Le plan Juncker s’oriente vers des plans de relance nationaux

Werner Hoyer, président de la BEI, et Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques. [Council of the European Union]

Les ministres européens des Finances ont approuvé le plan Juncker. Mais les contributions des pays seront nationales et non fédérales, ce qui déçoit la Commission.

C’est une première étape, mais elle s’avère cruciale. Les ministres des finances ont approuvé mardi la réglementation du nouveau Fonds prévu par la nouvelle Commission. L’Italie a par ailleurs annoncé sa participation, de 8 milliards de dollars, comme l’avaient fait la France, l’Allemagne et l’Espagne.

« En trouvant un accord sur un règlement relatif au Fonds européen pour les investissement stratégiques (FEIS) en moins de deux mois, les État membres respectent l’engagement qu’ils avaient pris lors des Conseils européens d’octobre et de décembre de l’an passé », fait remarquer Jyrki Katainen lors d’une conférence de presse suivant la réunion des ministres à Bruxelles.

Le plan Juncker est censé débloquer 315 milliards d’euros pour financer des projets visant à sortir l’économie européenne de sa stagnation.

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« Ce plan est l’outil dont nous avons besoin pour faire face au principal handicap de l’économie européenne : le manque d’investissement », a déclaré Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques et financières, qui ajoute que l’investissement a dégringolé de 15 à 20 points de pourcentage depuis 2008.

« Nous devons mettre des fonds à disposition sur le long terme pour financer des projets qui contribuent aux priorités commune de l’Europe : l’énergie, le numérique, le transport et l’innovation ; ainsi que soutenir la colonne vertébrale de notre économie : les PME et les sociétés à moyenne capitalisation », a-t-il poursuivi.

Le plan devrait stimuler la croissance européenne grâce à une structure élaborée impliquant un total de 21 milliards d’euros d’investissement de la Banque européenne d’investissement et des fonds du budget de l’UE, supposés engendrer des milliards d’euros en investissement privé.

Des contributions réservées aux investissements nationaux

La contribution de l’Italie et d’autres pays de l’UE a une saveur douce-amère pour la Commission, qui espérait que les gouvernements contribuent directement au fonds.

Au lieu de cela, les États membres ont choisi de ne contribuer que par l’intermédiaire des banques d’investissement nationales, s’assurant ainsi que leurs contributions seront investies dans des projets nationaux. Cette approche est cependant contraire à l’esprit original du plan de Jean-Claude Juncker, qui se voulait paneuropéen.

L’Italie est le quatrième pays à annoncer sa contribution, via sa banque de promotion nationale, la Cassa Depositi e Prestiti. Berlin avait pour sa part annoncé en février son intention de contribuer au plan d’investissement à hauteur de 8 milliards d’euros via la KfW.En février également, l’Espagne a annoncé qu’elle souhaitait verser 1,5 milliard par l’intermédiaire de l’Instituto de Crédito Oficial (ICO). En France, la Caisse des Dépôts et Bpifrance contribueront à hauteur de 8 milliards également.

>>Lire : Le plan Juncker doit sortir des logiques partisanes et bénéficier aux projets les plus rentables

Comme prévu lors des réunions du Conseil, le Fonds devrait être rendu opérationnel le plus rapidement possible, pour que les financements puissent alimenter les premiers projets dès cet été, a annoncé Jyrki Katainen.

Le plan devrait durer quatre ans, mais sera évalué après trois ans. Un comité de direction composé de la Commission européenne et de la Banque européenne d’investissement supervisera son fonctionnement. Les projets à financer seront quant à eux choisis par un comité d’investissement composé de huit membres.

La liste de projets, soumis en décembre, n’est pas encore définitive, comme le rappellent les représentants de l’UE. À ce stade, elle inclut par exemple des rénovations de logements aux Pays-Bas, un nouveau port en Irlande et des lignes ferroviaires rapides entre l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie et la Pologne.

Parmi les idées avancées, on trouve aussi des stations de ravitaillement pour les véhicules à piles à combustible en Allemagne, l’extension des réseaux à large bande en Espagne, ou encore des projets liés à l’efficacité énergétique en France. 

Les eurodéputés donnent leur feu vert à d’autres fonds d’investissement

À Strasbourg, les eurodéputés ont pour leur part adopté le règlement de fonds d’investissement à long terme (FEILT). Les FEILT sont conçus pour encourager les investissements non bancaires dans l’économie réelle en Europe.

Ils permettront aux fonds de pension, aux assurances, aux investisseurs professionnels et même aux petits investisseurs qui souhaitent investir au moins 10 000 euros à long terme dans un FEILT ou plus, dans leur propre pays ou ailleurs. La seule condition : que ces projet bénéficient à l’économie européenne, en termes d’infrastructure, de machinerie ou d’équipement, d’éducation, de recherche ou de dynamisation de la croissance des petites et moyennes entreprises (PME).

L’eurodéputé Alain Lamassoure se félicite du vote et estime que ce nouvel outil permettra non seulement de stimuler l’investissement à long terme, comme le prévoit le plan Juncker, mais également de contribuer à la concrétisation de l’Union des marchés de capitaux.

« Le manque d’investissement et la crise financière nous obligent à résoudre plusieurs problèmes épineux en même temps : la maximisation de la croissance économique, l’amélioration de la stabilité économique, la suppression des entraves à l’investissement international, la protection du consommateur et de l’amélioration de la compétitivité », souligne-t-il.

>> Lire : 2000 projets en lice pour profiter du plan Juncker

« Le discours annonçait la position commune de Conseil est encourageant. Les FEILT doivent être créés rapidement, pour que nous puissions élargir nos activités et commencer à travailler pour l'objectif ambitieux du plan Juncker : la mobilisation de plus de 315 milliards d'euros d'investissement », a déclaré Werner Hoyer, président de la Banque européenne d'investissement (BEI).

Lors de la réunion des ministres des Finances, Werner Hoyer a insisté sur le fait que la réglementation des FEILT devait refléter correctement la responsabilité et les obligations de chacune des parties impliquées. « Quant au rôle du comité d'investissement du FEIS, il doit approuver ou rejeter l'utilisation de garanties européennes pour des projets proposés par la BEI. Tous les autres aspects des processus d'approbation normaux de la BEI s'appliqueront aux projets, conformément aux statuts de la BEI », souligne-t-il.

Le vice-président de la Commission, Jyrki Katainen, chargé de l'emploi, de la croissance, de l'investissement et de la compétitivité, a quant à lui affiché son optimiste : « Le train est en marche ! L'Italie est le quatrième pays à promettre une contribution conséquente à notre plan d'investissement pour l'Europe. Je suis ravi que les États membres joignent le geste à la parole en nous aidant à rendre ce plan efficace et à créer de l'emploi et une croissance durable en Europe. »

« Bien sûr, c'est logique, il est bon d'avoir un plan d'investissement », admet Benoît Potier, le PDG de l'entreprise chimique Air Liquide, qui est également le président de l'European Round Table of Industrialists (ERT), un lobby de l'entreprise. Il affirme cependant qu'une liste de projets devait être établie avant que des entreprises privées mettent la main au portefeuille. « Si nous ne savons pas quels seront les projets prioritaires, quelles seront les priorités clés, nous ne pouvons pas faire de proposition. À ce stade, il ne s'agit que d'une déclaration d'intention. »

Sébastien Godinot, économiste pour WWF et auteur du rapport From crisis to opportunities: five steps to European Sustainable Economies, ne partage pas non plus l'enthousiasme des représentants de l'UE. « Au lieu de cette approche erronée à court terme, de la croissance sale maintenant, nettoyage après', le Président Juncker et les dirigeants européens devraient se pencher sur les réels symptômes des difficultés de nos économies : la diminution des ressources naturelles et les marchés qui ne prennent pas ce facteur en compte. C'est simple : aucune économie ne peut se développer sans ressources naturelles ».

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a annoncé un plan de mobilisation de 300 milliards d'euros pour relancer l'économie européenne.

Jyrki Katainen, commissaire européen en charge de l'emploi, de la croissance, de l'investissement et de la compétitivité, veut y inclure un partenariat public-privé afin d'augmenter la capacité de prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI) et d'autres prêteurs de l'Union. Il veut ainsi accroitre le niveau d'investissement des États membres dans l'infrastructure et continuer à développer le marché unique.

Les détails du plan ont été révélés le 25 novembre 2014. Les capitaux de la BEI, basée au Luxembourg, sont au centre du projet, qui inclut la création d'un fonds européen pour les investissements stratégiques et d'autres outils qui permettent à la BEI de faire des investissements plus risqués.

La solidarité avec les pays du sud de l'Europe les plus sévèrement touchés par la crise et les mesures d'austérité représente une grande partie du plan Juncker.

>> Lire : La Commission dévoile son plan d'investissement de 315 milliards d'euros

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