« Le Brexit aurait pu être évité »

Le vote britannique du 23 juin aurait pu être évité si le Royaume-Uni avait introduit des réformes nationales pour gérer la liberté de mouvement, selon Pasquale Terracciano.

Pasquale Terracciano est membre de l’ambassade italienne au Royaume-Uni depuis trois ans.

Nous essayons toujours de comprendre la décision des Britanniques de quitter l’UE. Pensez-vous que ce choix aurait pu être évité ?

Oui, absolument. Ce n’était sans doute pas une bonne idée d’organiser un référendum pour une question aussi délicate, qui aurait plutôt eu sa place dans un débat approfondi au Parlement. Il aurait ensuite fallu qu’il y ait une alternative claire, mais ce n’était pas le cas. À présent, les débats sur l’avenir des relations UE-Royaume-Uni sont sans fin.

J’ai l’impression qu’il y a un consensus de plus en plus fort pour que le Royaume-Uni reste à l’intérieur du marché unique. Or, pour cela, il faut accepter la libre circulation des travailleurs.

Absolument. Beaucoup sont favorables à un nouvel accord, un « Espace économique européen revu » qui permettrait au Royaume-Uni d’accéder à l’EEE, à quelques exceptions près, notamment la libre circulation. Est-ce possible ou une simple chimère ?

Je le répète, nous aurions pu éviter le Brexit si la Grande-Bretagne avait mis en place des réformes nationales pour réguler la libre circulation.

Actuellement, la directive sur la libre circulation n’est pas appliquée. Personne ne sait, par exemple, que les travailleurs européens peuvent être renvoyés chez eux, s’ils n’ont pas eu d’emploi pendant trois mois.

Cette directive n’a pas pu être mise en œuvre parce qu’ils n’ont jamais introduit de système d’identification. Ils ont essayé, mais ont échoué. Il n’y a pas de système d’enregistrement, il est donc impossible de suivre les travailleurs et vérifier leurs actions.

À l’heure actuelle, les Britanniques peuvent rester dans le marché unique et l’EEE, sans aucune restriction, s’ils parviennent à appliquer les directives sur la libre circulation et mettre en place plus efficacement les réglementations.

La solution n’est donc pas que l’Europe change et fasse des réformes, comme le disent les gens ici. La solution doit être trouvée ici au Royaume-Uni. La libre circulation est un système durable, si cette liberté ne s’applique pas à tous, mais aux travailleurs uniquement. Ainsi, si vous n’avez pas d’emploi, vous pouvez être renvoyé.

D’après vous, le Royaume-Uni n’a pas correctement appliqué la législation pour la libre circulation ?

Les Britanniques ont toujours pratiqué la « simplification » des lois européennes, ce qui prouve bien que Bruxelles n’a pas le monopole de la régulation et des formalités administratives. Il y a eu des démarches administratives très lourdes dans ce pays, il n’y a pas d’autre explication pour cette habitude. Je pense qu’il faut se regarder dans un miroir avant de demander à l’UE de changer.

Pensez-vous que l’UE rester ferme dans les négociations avec la Grande-Bretagne ? 

Les conditions pour faire partie de l’EEE sont très claires. Si vous rejoignez le marché unique, il faut appliquer la libre circulation. Vous ne pouvez pas prendre seulement ce qui vous convient. Ce n’est pas compatible avec le principe du marché unique.

Finalement, je pense que le Royaume-Uni devrait tenter de rester. Il aurait l’occasion de faire des réformes internes de leur système d’enregistrement et d’identification, éventuellement aussi de leur système d’aides sociales pour qu’il n’y ait pas d’abus.

Parfois, plusieurs générations vivent uniquement grâce aux aides sociales. Ce n’est certainement pas sain pour l’économie du pays. Le Brexit fournit la chance de mettre en ordre les processus qui ne fonctionnent plus, fondés sur les vieilles traditions de liberté et de solidarité. Ces concepts ne sont plus viables et doivent être mis à jour pour s’intégrer au système de l’UE.

De cette façon, il garderait leur statut au sein de l’EEE. C’est assez ironique, car les règles appliquées auraient été décidées ailleurs et les Britanniques n’auraient pas eu leur mot à dire. Il s’agit en fait de leur choix. C’est le danger d’un référendum sur une question difficile, sans véritable option.

Après tout, le Royaume-Uni s’est toujours démarqué et a choisi un statut particulier. Peut-être qu’un statut « norvégien », comme ils ont tendance à l’appeler, conviendrait mieux. Qu’en pensez-vous ? 

Absolument. En fin de compte, je pense que ce serait mieux pour tous, si la Grande-Bretagne avait un statut similaire à la Norvège. Il s’agit finalement d’une problématique culturelle. Ils se rendront peut-être compte en temps voulu que le cœur du projet de l’Union européenne n’est pas économique, mais l’idée de solidarité entre des peuples qui partagent les mêmes valeurs et les mêmes traditions. C’est un projet fondé sur la coopération et qui assure la paix sur le continent, après de nombreux siècles de guerres et de conflits acharnés.

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