Le pacte de croissance européen de 120 milliards d’euros suscite des interrogations

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Les chefs d’Etat et de gouvernement européens se sont mis d’accord sur un pacte de croissance de 120 milliards d’euros lors d’un sommet à Bruxelles qui se terminera ce soir (29 juin). Certains doutes ont  toutefois été émis sur le caractère nouveau de ces fonds, dans la mesure où au moins la moitié devrait être tirée des fonds régionaux. Un reportage d’EURACTIV France.

 

Le président du Conseil européen, Herman Van Rompuy, a annoncé jeudi soir (28 juin) que les dirigeants européens avaient approuvé un pacte de croissance qui devrait mobiliser 120 milliards d'euros pour des mesures immédiates.

 

Ces mesures, déjà approuvées sur le principe par la France, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie, comprennent l'augmentation du capital de la Banque européenne d'investissement, la réallocation des fonds d'aides régionaux non dépensés et le lancement d'obligations pour la réalisation de projets (« project bonds ») visant à cofinancer de grands programmes d'investissement public.

 

La première ministre danoise, Helle Thorning-Schmidt, a expliqué que les Européens pouvaient à présent voir que les dirigeants étaient capables de prendre des décisions pour stimuler la croissance.

 

Ces 120 milliards d'euros seront tirés de différentes sources :

 

la Banque européenne d'investissement verra son capital augmenter de 10 milliards d'euros, ce qui accroîtra sa capacité totale de prêt de 60 milliards d'euros. Cette augmentation de capital est assortie de la promesse que les prêts de la BEI soient accordés aux pays les plus vulnérables, a précisé M. Van Rompuy.

les dirigeants ont également décidé que les fonds structurels non dépensés (55 milliards d'euros) seraient réalloués à des mesures en faveur des petites et moyennes entreprises et de l'emploi des jeunes.

une phase pilote pour les nouveaux « project bonds », les emprunts obligataires pour le financement de projets (5 milliards d'euros), sera lancée cet été pour des initiatives dans les secteurs de l'énergie, des transports et du haut débit.

 

Mais à court terme ?

 

Des doutes ont toutefois été émis quant à la possibilité que ces sommes puissent être mobilisées rapidement pour stimuler la croissance économique à court terme.

 

L'augmentation de capital de la BEI devra être approuvée par les Etats membres de l'UE pour que la somme de 10 milliards d’euros permette de lever 60 milliards d'euros.

 

Si l’effet de levier fonctionne bien, des garanties publiques (de l’ordre de 200 millions d’euros et pouvant provenir des fonds structurels) seront adossées à des projets financés via des obligations émises par des entreprises, à hauteur de 4,5 milliards d’euros.

Choisir les projets et mettre en place une structure de financement prend souvent plusieurs années et il est donc peu probable qu'ils aient rapidement des répercussions sur le terrain.

 

« Les infrastructures prennent des années, parfois 5 ans. »  Ce ne sont pas des mesures qui relancent immédiatement l’activité », a expliqué à EURACTIV France Florence Pisani, économiste chez Dexia Asset Management.

 

Des fonds régionaux avec un effet microscopique sur l'économie grecque

 

Concernant les fonds structurels pour le développement régional, d'autres questions demeurent quant à leur efficacité, notamment en Grèce.

 

Selon Marc Lemaitre, chef de cabinet de Janusz Lewandowski, le commissaire au budget, leur impact est « microscopique ».

 

« La Grèce est en récession profonde avec des taux de contraction de 6% à 7% par an », a-t-il déclaré à EURACTIV France. « Or, les fonds structurels représentent 1,5% à 2% du PIB grec et le pays doit réduire ses dépenses publiques de 3% à 5% par an. Ce sont ces éléments qui sont dominateurs et l’on perçoit très peu les effets bénéfiques d’injections qui sont d’un ordre inférieur. »

 

En réalité, leur impact dépendra surtout de la qualité des projets financés.

 

« Quand l’UE dit de construire des infrastructures, les politiciens grecs, parce qu’ils sont corrompus et imbéciles, construisent des piscines et des centres récréatifs », a résumé Nicholas Georgakopoulos, un professeur grec en poste au département de droit de l'université d'Indiana, au micro de la radio américain NPR. 

 

L’ONG Transport & Environment s'est montrée sceptique quant à ce pacte de croissance, affirmant que les projets d'infrastructures n'avaient été jusqu'à présent que peu bénéfiques.

 

« Il est temps de tirer les leçons des dépenses passées dans ce domaine », a déclaré Nina Renshaw, vice-directrice chez T&E.

 

« Construire des autoroutes et des aéroports avec l'argent de l'UE n'a pas remis l'Espagne ou la Grèce sur le chemin de la croissance. L'Europe doit faire mieux et exiger que les dépenses pour les transports contribuent à réduire la facture annuelle de 300 milliards d'euros pour les importations de pétrole et créent des emplois durables. »

 

L'accord sur le pacte de croissance de 120 milliards d'euros avait déjà été préparé une semaine avant le sommet lors d'un sommet de quatre jours à Rome entre les dirigeants français, italien, espagnol et allemand.

 

Le président français, François Hollande, a fait de la croissance européenne sa priorité depuis qu'il a été élu en mai dernier.

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