Angel Gurría: «les dégâts du Brexit ne font que commencer»

Angel Gurría a mené une campagne virulente contre le Brexit. [OECD Organisation for Economic Co-operation and Development/Flickr]

Fervent opposant du Brexit dans le passé, le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurría, soutient désormais le gouvernement britannique pour minimiser les dégâts causés par la rupture.

Angel Gurría  est un économiste et diplomate. Il a été ministre des Affaires étrangères et des Finances du Mexique. Il est le secrétaire général de l’OCDE depuis 2006.

Que pensez-vous des aspirations de Theresa May, présentées le 17 janvier, pour l’avenir du Royaume-Uni en dehors de l’UE ?

J’ai perdu, car je me suis fermement opposé au Brexit, j’ai toujours été contre. J’ai contribué à un livre, fait des discours, dont un à la London School of Economics, j’ai donné 20 interviews pour dire que j’étais contre, contre et contre. Nous avons évalué les dégâts. Je pense qu’ils ne font que commencer. Néanmoins, le Royaume-Uni est un membre de l’OCDE, donc nous leur devons quelque chose. Nous devons mettre toutes nos compétences, nos capacités, notre savoir sur le commerce et l’investissement à leur service et au service des autres pays européens, afin de minimiser le plus possible la rupture. Nous ne pouvons rien faire face à cette décision. Je regrette juste que 60 % des jeunes qui auraient dû aller voter, car leur avenir était en jeu ne se soient pas rendus aux urnes.

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Diriez-vous à Theresa May qu’un Brexit doux est une meilleure option ?

Il ne faut pas se faire piéger par ces noms et ces mots. Ce que tout le monde veut savoir c’est comment nous pouvons procéder au divorce de la manière la moins brutale possible. Et puis ensuite, comment nous pouvons construire une sorte d’amitié, d’alliance ou même peut-être un autre mariage. Deuxièmement, certaines questions, comme le libre-échange, la libre circulation des investissements et des personnes, doivent être négociées. Tout le monde a les mêmes préoccupations.

En parlant de préoccupations, êtes-vous inquiet de l’arrivée de Donald Trump à la Maison-Blanche ?

Nous sommes une organisation qui s’appuie sur des faits. Nous travaillons avec les représentants démocratiquement élus de nos pays membres. Cela signifie Mr Trump et son équipe. La question implique d’essayer de deviner ce que lui ou son équipe vont faire, avant qu’il prenne ses fonctions et commence à parler avec ses partenaires. À ce moment-là, ils énonceront leurs projets et reconnaîtront qu’ils font face à des contraintes. Et puis, ils trouveront des alternatives pour y parvenir. En somme, il est encore un peu tôt.

Maintenant, ce que nous voulons faire c’est envisager les différents scénarios. Une fois que nous commencerons à parler avec le président américain officiellement scénarios, et que nous saurons exactement ce qu’ils recherchent, nous pourrons proposer des alternatives.

Oui, mais certains de ses commentaires ou de ses actions altèrent déjà le monde politique et l’économie…

Jusqu’à présent, tout ce que nous avons ce sont des commentaires et des tweets. Moi, je parle de politiques, de législations, de règlementations. Comme je l’ai dit, nous sommes une institution qui s’inspire de faits. Nous devons examiner attentivement ce qu’il se passe, plutôt qu’analyser le climat de la campagne qui perdure encore aujourd’hui.

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L’Espagne est le seul grand pays de la zone euro qui ne se rendra pas aux urnes cette année. Le populisme ne fait pas partie de son spectre politique. La reprise y est une des plus robustes d’Europe. Diriez-vous que c’est « mission accomplie » ?

Le besoin de réformes est toujours là. L’Espagne s’en sort mieux au niveau de la croissance et de l’emploi grâce aux réformes adoptées il y a quatre ans. Cela montre qu’il faut du temps pour que les réformes donnent des résultats. Garder le cap et la persévérance est donc important. Nous sommes contents de voir que le pays est sorti de son impasse politique et qu’il y aura une certaine continuité dans le gouvernement. Désormais, la vie législative sera un peu plus active, disons.

Est-ce une issue heureuse ?

C’est le résultat de décisions démocratiques des Espagnols. Il faut le prendre comme ça et vivre avec. Mais, encore une fois, il faut maintenir l’effort de réformes, y compris les réformes des réformes.

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