L’ambassadeur italien auprès de l’UE : « la croissance est indissociable de la création d’emploi »

Stefano Sannino, Italian ambassador to the EU

Après les fortes turbulences traversées par la zone euro, l’Europe peut regagner en compétitivité et en croissance grâce à des politiques d’investissement offensives. La présidence italienne du Conseil de l’UE débute le 1er juillet. Elle fera tout son possible pour garantir une reprise économique durable.

Stefano Sannino est le représentant permanent de l’Union européenne depuis juillet 2013. L’ambassadeur Sannino a travaillé longtemps à la Commission, notamment à la DG élargissement.

La présidence italienne du Conseil de l’UE commence le 1er juillet. Il y aura un nouveau Parlement et un nouvel exécutif européen. Comment comptez-vous faire pour que cette transition institutionnelle ne mette pas à mal les avancées réalisées sur certains dossiers politiques ?

Vous pouvez concevoir cette transition soit comme une simple période transitoire, soit comme le début d’un nouvel environnement législatif européen. Notre ambition et celle du premier ministre italien sont de déterminer la politique européenne , et de diriger l’UE vers la croissance et l’emploi, afin de répondre aux interrogations des citoyens européens qui ont été soumises à leurs responsables politiques durant les européennes.

D’accord, mais la reprise est faible et l’Europe a besoin d’autres mesures pour stimuler la croissance et l’emploi. Parallèlement, le premier ministre italien, Matteo Renzi, a appelé à plus de souplesse afin de pouvoir atteindre les objectifs en matière de déficit. Comment concilier alors les deux aspects ?

Ce n’est pas soit l’un soit l’autre. Il est caricatural de dire que les initiatives visant à stimuler la croissance sont une alternative à la consolidation budgétaire et aux réformes. Le but, ce n’est pas de moins dépenser. Il faut réorienter les ressources. Cela vaut également pour le budget de l’UE. Nous devons trouver une méthode pour réorienter [les ressources] plus efficacement et répondre aux demandes des citoyens.

Cependant, il manque une ligne politique spécifique pour soutenir les investissements en faveur de la croissance dans l’UE.

L’objectif d’une initiative pour stimuler les investissements est de rassembler l’argent existant, qu’il vienne de la Banque européenne d’investissement (BEI) ou du budget européen – c’est-à-dire rassembler l’argent issu de programmes qui peuvent être réorientés en plus des prêts de la BEI et des capitaux privés.

Nous ne devons pas oublier que grâce à des taux d’intérêt négatifs, l’argent pourrait de nouveau être disponible pour des investissements dans des domaines spécifiques.

Il existe un certain nombre de domaines où l’argent peut être investi, comme la sécurité énergétique, l’efficacité énergétique et la connexion à haut débit.

Ce qui m’importe à ce stade-ci c’est que les États membres s’accordent sur l’intérêt d’avoir des programmes d’investissements conséquents au niveau européen sur des domaines clés.

Pour moi, il s’agit d’une situation bénéfique pour tous. En effet, dès que vous avez un taux de croissance suffisant et un taux d’inflation normal, vous créez déjà naturellement les conditions en vue de mettre en œuvre le pacte de stabilité et de croissance sans changer les règles du jeu.

Puis viennent les questions liées sur de possibles éléments de flexibilité et sur les méthodes de calculs. La principale responsabilité de l’UE est de trouver une manière afin de garantir de nouveau la mise en place des fondements constitutifs du pacte de stabilité et de croissance. La croissance et l’emploi sont essentiels dans ce contexte.

Pensez-vous que nous devons faire preuve de souplesse pour émerger de cette reprise molle ?

Nous devons agir étape par étape, sinon la confusion risque de s’installer. Nous devons créer de l’emploi pour les citoyens. Le taux de chômage est extrêmement élevé, et encore plus parmi les jeunes.

La croissance est indissociable de la création d’emplois. Vous pouvez avoir des politiques qui incitent à la création d’emploi, mais, s’il n’y a pas d’espoir de croissance économique, vous n’aurez pas d’emplois. La croissance devient l’élément central dans ce processus.

La croissance est également primordiale en vue de mettre en place le pacte de stabilité et de croissance, car, sans cela, vous n’avez pas toutes les conditions nécessaires pour qu’elle ait lieu.

Nous avons essayé de stimuler la croissance au cours des dernières années, mais il semble que nous n’y soyons pas encore arrivés.

Sur le site de la présidence [italienne du Conseil de l’UE], le premier ministre Matteo Renzi, a vivement plaidé en faveur des États-Unis d’Europe, mais également au cours de la campagne européenne. Avoir un programme proeuropéen lui a permis d’attirer un nombre important d’électeurs. La présidence italienne pourrait faciliter l’accord avec le nouvel exécutif européen. Pensez-vous que Matteo Renzi plaidera pour une Commission plus proeuropéenne pour compenser le Parlement plus eurosceptique ?

Oui. Tout d’abord, Matteo Renzi avait déclaré il y a quelque temps :« Changeons l’Italie pour changer l’Europe. »Je pense que c’est une bonne chose de le présenter de cette manière, car vous devez d’abord donner du sens à ce que vous souhaitez faire avec un certain nombre de choses au niveau national. Puis ensuite, vous pouvez porter la bonne parole aux autres sur la manière de s’y prendre selon votre point de vue.

[Matteo Renzi] a remporté les élections, car il porte un programme réformateur. Il ne s’agit pas de faire la promotion du statu quo, mais plutôt de trouver une nouvelle manière de mener des actions, en commençant par l’Italie, puis en appliquant le même procédé à l’Europe.

Pour citer Matteo Renzi, « l’Europe est la solution, pas le problème ». Pour apporter une vraie solution, il faut apporter la bonne réponse aux demandes des citoyens européens. Il ne s’agit pas seulement d’un exercice de rhétorique, c’est la manière dont nous voyons l’ordonnancement des priorités.

Il est également clair que vous devez avoir les bonnes personnes pour mettre en place ces politiques. Mais vous avez besoin de programmes et de priorités. Cela serait intéressant si, au bout du compte, nous sortons du Conseil européen avec le nom du futur président de la Commission, mais également avec des lignes directrices pour les cinq années à venir de la Commission.

C’est l’objectif que nous avons depuis le début, nous avions dit à ce moment-là qu’il s’agirait d’une période de transition difficile.

En vue de stimuler la croissance, Angela Merkel ne s’est pas limitée au partenariat transatlantique (TTIP) : elle a plaidé en faveur d’un accord commercial avec l’Amérique du Sud.

Nous ne devons pas avoir une approche systématique. Il existe des moments où nous pouvons engager des accords régionaux, et d’autres où nous devrions opter davantage pour des accords bilatéraux ou bien encore des accords multilatéraux, dans l’espoir que d’autres le rejoindront. Bon nombre de scénarios sont envisageables.

Une opposition se fait de plus en plus ressentir vis-à-vis du TTIP et certains affirment que nous nous dirigeons vers un nouvel ACTA. Comment pouvons-nous contrecarrer cette dynamique qui se construit contre de ce partenariat ?

À mon avis, la méthode à suivre est de garantir que l’accord commercial reste ce qu’il est : un accord commercial.

Nous essayons de trouver un équilibre entre les intérêts défensifs et offensifs et voir ce que nous pouvons atteindre et ce que nous devons faire. Si vous parvenez à vous cantonner à ces lignes et si vous n’entravez pas les négociations avec des éléments qui n’ont rien à voir avec l’accord de libre-échange, je pense que vous pouvez trouver une solution. Les États-Unis évoquent ACTA, la protection des données ou d’autres sujets. Les services financiers et le marché public font partie de l’accord. La question ne tourne donc pas seulement autour des barrières tarifaires.

Il existe un bon nombre de barrières non tarifaires et d’autres éléments à prendre en compte, mais cela ne peut pas devenir une bataille entre le modèle politique de l’Europe et celui des États-Unis.

Je ne pense pas que nous puissions terminer les négociations au cours de notre présidence.

Pensez-vous que le gaz de schiste puisse jouer un rôle en matière de sécurité énergétique ?

Je ne dis pas non. Je pense que certains États membres de l’UE souhaitent aller dans cette direction et d’autres pas. Chaque pays devra être en mesure de déterminer le meilleur mix énergétique possible qu’il a à sa disposition.

Il est important d’avoir une partie d’énergies renouvelables et de contribuer à la réduction des émissions de carbone dans notre économie. Nous devons augmenter l’efficacité énergétique, diversifier nos ressources et éviter de devenir dépendants d’une seule et unique source ou d’un pays en particulier, afin que l’UE puisse faire face à des défis de nature différente par des moyens différents.

Dernier point, mais non des moindres, l’Italie défendra sûrement une nouvelle politique en matière d’immigration. . .

L’Europe a supprimé ses frontières internes et doit dorénavant gérer ses frontières externes.

Il est vrai que les pays qui jouxtent cette frontière extérieure ont des responsabilités spécifiques sur ce dossier, mais sa gestion relève de l’intérêt de chacun.

Nous devons renforcer un mécanisme européen comme Frontex en termes de ressources humaines et financières ainsi que de dépenses. Nous devons nous atteler à mettre en place un nouveau type de coopération avec les pays tiers. Nous pouvons le faire avec des pays ciblés, certaines institutions ou certaines agences des Nations unies. L’Union européenne doit avancer en bloc. Nous devons ensuite coopérer avec les pays tiers là où nous avons une présence forte, comme au Maroc ou en Tunisie. Si ce n’est pas le cas, nous devons coopérer avec des organisations régionales.

Il serait préférable d’envoyer une demande d’asile dans les pays de transit si nous pouvons conclure des accords.

Nous pourrions avoir d’autres formes de coopération, comme les partenariats migratoires ou une approche générale sur la mobilité migratoire. Cela permettrait d’assurer la sécurité des immigrants, d’accueillir des personnes en Europe et elles pourraient ensuite retourner dans leur pays.

Nous pouvons aider les immigrants à retourner dans leur pays d’origine à l’aide de projets spécifiques. Je ne pense pas que tout le monde veuille quitter son pays. Ils veulent avant tout de meilleures conditions de vie. 

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