Les promesses non tenues compromettent la confiance des citoyens dans l’UE

Les politiques et les institutions devraient être plus empathiques dans leur manière d'engager les citoyens [EPP/Flickr}]

L’UE devrait répondre à la lassitude de l’opinion à son égard par davantage d’empathie, selon deux experts qui sont allés au devant des citoyens européens.

Heather Grabbe, directrice de l’Institut de politique européen Open Society, et Stefan Lehne, professeur invité à Carnegie Europe, sont allés à la rencontre d’ Européens pour tenter de comprendre ce qu’ils attendent de l’UE. Leurs  discussions approfondies avec des citoyens de Košice, Sofia, Lille et Athènes, leur ont permis d’identifier les motifs de la crise politique que traverse le Vieux Continent.

Suite à la crise économique, des millions d’Européens ont tourné le dos aux partis traditionnels pour soutenir de nouveaux mouvements eurosceptiques, populistes et contestataires. Le fossé démocratique grandissant, qui a entraîné des partis comme Syriza, Podemos ou le Mouvement 5 étoiles sur le devant de la scène, menace le bon fonctionnement de l’Union européenne.

>> Lire : Les eurosceptiques arrivent en force au Parlement européen

Empathie vs stupidité

« Nous avons observé un véritable tumulte dans la politique européenne. Certains partis disparaissent et d’autres émergent du jour au lendemain », a indiqué Heather Grabbe. Selon elle, le problème posé par ces nouveaux partis est épineux, car ils sont absents de la plupart des débats législatifs, comme celui sur la Directive des dossiers passagers (PNR).

« Au lieu de faire preuve d’empathie, on risque de se retrouver face à de la stupidité », a-t-elle déclaré.

L’Europe paie le prix des promesses qu’elle n’a pas tenues. Lors de la présentation de l’étude, Alexander Graf Lambsdorff, eurodéputé allemand du groupe des Libéraux a déclaré que les hommes politiques ne devraient pas promettre une « Europe protectrice » pendant les campagnes électorales.

La crise a redistribué les cartes, et aucun gouvernement n’est capable de tirer son épingle du jeu simplement parce que l’économie est désormais contrôlée par des puissances mondiales. « Nous avons beaucoup critiqué l’UE, qui avait bon dos pour les responsables politiques nationaux, mais le véritable responsable est la mondialisation », a ajouté Heather Grabbe,

Dimitar, un jeune blogueur, Katarina, une ouvrière, Alekosm, un retraité, et les deux autres personnes citées dans le rapport, représentent les plus de 500 millions de citoyens : ils ont tous les cinq ressenti de la frustration face aux ratés de la démocratie européenne.

« Pour eux, les politiques locales et nationales sont ennuyeuses et ne répondent ni à leurs besoins, ni à leurs espoirs, ni à leurs craintes. En théorie, l’UE devrait pourtant être capable de les aider, mais en pratique, elle leur semble lointaine, hiérarchisée, technocratique, obscure, injuste et irresponsable », peut-on lire dans le rapport.

Une modification du traité inenvisageable

Certains des défauts de l’UE peuvent être corrigés, mais d’autres sont trop imbriqués dans la structure européenne et une modification du traité européen serait nécessaire pour les effacer.

La confiance s’est déjà tellement effritée que même une modification du traité pour améliorer la participation démocratique ne serait pas approuvée par référendum dans plusieurs pays membres.

De même, ceux qui ne cessent de défendre l’UE avec des arguments de paix, de stabilité, et de prospérité s’enfoncent dans de vieux paradigmes au lieu de se concentrer sur les changements sociaux qui permettront au projet européen d’avancer vers une nouvelle ère, et d’obtenir le soutien de sa population, soulignent les experts.

Quelles sont donc les idées avancées par les chercheurs et leurs cinq Européens ? Elles s’appuient sur deux piliers démocratiques : les parlements nationaux et une démocratie participative.

Il y a cinq ans, lorsque le Traité de Lisbonne est entré en vigueur, ces deux concepts avaient une chance de se développer, mais leur potentiel n’a pas été exploité.

« Les politiques et les institutions devraient être plus empathiques dans leur manière d’engager les citoyens. Pas seulement en leur montrant qu’ils compatissent mais en apportant des changements, même minimes, qui pourraient faire la différence et qui permettraient d’accroître l’intégration européenne des citoyens ordinaires », rappelle l’étude.

« Si les électeurs sentaient que les politiques prenaient réellement leurs problèmes au sérieux, alors leur confiance en le système reviendrait », a estimé Heather Grabbe.

>> Lire : Valéry Giscard d’Estaing : l’Europe doit retrouver la confiance des citoyens

Cela est possible si les eurodéputés s’impliquent et se connectent avec les citoyens via le cyberespace. Toutefois, il ne s’agit pas simplement d’un problème de communication, il faut aussi mélanger les sphères publiques nationales et européennes en permettant par exemple aux parlements nationaux de proposer des idées à la Commission.

Tout comme les eurodéputés devraient avoir le droit de parler devant les parlements de leur pays.

« Ils ne sont pas très nombreux donc ils ne prendraient pas beaucoup de temps de parole et ils pourraient transmettre des informations et débattre directement de sujets européens avec leurs homologues nationaux. Une idée encore meilleure serait que les 28 commissaires s’adressent aux parlements nationaux plus souvent au sujet de leur domaine de responsabilité » propose les deux experts.

La démocratie délibérative peut restaurer la confiance

Jusqu’à présent, les institutions de l’Union européenne ont considéré la participation des citoyens comme un problème de communication à sens unique à reléguer en arrière-plan, ont souligné Heather Grabbe et Stefan Lehne.

La majorité de l’espace participatif disponible a été rempli par l’industrie massive des lobbys. Investir dans des mécanismes délibératifs peut rééquilibrer la pratique du lobbying, a insisté Heather Grabbe.

L’idée est que la Commission et le Parlement investissent davantage dans des forums délibératifs sur internet pour discuter des initiatives politiques. Ainsi, les commissaires pourraient même citer des opinions postées en ligne dans leurs discours.

La Commission fera-t-elle preuve d’empathie ?

Le grand scepticisme autour du TTIP, nourri par l’impression que les négociations ne tournent qu’autour des intérêts des grandes entreprises, pourrait être évité grâce à l’organisation de votes délibératifs, par exemple.

Une chose est certaine : l’époque où la suprématie du QI était une norme d’excellence est terminée, en tout cas dans le monde de l’entreprise. Désormais, les entreprises du monde entier regardent systématiquement à travers le spectre de l’intelligence émotionnelle et culturelle pour gérer leurs affaires. Reste à savoir si les politiques sauront s’adapter à ce changement.

Quoi qu’il en soit, messieurs Juncker et Schulz devraient en prendre bonne note.

Contexte

De 1979 à 2009, le taux de participation aux élections européennes est passé de près de 62 % à 43 %, soit une perte de 19 points.

La confiance dans l'UE a également enregistré des taux historiquement bas au cours des dernières années, tout comme au niveau national. Le Parlement européen a mené une campagne dans les médias sociaux à grande échelle en vue d'inciter plus de citoyens à aller voter.

La désignation des candidats à la présidence de la Commission européenne s’inscrit également dans le cadre de cet objectif.

>> Lire : Regain de confiance envers l’UE après les élections

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