Le premier ministre finlandais sceptique face au plan d’investissement européen

Alexander Stubb au Public Forum 2013 de l'OMC - © OMC

Alexander Stubb au Public Forum 2013 de l'OMC - © OMC

Alexander Stubb, le premier ministre finlandais, appelle à développer le marché intérieur et miser sur les accords commerciaux pour relancer l’économie européenne. Des outils qu’il juge plus efficaces que l’investissement public, national ou européen.  

Alors que la France vient de présenter un budget 2015 marqué par un dérapage de la trajectoire de réduction des déficits publics, le nouveau premier ministre finlandais, Alexander Stubb, a rappelé l’importance du respect du pacte de stabilité et de croissance européen, lors d’une visite dans la capitale française le 1er octobre.

« La zone euro n’est plus confrontée à un risque imminent, mais nous ne pouvons pas ne pas nous en soucier. Toute flexibilité de nos politiques économiques doit s’inscrire dans les limites du Pacte de stabilité et de croissance » a-t-il averti lors d’un discours au Medef.

Alors que la France ne pourra pas remplir ses objectifs de réduction des déficits et risque de se trouver en porte à faux vis-à-vis de ses partenaires européens, le chef de gouvernement finlandais a tracé un parallèle avec ses propres difficultés sur la politique énergétique de la Finlande. « Le nucléaire en Finlande est un sujet chaud, un peu comme votre budget 2015 en France aujourd’hui » a-t-il ironisé.

>>Lire : Déficit et dette publique toucheront un nouveau record en France en 2015

Invité par le patronat français pour discuter de la relance en Europe,  Alexander Stubb a insisté sur le déficit chronique de croissance dont souffre le continent.

 « L’Europe reste toujours sous le coup d’une grave crise économique », a-t-il souligné. Crise bancaire globale, puis crise de la dette dans la zone euro, la crise d’aujourd’hui est celle de la « croissance en Europe » a expliqué Alexander Stubb.

Si le constat sur la croissance est unanime au sein de l’Union européenne, les remèdes préconisés diffèrent.

Précautions sur l’investissement public

« Je vois dans la compétitivité économique le seul moyen d’améliorer notre modèle européen » a expliqué le premier ministre finlandais. Fervent défenseur du libéralisme, il estime que rien n’opposait dans les faits un système social fort à une économie libérale. « En Finlande, le libéralisme et le modèle social fonctionnent ensemble » a-t-il affirmé.  

 « Il faut arrêter de croire que c’est le secteur public qui va créer de la croissance et de l’emploi. C’est une illusion ; le travail des politiques c’est de créer un cadre adapté » a-t-il poursuivi. « Seules les entreprises peuvent faire en sorte que l’économie européenne renoue avec la croissance. Pas les États membres et pas l’Union européenne ».

Dans la ligne de mire du ministre, le plan d’investissement européen de 300 milliards d’euros, annoncé par le nouveau président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker, qui doit encore en préciser les modalités et le financement.

« L’investissement public – national et européen – peut-être d’une certaine aide. Mais il ne peut changer le tableau » a-t-il expliqué. « Il ne faut pas créer l’illusion que ces 300 milliards sont la solution. Cela aidera un peu, mais ce n’est pas la solution. »

>>Lire l’interview d’Alexander Stubb : Le ministre finlandais aux Affaires européennes : « la Finlande n’a jamais eu autant de poids depuis son adhésion à l’UE »

Pour relancer la croissance européenne, la recette finlandaise mise davantage sur un approfondissement du marché intérieur (numérique, services et capitaux), mais aussi son élargissement via des accords commerciaux.

« Nous avons besoin d’un accès au marché transatlantique. Il faut continuer à travailler sur le partenariat transatlantique de commerce et d’investissement (TTIP) et arrêter de voir l’UE comme vulnérable au commerce international » a affirmé Alexander Stubb.

Le Finlandais a également évoqué trois domaines dans lesquels l’UE doit s’engager pour renouer avec la croissance : l’automatisation de la production afin de réduire le coût de production lié au travail, principal avantage des pays émergents sur l’Europe, la gestion du changement climatique et les technologies du numérique.

« Le programme de Jean-Claude Juncker mérite notre soutien car il couvre l’ensemble de ces problématiques » a-t-il affirmé.

Une nouvelle Commission mieux organisée

Au sein de la nouvelle Commission européenne, la Finlande a hérité d’un portefeuille conséquent, avec la nomination du prédécesseur d’Alexander Stubb, Jyrki Katainen au poste de vice-président en charge de l’emploi, de la croissance, de l’investissement et de la compétitivité. Ce dernier sera d’ailleurs amené à superviser Pierre Moscovici, le commissaire pour la France, en charge des affaires économiques.

>>Lire : Les eurodéputés français dénoncent l’autonomie réduite imposée à Moscovici

« C’est un meilleur système, et je suis sûr que la collaboration entre Pierre Moscovici, Jyrki Katainen et Valdis Dombrovskis, le vice-président letton à l’euro et au dialogue social va très bien fonctionner » a soutenu le chef du gouvernement finlandais.

 « Avec Romano Prodi, nous avions essayé de mettre en place un système similaire de vice-présidence, mais ce n’était pas possible à l’époque. Maintenant avec 28 États membres suite aux élargissements, ça l’est devenu » a souligné l’ancien conseiller du président de la Commission européenne, Romando Prodi (1999-2004). 

Contexte

Le nouveau président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a déclaré vouloir mobiliser 300 milliards d’euros pour relancer l'économie européenne. Les contours et les financements de ce plan seront détaillés en novembre, après l’entrée en fonction de la nouvelle Commission européenne. Cet argent serait destiné en premier lieu à renforcer les capitaux de la Banque européenne d'investissement.

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