Notre Europe reste a? construire

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Apre?s des semaines de ne?gociations aussi inquie?tantes pour la Gre?ce que pour l’Europe, le 13 juillet a e?te? une bouffe?e d’air frais : la Gre?ce restera dans la zone euro. 

Gilles Pargneaux est eurodéputé, membre du groupe de l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates.

Le Grexit peut, pour l’instant, e?tre retire? de la liste des dangers qui menacent l’Europe. Le ro?le de Franc?ois Hollande a e?te? de?terminant pour remporter ce combat alors que la de?faite devenait de plus en plus palpable au fur et a? mesure de la poursuite des ne?gociations entre les E?tats de la zone euro. Pour autant, cette victoire du pre?sident de la Re?publique doit e?tre non pas l’aboutissement, mais le de?but d’un travail en profondeur sur l’avenir de l’Europe.

L’Europe a e?te? sauve?e cette semaine

Le rappeler n’est pas du luxe : sans l’action de Franc?ois Hollande, nous ferions aujourd’hui face a? la sortie de l’un des E?tats membres de la zone euro. Compte tenu la situation financie?re et e?conomique grecque, cette sortie aurait e?te? un de?sastre pour un pays qui est de?ja? dans une situation humanitaire inacceptable pour l’Union europe?enne. Plus largement, la sortie de ce pays de la zone euro aurait mis un coup fatal a? l’ide?e d’une construction europe?enne irre?versible.

Si l’Europe a effectivement e?te? sauve?e cette semaine par Franc?ois Hollande, ses ennemis inte?rieurs sont toujours a? l’affût. Les conditions drastiques, presque surre?alistes, de re?formes impose?es par l’Eurogroupe, sous l’influence de?le?te?re de Wolfang Scha?uble, le ministre des Finances allemand, n’augurent pas des jours meilleurs pour la solidarite? europe?enne. Ces faucons de la politique europe?enne sont la caricature d’une Europe politique dans l’impasse, mine?e par la strate?gie du plus petit de?nominateur commun et la valse des e?goi?smes nationaux.

L’Europe des comptables, aveugle face aux ve?ritables dangers de l’Union

Au-dela? de l’impasse que repre?sente une Europe financie?re et comptable, ne nous voilons pas la face : de graves menaces guettent l’Europe. La question grecque est aussi et surtout ge?opolitique : le feu est aux portes de notre continent. A? l’Est, les tensions entre la Russie et l’Ukraine ne trouvent pas d’issue. Au sud, Daech et ces hordes d’extre?mistes pullulent, menacent nos partenaires et s’infiltrent dans nos territoires et chez certains de nos concitoyens pour semer la terreur et l’ide?ologie de la mort.

Comple?mentaire du proble?me se?curitaire, la question migratoire. La Gre?ce est un E?tat qui subit une e?norme pression migratoire. Un million de Syriens sont aujourd’hui en Turquie et souhaitent entrer dans l’espace Schengen. Laisser tomber la Gre?ce reviendrait a? affaiblir dramatiquement notre capacite? commune de ge?rer dignement ces personnes. La? encore l’Europe des comptables n’est pas a? la hauteur. Le dernier Conseil europe?en a acte? le refus d’une action contraignante en la matie?re et a ainsi asse?ne? un e?nie?me coup a? la notion de solidarite? europe?enne.

Autre danger qui menace l’Europe : la sortie de la Grande-Bretagne de l’Europe. Si ce re?fe?rendum est pour l’instant hautement incertain, il est clair que l’ente?tement auste?ritaire et le traitement de la Gre?ce par l’Union ne seront pas des atouts pour les partisans du maintien de ce pays dans l’Union europe?enne. C’est au final cette Europe des comptables qui pourrait e?tre le principal acteur de la de?sunion europe?enne.

Construire notre Europe

Le constat est donc amer. Au moment ou? l’Europe fait face a? de nombreux dangers, une majorite? de nos concitoyens doutent malheureusement de notre capacite? a? les prote?ger. Ce spectacle d’une Europe pe?re fouettard et ennemi de la solidarite? sape les fondements d’un projet ou? la solidarite? est au cœur. Ce qui se passe aujourd’hui par rapport a? la Gre?ce est la conse?quence d’une politique d’auste?rite? aveugle.

Notre pre?sident Franc?ois Hollande a ouvert une bre?che dans cette pense?e unique « auste?ritaire ». Une telle Europe ne peut e?tre un projet politique solide et durable.

Devant un tel diagnostic, le pre?sident de la Re?publique a raison de plaider pour un gouvernement e?conomique et un parlement de la zone euro. Aujourd’hui, le constat est celui d’une zone euro inefficace sous le joug de la droite europe?enne la plus ultralibe?rale e?conomiquement. Cette gouvernance e?conomique de la zone euro doit e?tre accompagne?e par une mobilisation des instruments financiers europe?ens en faveur de la croissance et par une politique d’alle?gement du poids de la dette dans les pays en difficulte?. C’est ce que propose le think tank Notre Europe-Institut Jacques Delors pour de?finir cette autre Europe que nous appelons de nos vœux.

En de?finitive, si cette Europe est celle de la dernie?re chance, des solutions existent pour sortir de l’ornie?re. Mettre en place une ve?ritable union politique et donner un gouvernement de?mocratique a? la zone euro repre?sentent des e?tapes de cette sortie de crise. L’Europe est un grand projet politique et non l’instrument des extre?mistes comptables. Construire cette autre Europe est un enjeu gigantesque : celui de notre place dans l’Histoire.

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