de François Fillon ou des divisions de la gauche, que Macron est désormais solidement installé en deuxième position dans les sondages, derrière Marine Le Pen. Même le soixante-huitard Daniel Cohn-Bendit a choisi de rejoindre la « révolution Macron », plus par pragmatisme européen, comme il l’a dit lui-même, que par adhésion à un projet qui reste encore très flou. Et quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup, dit l’adage.

Prudent et réaliste

Certes, on dispose désormais du cadrage macro-économique du candidat Macron : prudent et réaliste, il est le seul à choisir de respecter les engagements européens de la France dès 2017 en confirmant l’objectif d’un déficit sous les 3 % du PIB. Aucune mesure additionnelle, fiscale ou sociale, ne sera prise à l’été, assure-t-il. Macron se situe de ce point de vue dans la continuité de la stratégie budgétaire de François Hollande, dont il est vrai il a été le principal inspirateur. Pour Macron, jouer les matamores en promettant de « renverser la table » par un bras de fer avec Berlin et Bruxelles, cela « ne rime à rien et n’a jamais fonctionné ».

Le bras d’honneur de Hamon à ses créanciers

Cela ne fait pas un programme, mais cela tranche avec les récentes prises de position de Benoît Hamon qui dans un rapprochement de fait avec Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à brandir l’arme du « moratoire » sur la dette et à promettre un « bras de fer » avec l’Allemagne. Incroyable virage du parti socialiste qui après avoir gouverné cinq ans envisage désormais publiquement une restructuration de la dette française qu’il a, il est vrai, largement contribué à creuser : « Il faudra regarder ce qu’on pourra rembourser ou ne pas rembourser », a dit le candidat socialiste sur France Inter. « Il y a une dette vis-à-vis de la planète que nous ne pouvons pas rembourser (et celle) vis-à-vis des banquiers que nous pouvons tout à fait renégocier ». Une déclaration qui situe Benoît Hamon dans la posture du débiteur prêt à faire un bras d’honneur à ses créanciers, au risque que ceux-ci ne lui prêtent plus. Or, la France est en volume le deuxième plus gros emprunteur de la zone euro derrière l’Italie.

Pourquoi réveiller l’hydre des marchés

Rien pourtant n’impose à la France de faire ce choix aventureux. Malgré une tension récente face à la montée du risque Le Pen – celui d’une sortie de la zone euro et d’un retour au franc (qui pourrait être la conséquence imprévue du moratoire envisagé par Hamon) -, les taux d’intérêt à dix ans sur la dette française restent supportables à 1 %. Sachant que la France emprunte à bon compte, avec un poids des charges financières relativement stables malgré l’explosion de l’endettement public, à quoi sert-il d’aller ainsi réveiller l’hydre des marchés en l’inquiétant inutilement. L’état de la France n’est pas, pas encore, à ce point catastrophique pour que la sixième puissance économique mondiale puisse envisager de faire défaut sur une signature souveraine jusqu’ici considérée comme l’une des meilleures au monde.

Macron veut coopérer avec l’Allemagne

La stratégie d’Emmanuel Macron est inverse : plutôt que d’affronter l’Allemagne, il joue la carte de la coopération. C’est à la France, selon lui, de démontrer son sérieux, d’engager les réformes structurelles si longtemps retardées, pour engager ensuite une négociation avec l’Allemagne après les élections de l’automne prochain. Cela n’empêche pas Emmanuel Macron de reconnaître que la situation économique de l’Allemagne est une aberration en Europe : avec 9 % d’excédent courant, « ils sont arrivés au bout de leur modèle de surconsolidation budgétaire », dit-il dans les Échos. Mais, plutôt que le pari hasardeux d’un bras de fer avec Berlin, Emmanuel Macron est convaincu que le calendrier politique européen est favorable à une sortie des politiques d’austérité qui ont freiné la croissance européenne depuis le début de la décennie. Cette position aura certes bien du mal à convaincre les eurosceptiques. Mais elle rassure les Allemands, inquiets de la montée des populismes en Europe et effrayés de voir le Front national aux portes de l’Élysée. Et elle propose finalement une alternative claire aux Français pour le second tour de la présidentielle : si elle oppose Emmanuel Macron à Marine Le Pen, ce sera bien la question « pour ou contre l’euro et l’Europe », qui devra être tranchée, 25 ans après la signature du traité de Maastricht et le référendum passé ric-rac en septembre 1992…

Cette tribune a initialement été publiée sur le site de La Tribune.

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