« L’âge électoral devrait être abaissé à 16 ans dans toute l’Europe »

Jo Leinen [SPD]

Le Parlement européen se penche sur une vaste réforme des élections européennes, afin d’enrayer la baisse chronique du taux de participation. L’eurodéputé Jo Leinen regrette pourtant que cette proposition n’inclut pas la possibilité d’établir des listes transnationales. 

Jo Leinen est un eurodéputé allemand. Il fait partie de la commission sur l’environnement, la santé publique et la sécurité alimentaire et de celle sur les affaires constitutionnelles. Il est également président du mouvement européen (EMI). Il est le co-auteur de la proposition sur la réforme du droit électoral européen, avec l’eurodéputée polonaise Danuta Hübner (Plateforme civique).

Vous avez passé un an à élaborer cette proposition de réforme du droit électoral avec Danuta Hübner, dans l’espoir de trouver un système qui mette un terme au déclin constant du taux de participation aux élections européennes. Vous avez tiré des leçons des élections européennes de 2014, quelles sont-elles ?

Nous devons rendre les élections plus attirantes, plus européennes. Dans notre proposition, nous avons introduit plusieurs nouvelles mesures à cet effet.

Nous estimons que l’âge électoral devrait être abaissé à 16 ans dans toute l’Europe, parce que les jeunes devraient s’impliquer plus tôt. À 16 ans, on est assez âgé pour s’exprimer dans un scrutin. [L’abaissement de l’âge électoral ne fait cependant pas partie des compétences de l’UE, il s’agit donc d’une proposition.]

La deuxième innovation serait de rendre le vote plus facile en le rendant électronique, le e-vote.

Nous savons que des millions de personnes ne vivent pas dans leur pays et ont déménagé pour des raisons diverses, il serait beaucoup plus facile pour eux de voter s’ils pouvaient le faire par voie électronique.

Nous pourrions également autoriser les citoyens européens vivant dans un pays tiers à prendre part aux élections. Dans la plupart des États membres, ce n’est pas encore le cas. Nous pensons que le vote postal est également une bonne idée. Notre objectif final est de rendre le vote plus facile.

Dans certains États membres, ces propositions nécessiteraient un changement de la Constitution. Cette question sera-t-il un enjeu lors des prochaines élections et est-ce possible ?

Les lois européennes changent toujours la législation nationale. C’est la conséquence habituelle de l’harmonisation des normes européennes. Pour la démocratie européenne, cela vaut la peine de demander aux États membres de collaborer et de mettre en place des normes plus élevées.

De plus, je ne suis pas tout à fait sûr qu’il serait nécessaire de changer les Constitutions, des modifications de la législation pourraient suffire. Dans notre proposition, nous prévoyons la modification de la loi électorale de 1976, et les amendements apportés seront donc contraignants pour tous les États membres.

L’e-vote est une idée novatrice et intéressante qui est déjà appliquée dans certains pays. En Estonie, cela s’est très bien passé, mais une série d’autres pays (Royaume-Uni, Allemagne, Italie et Pays-Bas) ont décidé de mettre fin à cet essai. Pourra-t-on perfectionner ce système à temps pour les prochaines élections ? 

Notre proposition se penche évidemment sur l’aspect sécuritaire et sur la fiabilité du système. Pour l’e-vote, il faudra mettre en place d’autres éléments, comme un système d’enregistrement des électeurs.

Un intranet européen pourrait être créé, afin de réduire les risques liés à la sécurité et à la confidentialité des données, en s’assurant que celles-ci n’atterrissent pas sur des serveurs américains, par exemple. Je pense que la technologie nous permettra de mettre en place des élections européennes sûres.

L’une des grandes innovations des dernières élections a été l’introduction des « Spitzenkandidaten ». Ce processus ne sera pas remis en question, mais sera-t-il modifier pour encourager une plus grande participation ?

Le processus des Spitzenkandidaten s’inscrit dans cette volonté. Il devrait donc être préservé et garanti à l’avenir. Les lois électorales précisent que les partis politiques européens devraient nominer leur Spitzenkandidaten, leurs candidats principaux, au moins 12 semaines avant le jour des élections, pour que le candidat puissent mener campagne dans toute l’Europe.

En plus de cela, il faut rendre les partis politiques plus visibles pendant la campagne. L’une de nos propositions contraignantes est de rendre les logos et les affiliations aux partis nationaux clairement visibles sur les bulletins de vote. Même chose pour les annonces dans les médias. L’affiliation aux partis nationaux et européens devrait toujours être évidente.

Qu’en est-il des listes transnationales ?

C’est l’objectif ultime. C’est l’élément stratégique qui permettrait aux partis européens de faire campagne pour des mandats européens.

Après l’expérience douloureuse des deux dernières législations, la résistance face aux listes européennes, nous avons décidé d’adopter une approche double. Nous allons donc remettre nos rapports pour les élections de 2019, et Guy Verhofstadt fera un rapport sur l’avenir de l’UE. J’espère que les listes européennes feront alors partie des propositions du Parlement européens.

Pour créer des listes européennes, nous devons organiser une convention avec nos collègues des partis et gouvernements nationaux. Le Parlement s’est montré incapable de faire une proposition claire, ce que je regrette.

[…] Nous devons lancer un débat plus large en ce qui concerne la création d’une démocratie européenne. La prochaine convention sera le moment d’avancer ce concept.

Les listes transnationales, ce n’est pas pour 2019 alors ?

Non. Nous voulons le mentionner dans notre rapport, mais pas comme mesures contraignante dans la loi électorale, parce que nous pensons que le Parlement ne l’accepterait pas et que le Conseil ne l’adopterait certainement pas. Cela mettrait donc en danger les autres progrès que nous avons réalisés. Nous allons nous concentrer sur les réformes réalisables.

Comme le seuil des 3 % ?

Il existe une mesure pour l’égalité des chances, centrée sur un seuil de 3 à 5 %, mais nous nous sommes rendus compte que cela n’était nécessaire qu’en Espagne et en Allemagne. Dans les autres États, on atteint ce seuil dans les faits ou grâce à des mesures législatives. En Allemagne, c’est problématique parce que notre Cour constitutionnelle a réduit le seuil à 0. [Les représentants d’un parti ayant obtenu] 0,5 ou 0,6 % des voix sont donc représentés au niveau national. C’est comme ça que le président du parti néonazi se retrouve au parlement. Nous devons harmoniser les règles au niveau européen.

Il y a-t-il une autre mesure que vous auriez voulu intégrer à vos propositions, mais qui n’aurait sans doute pas reçu le soutien du Parlement ?

Oui, un point sur l’égalité des sexes. Nous proposions que le prochain Parlement soient composé de 50 % de femmes. Un grand nombre de mes collègues sont venus me trouver pour me demander si c’était vraiment nécessaire.

Je pense qu’il serait très bénéfique que l’égalité des sexes soit mise en avant de cette façon dans la loi électorale. Ce serait extrêmement novateur.

À part ce point-ci et les listes transnationales, toutes mes autres propositions sont incluses. Les listes européennes seraient un réel facteur de changement, un progrès énorme pour les partis politiques et les débats européens.

Le fait que les citoyens aient deux votes, un pour les listes européennes, un pour les listes nationales renforcerait l’idée qu’il s’agit d’élections européennes, et pas seulement d’une controverse nationale sur le gouvernement national, comme ça l’est trop souvent. Mais nous ne sommes pas encore là. Nous n’en sommes qu’à la première étape. Nous luttons aujourd’hui pour défendre ce que nous avons acquis, il faut avancer lentement.

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