Renforcer l’ambition de l’UE dans l’espace: une priorité stratégique qui se construit aujourd’hui

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Franck Proust [UMP/Flickr]

Durant les prochains mois, le Parlement européen discutera du cadre financier pluriannuel pour 2021-2027. Ce budget déterminera les ambitions de l’Union européenne pour la prochaine décennie. Ainsi, l’avenir s’écrit maintenant !

Franck Proust est un eurodéputé PPE (Les Républicains) originaire de Poitiers. Il est notamment membre de la commission parlementaire du commerce international.

S’il y a un domaine où la « plus-value européenne » n’a pas besoin d’être démontrée, c’est le spatial : sans coopération européenne, Galileo – le GPS européen-  et Copernicus – programme Européen d’observation de la terre sans équivalent dans le monde- n’auraient jamais vu le jour.

Le spatial, c’est aussi l’un des domaines où l’Europe joue dans la cour des grands, aux côtés des États-Unis, de la Russie et de la Chine. Avec seulement 4% de la main d’œuvre industrielle mondiale et des investissements institutionnels trois à quatre fois moins élevés qu’aux USA ou en Russie, notre industrie spatiale européenne est extrêmement performante et compétitive.

L’Europe spatiale est néanmoins sous pression, alors que les États-Unis, la Chine et la Russie ont récemment réaffirmé de grandes ambitions sur la question spatiale. La Commission européenne, en proposant un budget de 16 milliards d’euros pour la politique spatiale de l’UE post-2020, semble avoir appréhendé la nécessité de concevoir une politique spatiale à la hauteur des enjeux – mais nous devons aller encore plus loin.

Bruxelles veut sa place à la table des grandes nations spatiales

Sous l’impulsion de la commissaire européenne Elżbieta Bieńkowska, l’Europe est en train de devenir un géant de l’espace sur le plan politique. Elle seule a le poids et les moyens pour boxer dans la même catégorie que Washington, Pékin et Moscou. Un article de notre partenaire, La Tribune.

En terme de souveraineté, tout d’abord : le spatial est en effet un élément clé de notre autonomie stratégique. À cet égard, l’ambition affichée par la Commission pour la mise en place d’un programme de télécommunications sécurisées (Govsatcom) et de surveillance des débris spatiaux (SST) reste encore trop modeste : entre l’annonce récente de la création d’une « space force » par Donald Trump et les révélations de tentatives d’espionnage russe sur le satellite militaire français Athena-Fidus, la sécurité dans l’espace, mais également la sécurité depuis l’espace, doivent constituer les nouvelles priorités de notre politique spatiale.

De la même façon, il nous faut assumer le caractère stratégique de la politique spatiale, en mettant en œuvre sans ambiguïté un principe de « préférence européenne » dès lors que les autorités publiques européennes et nationales souhaitent recourir à des services de lancement. Toutes les autres puissances spatiales appliquent ce principe de préférence domestique à la lettre, depuis longtemps déjà. . Comment accepter alors que l’Allemagne fasse de lancer plusieurs de ses satellites avec un lanceur américain, alors que nous toutes les ressources en Europe pour le faire ? Imaginons-nous sérieusement un jour les Américains faire appel à nos lanceurs pour leurs satellites ? Non. Ainsi, Il est temps de donner à notre filière européenne des lanceurs les moyens de se battre à armes égales avec ses concurrents.

En terme de recherche, ensuite, tant, dans ce domaine plus que dans tout autre, il est indispensable d’avoir « un coup d’avance » dans la course à l’innovation qui caractérise le secteur spatial. En cela, le programme Horizon Europe, nouvelle version d’Horizon 2020, qui est le programme de financement des projets de recherche et innovation européen, devra sacraliser des fonds permettant de soutenir le développement des technologies nécessaires pour l’évolution des programmes Galileo et Copernicus, la mise en œuvre des programmes Govsatcom et SST, et soutenir la compétitivité du secteur sur le long-terme.

En terme socio- économique, enfin, tant le spatial emploie, de manière directe ou indirecte, des centaines de milliers de personnes à travers toute l’Europe. Les retombées des applications spatiales sont aujourd’hui si nombreuses – a fortiori avec l’avènement de la société numérique- que sans satellites, « la terre s’arrêterait de tourner » ! Maximiser le recours aux technologies et données spatiales dans des domaines comme l’agriculture, le maritime, les transports intelligents, l’internet des objets, la smart city ou la 5G constitue encore une orientation perfectible des politiques européennes, et un terreau de croissance encore inexploitée

À travers ces nombreux enjeux, l’objectif que nous appelons de nos vœux, c’est bien celui d’une « Europe des résultats », efficace, tournée vers l’excellence et qui protège nos concitoyens. Réalisme dans l’orientation budgétaire et audace dans les priorités que nous fixons à notre programme spatial : tels sont les deux ingrédients qui doivent guider aujourd’hui les grandes lignes d’une stratégie ambitieuse et cohérente pour construire l’Europe spatiale de demain.

Europe spatiale: la bombe incendiaire de Tom Enders

Dans un courrier adressé à Angela Merkel et Emmanuel Macron, le patron d’Airbus attaque frontalement l’ESA et les agences spatiales nationales, qu’il juge dépassées. Il souhaite que l’industrie discute directement avec les États. Un article de notre partenaire, La Tribune.

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