La Valette prévoit de nouveaux accords anti-immigration

Aux commandes de l’UE pour les six mois à venir, Malte tentera de mettre en place des accords sur les réfugiés, similaires à celui conclu avec la Turquie, avec d’autres pays méditerranéens, a indiqué Joseph Muscat, Premier ministre maltais.

« Aujourd’hui, il y a une volonté au niveau européen de reproduire l’accord UE-Turquie dans le centre de la Méditerranée. C’est un projet notamment soutenu par Angela Merkel. Il ne s’agit pas de faire signer le même accord sur le papier, mais de trouver des moyens adaptés pour briser les systèmes des trafiquants », a déclaré le Premier ministre de Malte.

L’an dernier, l’UE et la Turquie ont en effet signé un accord selon lequel Ankara s’engageait à récupérer les migrants arrivant en Grèce depuis son territoire. Ce système, décrié par les ONG, a eu un effet dissuasif certain, assure Joseph Muscat.

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Le nombre de demandeurs d’asile arrivant en Europe depuis la signature du traité a de fait chuté, avec un nombre d’arrivées de 364 000 pour l’ensemble de l’année, selon l’agence Frontex. La réduction est frappante dans les pays des Balkans occidentaux, où le nombre de migrants est passé de 764 000 en 2015 à 123 000 en 2016.

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Agir rapidement

Sans vouloir juger l’accord avec la Turquie en particulier, le Premier ministre maltais a souligné que des accords avec les pays méditerranéens étaient la seule solution possible. Il estime cependant que le créneau de possibilités est en train de se refermer. Le nombre de personnes tentant la traversée pourrait en effet atteindre de nouveaux records au printemps.

« Nous le savons tous », a-t-il insisté. « Nous avons donc un choix à faire : soit nous agissons maintenant, soit nous nous réunissons en urgence au mois de mai pour parer la crise. »

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Le Premier ministre a notamment mentionné l’accord conclu entre l’Italie et la Libye comme exemple de solution possible. Pour le nouveau gouvernement italien, dirigé par Paolo Gentiloni, du parti démocrate (centre gauche), mettre un frein aux arrivées de migrants est une priorité absolue.

Selon un rapport de l’ONU, la plupart des migrants atteignant l’Italie sont nigériens, érythréens et guinéens. En 2016, plus de 5 000 d’entre eux ne sont pourtant jamais arrivés et sont morts en mer.

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Environ 90% des demandeurs d’asile arrivant en Italie ont embarqué en Libye, selon le ministère de l’Intérieur italien. En 2016, il s’agissait de 176 554 personnes, soit huit fois plus que trois ans auparavant. Marco Minniti, le nouveau ministre de l’Intérieur italien, a donc contacté le conseil présidentiel libyen, dirigé par Faiez Serraj, afin de tenter de bloquer les routes de l’immigration.

« Nous savons tous que la Libye et la Turquie ne sont pas au même niveau. La Turquie a un gouvernement et des organismes solides, peut-être un peu trop solides, mais il s’agit d’un État. La Libye est au contraire en train de devenir un État failli », a fait remarquer Joseph Muscat. L’accord italo-libyen pourrait toutefois servir de base pour élaborer une entente UE-Libye complète.

« L’UE devrait montrer qu’elle est prête à s’engager auprès de la Libye », a-t-il ajouté, concluant que « le gouvernement italien ne doit pas gérer seul le paquet financier offert à la Libye »

L’UE avait déjà préparé un accord-cadre durant l’ère Kadhafi. En ce qui concerne le contrôle des frontières, peu de choses ont changé depuis.

Au risque d’être critiqué, Joseph Muscat a également défendu la conclusion rapide d’un accord proactif, notamment parce que la marine russe mène des exercices dans les eaux territoriales libyennes.

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