Le supercalculateur MareNostrum5 a été présenté ce jeudi (21 décembre) au Supercomputing Center de Barcelone (Centro Nacional de Supercomputación, BSC-CNS), en Espagne. Il vient compléter la première série de huit supercalculateurs européens de milieu de gamme du consortium EuroHPC.
Le nouveau supercalculateur a été acheté par l’entreprise européenne commune pour le calcul à haute performance (EuroHPC JU). Conçu pour promouvoir la recherche médicale en Europe, MareNostrum5 vise à renforcer la recherche dans les domaines du développement de médicaments et de vaccins, de la simulation de la propagation des virus, de l’intelligence artificielle et des applications de mégadonnées (big data).
L’investissement total pour le supercalculateur basé à Barcelone, y compris l’acquisition et la maintenance du système, s’élève à plus de 151 millions d’euros, la moitié étant financée par l’UE et l’autre par un consortium mené par l’Espagne.
« L’UE conclut son premier cycle d’investissements dans les supercalculateurs inauguré en 2018, qui a multiplié par 14 sa capacité de supercalcul, replaçant l’Europe sur la scène mondiale des supercalculateurs », a confié à Euractiv Thomas Skordas, directeur général adjoint de la direction générale des réseaux de communication, du contenu et des technologies (DG CONNECT).
Pour créer un écosystème de supercalculateurs en Europe, 7 milliards d’euros doivent être investis dans des supercalculateurs situés dans l’UE entre 2021 et 2027. Bruxelles et les États membres investiront jusqu’à 3 milliards d’euros, tandis que le milliard restant sera financé par des partenaires privés.
« Les huit machines de la première génération de systèmes EuroHPC sont maintenant sur le terrain et prêtent à être utilisées par les chercheurs européens pour repousser les limites de l’innovation scientifique et technologique », a expliqué Anders Dam Jensen, directeur exécutif d’EuroHPC JU, à Euractiv.
La puissance de calcul des huit supercalculateurs s’élève à 1,2 exaflops, ce qui équivaut à 1,2 milliard de milliards (ou 1,2*10^18) de calculs par seconde. Cette puissance sera mise à disposition de la communauté scientifique.
Ces supercalculateurs « peuvent exécuter des centaines d’applications différentes qui aident à réaliser des percées scientifiques et ont un impact sociétal profond. Elles aident à découvrir et à développer de nouveaux médicaments et de nouveaux matériaux ou à comprendre le changement climatique et les évènements météorologiques extrêmes », a ajouté M. Skordas.
Pour combiner la puissance de ces supercalculateurs avec l’informatique quantique, EuroHPC souhaite acquérir les six premiers ordinateurs quantiques, qui seront installés à côté des centres d’hébergement de ces superordinateurs.
L’objectif est de combiner le calcul quantique et le calcul classique, afin d’accélérer encore le temps de calcul des superordinateurs.
Classement international
Dans le classement des 500 superordinateurs les plus puissants au monde (TOP500), MareNostrum5 se classe troisième dans l’UE et huitième au niveau mondial. Depuis le mois dernier, le supercalculateur est considéré comme le plus écologique d’Europe et se classe au sixième rang mondial sur ce point.
« L’UE abrite actuellement huit supercalculateurs, dont trois des dix premiers supercalculateurs au monde », a expliqué M. Skordas.
En 2018, avec 70 machines, la capacité de supercalcul de l’UE s’élevait à environ 12 % par rapport aux 500 premières machines. Cinq ans plus tard, avec une puissance de calcul 14 fois supérieure, l’Europe atteint 21 % avec 113 superordinateurs.
L’écosystème des supercalculateurs de l’UE
Le prochain investissement portera sur les supercalculateurs de type exaflopiques, dont la capacité de calcul est supérieure à celle des machines de milieu de gamme (les supercalculateurs préexaflopiques, tels que MareNostrum). L’inauguration de Jupiter en Allemagne est prévue pour l’année prochaine, suivie de celle de Jules Verne en France en 2025.
Selon nos informations, l’objectif est de créer un réseau fédéré, dans lequel les supercalculateurs seraient interconnectés avec des réseaux en térabits.
« Cette infrastructure sera également bientôt interconnectée avec des réseaux de connectivité à haut débit et deviendra accessible aux utilisateurs publics et privés dans toute l’Union. L’UE construit ainsi l’infrastructure de supercalculateurs la plus puissante au monde », a déclaré M. Skordas.
La souveraineté européenne est une composante essentielle de l’écosystème des supercalculateurs de l’UE.
Actuellement, les systèmes sont fournis par des entreprises américaines, telles que HPE, Intel, IBM et Nvidia. Alors que le supercalculateur LUMI, situé en Finlande, fonctionne grâce à un système fourni par HPE, LEONARDO et MareNostrum5 utilisent Eviden, nouveau nom de la société française Atos.
« Outre le développement et l’exploitation d’un nombre de superordinateurs de différentes classes de performance en Allemagne et en Europe en fonction des besoins, il est également nécessaire de maîtriser les technologies nécessaires, en particulier le matériel et les logiciels », a indiqué à Euractiv une porte-parole du ministère allemand de l’Éducation et de la Recherche.
Jupiter, le premier supercalculateur exaflopique européen, devait inclure le premier processeur européen (unité centrale de traitement) conçu par l’entreprise de semi-conducteurs SiPearl, tandis que le supercalculateur Jules Verne devrait être basé en très grande partie sur des technologies européennes. En revanche, l’unité de traitement graphique devrait rester non européenne.
« L’expertise acquise par des spécialistes bien formés est élémentaire pour façonner activement la numérisation et contribue donc à la souveraineté technologique de l’Allemagne et de l’Europe », a ajouté la porte-parole.
Le rôle de l’IA
Les superordinateurs peuvent contribuer au développement d’IA dignes de confiance et éthiques en permettant aux start-ups et aux PME d’entraîner leurs algorithmes grâce à la capacité de calcul de ces machines.
« Pendant les deux prochaines années, l’UE poursuivra ses investissements avec deux nouveaux superordinateurs [exaflopiques], qui joueront également un rôle central dans la création et la formation de grands modèles fondamentaux d’IA », a ajouté M. Skordas.
Selon Björn Ommer, expert en informatique et en IA à l’Université Louis-et-Maximilien de Munich, seules certaines infrastructures de serveurs spécifiques peuvent soutenir de manière optimale la recherche et le développement modernes en matière d’IA.
« MareNostrum 5 explore un mélange de différentes configurations matérielles, dont certaines sont directement adaptées au deep learning et à l’IA générative », a expliqué M. Ommer à Euractiv.
[Édité par Anne-Sophie Gayet]



