Syriza doit réussir !

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Paul Magnette

Après la victoire écrasante de Syriza et les réactions très diverses qui ont suivi, Paul Magnette, ministre-président wallon et ancien Président du Parti Socialiste belge, explique pourquoi il est essentiel pour la gauche de soutenir le parti d’Alexis Tsipras.

Paul Magnette est ministre-président wallon et ancien Président du Parti Socialiste belge. Il est aussi bourgmestre de Charleroi.

La victoire électorale éclatante du parti Syriza plonge les forces politiques traditionnelles en plein désarroi. Seuls les plus radicaux se sont bruyamment réjouis de la victoire d’une formation qui est désormais leur porte-drapeau européen – même notre PTB national, qui soutenait pourtant le vieux KKE stalinien. Les socialistes et sociaux-démocrates, de leur côté, ont hésité entre silence gêné et hommage prudent – à la fois par respect pour le défunt Pasok, et parce que l’aventure pourrait tourner court.

Cet événement politique devrait pourtant susciter un vaste soutien, au-delà de la gauche, pour deux raisons au moins. La première c’est que Syriza a largement raison quand il critique les politiques d’austérité aveugles promues par la Troïka, et qu’il peut offrir à une Europe qui n’ose pas reconnaître qu’elle s’est fourvoyée depuis le début de la crise financière de 2008, un excellent prétexte pour accélérer son changement de cap. Le plan Juncker, et le « quantitative easing » de la Banque centrale européenne sont, malgré toutes leurs limites, des signes évidents que les temps commencent à changer. Mais cette transition échouera si les institutions européennes continuent d’affirmer que les règles de la discipline budgétaire ne sont pas discutables. Il est dans l’intérêt de l’Union de faire la preuve qu’elle entend les protestations des citoyens, et de démontrer ainsi qu’elle est vraiment une aventure politique, et pas seulement un grand marché encombré de règles budgétaires.

La seconde raison de souhaiter le succès de Syriza, c’est qu’il peut constituer le meilleur antidote à la crise politique profonde que traverse l’Europe. Acquises à la cause européenne et à la discipline qu’elle comporte, les trois grandes familles politiques du continent, libéraux, conservateurs et socialistes, ont souvent hésité à critiquer ouvertement les options prises par la Commission et le Conseil européen depuis 2008. Elles ont ainsi nourri le sentiment que, dans nos démocraties nationales non plus, « Il n’y a pas d’alternative ». Or si les forces politiques historiques délaissent la politisation des enjeux européens, les populismes s’en saisissent. Du Front national français à UKIP, et du Parti du peuple danois au Jobbik hongrois, les partis anti-systèmes ont le vent en poupe, et leur enracinement dans le paysage politique du vieux continent est la plus grande menace qui pèse sur l’avenir de l’Union.

Plus que tous les autres, la gauche doit souhaiter le succès de Syriza. Son discours anti-austérité mais pro-européen renforce les thèses de la majorité de la gauche européenne – en isolant la gauche radicale tentée par la sortie de l’euro. Comme le rappelait justement le politologue Gerassimos Moschonas dans Le Monde il y a quelques jours, le succès de Syriza tient en grande partie au fait qu’il a mené ce débat en interne, et finalement opté pour un programme européen plus réformiste que ce que sa rhétorique musclée peut faire croire.

L’aventure qui s’ouvre à Syriza est essentielle pour la gauche parce qu’elle est un nouvel épisode de l’éternel grand dilemme du réformisme : comment trouver les alliés et les compromis qui permettent de changer le cours des choses, sans dilapider les espoirs générés par les discours de campagne ? Syriza a promis de lutter contre la corruption et le clientélisme, maux endémiques de la politique grecque, et rien ne l’en empêche. Il a promis d’avancer l’âge de la pension, d’augmenter les salaires minimums, de réembaucher les fonctionnaires injustement licenciés, de mettre fin aux privatisations et d’augmenter les dépenses publiques (un projet de gauche assez banal, finalement), et l’on espère qu’il sait comment financer cet ambitieux programme.

Syriza a surtout promis la fin de la « soumission » à la Troïka, sans sortir de l’Europe.  A ce jour, il a choisi pour ce faire de s’allier à un parti de droite souverainiste, de manier une rhétorique germanophobe simpliste, et de sortir des oubliettes une politique pro-russe digne du vieux Papandreou. Ce n’est pas le démarrage le plus engageant, mais s’il parvient à s’en extraire, et à réaliser l’essentiel de son programme sans perdre son soutien électoral, il aura rendu service à la gauche, à l’Europe, et à tous ceux que le retour des populismes désespère.

Paul Magnette

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