Le ministre britannique à l’énergie: « Je me félicite de la nomination de Miguel Cañete »

Ed Davey, ministre britannique à l'énergie et au changement climatique. [Policy Exchange/Flickr]

Le ministre britannique à l’énergie et au changement climatique, Ed Davey, estime que l’accord sur le paquet énergie-climat 2030 prouve que le Royaume-Uni peut-être gagnant au niveau européen. Il s’est également félicité de la nomination de Miguel Cañete au poste de commissaire au climat, critiqué pour ses liens avec l’industrie pétrolière.

Le ministre, un libéral-démocrate, occupe le poste de ministre à l’énergie et au changement climatique depuis 2012. Il pourrait succéder à Nick Clegg en tant que président du parti. 

Que pensez-vous de la nomination de Miguel Cañete au poste de commissaire à l’énergie et au climat ?

J’ai travaillé avec lui dans le cadre du groupe de la croissance verte [un groupe de 14 États membres désireux d’assurer des objectifs élevés en matière d’émission de gaz à effet de serre]. C’est un homme très travailleur, intelligent et impliqué. Il s’est montré très engagé pour la réduction du CO2 et a défendu l’adhésion et le rôle de l’Espagne au sein du groupe.

Cela fait deux ans que je le connais et je sais à quel point il tient à la généralisation d’une énergie verte, propre, je me félicite donc de sa nomination.

Je vous pose la question parce que sa nomination est très controversée, justement…

Certains de ces détracteurs sont mal informés et ne comprennent pas le rôle crucial qu’ont joué Miguel Cañete et l’Espagne dans la préparation de ce nouvel et ambitieux cadre d’action pour 2030.

Êtes-vous satisfait de ce cadre d’action ?

Il correspond aux propositions du Royaume-Uni donc oui, j’en suis satisfait ! Cet accord découle de deux ou trois années de travail du groupe de la croissance verte, qui avait pour vocation l’établissement d’objectifs ambitieux au niveau de l’Europe. Quand nous avons proposé une réduction d’au moins 40 % des émissions de gaz à effet de serre, la plupart des gens nous ont trouvé beaucoup trop ambitieux. Il s’agissait de fait de l’objectif le plus audacieux proposé dans ce contexte, nous sommes donc heureux qu’il ait été accepté.

Que pensez-vous de l’objectif en matière d’efficacité énergétique qui a été réduit à 27 % [la Commission avait proposé 30 %, mais les États membres ont jugé ce taux trop élevé] ? Un résultat décevant, n’est-ce pas ?

La question à se poser est la suivante : que veut-on faire en matière de changement climatique ? Nous essayons de l’enrayer, et cela n’est pas toujours compris. Il faudrait, selon moi, arriver à ce but de la manière la plus bon marché et la plus rapide possible. Cela implique d’être le plus flexible possible, puisque toutes les solutions ne peuvent pas convenir à tout le monde.

Notre plus grand défi est d’enrayer le changement climatique, et nous avons l’objectif de réduction des gaz à effet de serre le plus ambitieux qui soit. Dans la réalisation de cet objectif, certains pays privilégieront l’efficacité énergétique, d’autres les énergies renouvelables.

Certains décideront de passer au nucléaire, d’autres de mettre en place des systèmes de séquestration du carbone. Chaque État est différent.

Cela nous a toutefois amené à une situation où le Royaume-Uni s’est retrouvé à défendre la même position que la Pologne, l’un des pays les plus dépendants du charbon.

Je ne suis pas du tout d’accord avec cette comparaison. Je me situais à une extrémité du spectre des opinions, mon homologue polonais était à l’extrême opposé.

Certains avancent que le Royaume-Uni voulait obtenir des objectifs non-contraignants à cause de la nouvelle centrale nucléaire de Hinkley Point [l’accord entre EDF et le gouvernement britannique sur ce point a été validé par l’UE récemment] et des intérêts du pays en matière de gaz de schiste.

Le gaz de schiste est hors-sujet ici, puisque nous parlons d’électricité. En ce qui concerne le gaz, certains pays l’obtiennent de Vladimir Poutine, d’autre de la mer du Nord. Je préfère utiliser du gaz britannique que du gaz russe. La question du gaz de schiste n’est abordée que par ceux qui ne connaissent pas le sujet.

Il était extrêmement important que l’UE adopte une position audacieuse à ce sujet à cause de Vladimir Poutine. La sécurité énergétique de l’Europe est plus menacée par le président russe qu’elle ne l’a jamais été auparavant. L’accord de la semaine passée envoie un signal fort au Kremlin. Nous n’accepterons pas que l’on menace des membres de l’Union. La personne que l’accord a le plus déçu est Poutine lui-même.

Vous ne considérez donc pas que des objectifs non contraignants freinent l’investissement ? Le fait qu’un objectif soit contraignant ou non change l’attitude des investisseurs, vous ne pensez pas ?

Au Royaume-Uni, nous avons adopté une approche neutre sur le plan technologique. Nos capacités de génération d’électricité éolienne en mer sont plus élevées que celle du reste du monde mises ensemble. Nous investissons massivement dans les énergies renouvelables, en mer et sur terre. À l’heure actuelle, nous examinons de près l’énergie marémotrice et la séquestration de carbone. Quel que soit le secteur concerné, nous nous investissons massivement. Mettre tous ses œufs dans le même panier, c’est plus cher et plus risqué.

Cela représente des investissements considérables. J’aimerais bien avoir une boule de cristal, mais comme nous qui n’en avons pas, nous devons nous montrer réalistes et faire preuve d’esprit pratique. C’est pourquoi l’UE a défini des objectifs très ambitieux et contraignants en matière d’émissions de gaz à effet de serre.

Ces objectifs ne sont-ils pas compromis par la clause de révision prévue par les conclusions finales [celle-ci prévoit la possibilité pour les États membres de revoir les objectifs à l’issue de la conférence de paris sur le changement climatique de 2015] ?

Il ne s’agit pas d’une clause de révision, mais d’augmentation. L’objectif est d’au moins 40 %. Selon moi, cela signifie que cet objectif ne peut qu’augmenter.

Quelle est la signification de l’accord en vue des conférences de Lima et de Paris [la conférence de Lima sur le changement climatique et la conférence de 2015 sur le changement climatique des Nations unies] ?

C’est exactement la raison pour laquelle cet accord historique est si extraordinaire : il aura un impact sur le reste du monde. L’Europe pousse la Chine et les États-Unis à être plus audacieux. Il est dans l’intérêt de tout le monde que ces deux pays fournissent leur part d’efforts dans la lutte contre le changement climatique.

Le but des négociations des Nations unies est de s’assurer que le réchauffement climatique ne dépassera pas la limite des 2 degrés. L’UE doit réduire ses émissions de CO2 pour respecter cet objectif, mais certains pays en développement vont devoir augmenter leurs émissions, pour se développer, justement. Nous devons nous assurer que ces émissions cessent d’augmenter le plus rapidement possible. Cette situation concerne des pays comme la Chine, par exemple. Il faut que l’accord soit, dans son ensemble, le plus ambitieux possible.

Pensez-vous que le paquet de mesures pour 2030 prouve que le Royaume-Uni peut être gagnant au niveau européen ?

Selon moi, la mise en place du groupe de la croissance verte montre que l’UE peut être réformée de l’intérieur. Cela prouve que le Royaume-Uni peut remporter des victoires au sein de l’Europe, et c’est ce que nous avons fait, en y consacrant le temps et les efforts nécessaires sur une longue période. Nous pouvons ainsi nous assurer que des décisions raisonnables peuvent être prises en Europe.

Dommage la querelle au sujet de l’augmentation de 2,1 milliards d’euros de la contribution britannique au budget européen ait fait de l’ombre à cette victoire. Que pensez-vous de cette controverse ?

Les libéraux-démocrates soutiennent pleinement le premier ministre dans cette affaire [David Cameron refuse de payer cette facture]. J’étais présent quand il s’est adressé à la Chambre des Communs [le 28 octobre] et je suis d’accord avec tout ce qu’il a dit sur la question du budget européen.

Il a reconnu que les contributions sont parfois dans notre intérêt, parfois pas. Il s’agit toutefois d’une somme très élevée que nous devrions payer dans des délais très serrés. Il a souligné un aspect important de cette affaire : le Royaume-Uni inspectera tous les petits détails de sa contribution, afin de s’assurer que l’intérêt national est protégé comme il se doit.

Selon vous, est-ce que les libéraux-démocrates, en tant que membre de la coalition au pouvoir, devraient défendre davantage l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE ?

Je pense que le débat entre Nick Clegg et Nigel Farage, ainsi que l’exemple du groupe de la croissance verte et d’un autre groupe économique que j’ai créé avant cela, montrent que nous avons le dessus dans la discussion sur l’UE. Malheureusement, les eurosceptiques font circuler tellement d’informations fausses que notre message ne passe pas toujours.

Nous avons beaucoup de bonnes raisons de rester dans l’UE, nous devons juste les mettre davantage en avant. Cela ne concerne pas seulement le changement climatique, mais également dans le domaine de la justice et des affaires intérieures.  Les partisans d’un arrêt de la collaboration de Royaume-Uni avec l’UE en termes de mandats d’arrêt européens jouent à mon sens un jeu dangereux, qui engage la sécurité et la sûreté nationales et ferait le bonheur de certains des criminels les plus menaçants de la planète.

Vous pourriez être le prochain président du parti libéral-démocrate…

Je voudrais d’abord dire que je n’essaierai jamais de prendre la place de Nick Clegg, mais il est évident qu’il voudra un jour se retirer de la politique. On m’a suggéré de poser ma candidature. Si le poste était à pourvoir, j’y penserais.

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