« Il faut faire preuve de fermeté envers le Royaume-Uni »

L'eurodéputée Françoise GROSSETETE lors d'une session plénière à Strasbourg. [Parlement européen]

Membre de la délégation Les Républicains au Parlement européen, Françoise Grossetête veut que les accords du Touquet soient renégociés, et que le Royaume-Uni n’obtienne pas la présidence tournante de l’UE mi-2017. Elle réfute vivement l’idée d’organiser un referendum en France.

François Grossetête est députée européenne, vice-présidente du Parti populaire européen.

Comment réagissez-vous au départ du Royaume-Uni de l’Union européenne ?

Sur le moment ça a été un choc. Mais le peuple britannique a tranché. A nous d’en tirer les conséquences rapidement : nous prenons acte de cette décision, et nous continuons. C’est très important d’avoir un message positif.

Que va-t-il se passer maintenant ?

Nous sommes dans une situation inédite. C’est la première fois qu’un membre de l’UE quitte l’ensemble. Le Royaume-Uni a toujours eu un pied dedans, un pied dehors, donc la situation est spécifique. Il faut aller de l’avant, apporter des réponses aux citoyens européens qui se posent des questions comparables aux Britanniques. Il faut des éléments concrets pour que les Européens se sentent protégés.

Comment les négociations vont-elles s’organiser ?

Je souhaite que les négociations aillent vite, 2 ans c’est trop long, nous risquons la paralysie de l’UE. Nous devons organiser la sortie certes, mais surtout lutter contre ces discours qui font de l’Europe un bouc émissaire. J’en ai assez de ce paradoxe : tout le monde est bien content de recevoir les bénéfices de l’Europe, mais on entend parler que des critiques sur les fonctionnaires et l’administration.

Comment répondre à ces critiques sur le fonctionnement de l’UE ?

Les fonctionnaires, ils sont peu nombreux, travaillent beaucoup, et souvent très bons. C’est le système politique qu’il faut réformer : insuffler plus de politique dans le fonctionnement.

Jean-Claude Juncker avait promis une Commission plus politique, on ne peut pas dire que ce soit le cas pour l’instant..

L’administration conserve un certain pouvoir, mais c’est aussi parce que les commissaires ne la dirigent pas d’une façon très claire et politique, justement. Le Parlement doit contribuer à donner cette orientation plus politique à l’UE.

Comment cela lui est-il possible en l’absence de pouvoir d’initiative législative ?

Le traité de Lisbonne a sérieusement renforcé le pouvoir du Parlement. Et nous pouvons faire pression sur la Commission par des questions écrites, des rapports d’initiative : à un moment, la Commission doit répondre. Et proposer des textes législatifs. Je crois que ce vote va faire prendre conscience, encore plus, du rôle politique qui doit être renforcé. Parce que si les politiques ne sont pas à la hauteur, l’administration prend le pouvoir.

Faut-il conserver la gestion de la frontière britannique en France à Calais notamment ?

Les accords du Touquet sont des mauvais accords, ils ont été mal négociés. Il faut bien sûr que la frontière avec le Royaume-Uni reparte au Royaume-Uni, et que la France fasse preuve de fermeté à cet égard.

Le Royaume-Uni doit assurer la présidence tournante de l’UE au second semestre 2017. Est-ce tenable ?

Comment peut-on imaginer aujourd’hui que le Royaume-Uni assure une présidence tournante ? Le message qui serait envoyé par l’Union européenne serait absurde ! Il faut absolument modifier cette liste des présidences tournantes.

Qu’en est-il pour les postes de hauts fonctionnaires et de dirigeants des agences européennes ?

La question va se poser aussi.  En théorie, le processus de sortie de l’UE dure 2 ans. Cela peut laisser aux fonctionnaires la liberté de tenter d’obtenir une double nationalité. Mais il faut être exemplaire sur ces sujets, parce que cela aura des conséquences. Si l’Europe est trop faible et se laisse marcher sur les pieds par le Royaume-Uni, les populismes seront encouragés.

Y a-t-il un risque de contagion du Brexit, alors que quelqu’un de votre camp politique, Bruno Le Maire, appelle à un referendum sur l’UE en France ?

C’est une erreur magistrale de sa part. Je suis très déçue par Bruno Le Maire. Il était très européen, là, il divague. Il adopte les positions de partis populistes. C’est absurde, l’avenir de la France est dans l’Union européenne. Quand on sait ce qu’est un referendum, qu’on vient de voir la bagarre violente et parfois absurde que ça a été au Royaume-Uni, on comprend que cela fait peu de sens.

Quelle est la solution selon vous pour réconcilier les Français avec l’UE ?

Il faut mettre de l’humain et du politique dans l’UE. Et surtout il faut expliquer l’Europe, ce qui n’a pas été fait dans la campagne britannique. Pour faire barrage au populisme, la seule solution c’est que les gens comprennent à quoi sert l’Europe, dans l’agriculture par exemple.

Quelle sera la conséquence, au Parlement européen, de la disparition du groupe ECR qui suivra la sortie de l’UE ?

La perte de ce groupe représentera un manque sur le plan politique pour la droite, c’est évident, pour l’élaboration de nos projets européens leurs compétences étaient intéressantes. David Cameron est très responsable de cette situation. Mais cela peut aussi aboutir à une alliance plus forte des groupes politiques pro-européens. Les socialistes vont aussi voir leur groupe affaiblir avec le Labour en moins.

La présidence du Parlement européen doit être remise en jeu à la mi-2017. Serez- vous candidate ?

Nous avons rendez-vous en Bavière à la rentrée, à l’invitation de Manfred Weber, le président du groupe PPE, pour évoquer ce sujet. Il va y avoir beaucoup de candidatures. Si la question d’une candidature féminine se pose, je me présenterai, mais certainement pas contre mon collègue Alain Lamassoure qui est très légitime pour postuler. La sortie du Royaume-Uni renforce la crédibilité de la France pour un tel poste. En revanche, est-ce que la droite peut avoir à la fois la présidence du Conseil, de la Commission, et du Parlement européen, cela reste une question ouverte.

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