«Le Royaume-Uni est mieux dans l’UE pour combattre le terrorisme »

Sir Julian King

Les arguments économiques et sécuritaires devraient convaincre les Britanniques de rester dans l’Union européenne lors du referendum du 23 juin, selon l’ambassadeur du Royaume-Uni en France.

Sir Julian King a été nommé ambassadeur du Royaume-Uni en France en février dernier. Il connait bien les affaires européennes après avoir été directeur de cabinet des commissaires britanniques Peter Mandelson et Baronne Ashton à la Commission européenne.

Quel intérêt à selon vous le Royaume-Uni à rester dans l’Union européenne ?

Nous avons pris parti de façon très nette pour le maintien dans l’Union européenne, parce que nous pensons que les avantages sont nombreux. Il y a des avantages économiques: le marché européen reste notre débouché le plus important. Et il y  a le défi sécuritaire. Les terroristes ne font pas de distinction entre les pays, donc mieux vaut rester ensemble pour les combattre.

En matière de sécurité justement, la gestion de la frontière à Calais montre bien que vous faites beaucoup de choses en bilatéral et non dans le cadre européen.

Sur la sécurité et sur les aspects militaires, nous avons une coopération très étroite avec la France. Mais même s’il existe des liens bilatéraux, ils sont souvent organisés soit avec l’OTAN soit avec l’Union européenne. Ce sont ces cadres qui nous permettent de travailler plus facilement ensemble. Nous ne souhaitons pas défaire ces liens. Pour l’échange d’information sur les individus suspects par exemple, le cadre actuel dépend d’un accord européen.

Est-ce que la question des réfugiés pèse sur le débat du Brexit ?

Oui, c’est une question qui est posée. Mais nous avons un fort soutien en faveur de la politique humanitaire et de la lutte contre les passeurs. S’il y avait des afflux migratoires importants dans les semaines à venir, cela influerait bien sûr le débat, comme partout en Europe.

Que pensez-vous de l’accord signé entre l’UE et la Turquie pour renvoyer des migrants en Turquie ?

Nous avons débloqué 3 milliards d’euros d’aide humanitaire bilatérale, et aussi lancé un projet pour accueillir 20.000 réfugiés syriens directement des camps turcs. Si nous avons lancé ces projets, c’est parce que dès le début nous avons essayé de casser le modèle économique des passeurs : mieux vaut aider les gens les plus proches de chez eux.

L’accord du Conseil européen est dans la même logique : il faut empêcher les passeurs tout en traitant les cas de demande d’asile, et décourager les réfugiés économiques.

En cas de Brexit, que se passerait-il à Calais ?

Le cas de Calais est particulier. C’est une question qui est suivie de près au Royaume-Uni, comme en France. C’est même plus suivi en France. Nous soutenons complètement la politique du gouvernement français ; et pour l’instant, l’accord existe bel et bien pour que la frontière soit gérée en France.

Les sondages sur le Brexit sont hésitants à moins de trois mois du référendum du 24 juin.

Il faut se méfier des sondages, certains sont optimistes, d’autres non. Il faut encore convaincre le peuple britannique ! Et pour les partisans de la sortie, il faut qu’ils précisent et développent leur projet qui n’est pas si clair pour l’instant.

Avez-vous le soutien des entreprises britanniques ?

De certaines, oui. On a vu quelques chefs d’entreprises soutenir la position du gouvernement chez Airbus ou BMW. Ce sont des positions individuelles, que nous accueillons bien sûr avec plaisir, mais ce n’est pas généralisé.

Quel impact peut avoir le referendum des Pays-Bas sur l’Ukraine, que certains analysent comme une question ouverte sur l’adhésion au projet européen ?

Tous les évènements peuvent être interprétés au regard du referendum sur l’adhésion à l’Union européenne. Mais c’est une question distincte : la question posée c’est êtes-vous d’accord avec l’accord d’association signé avec l’Ukraine. Or, cet accord, nous, nous le soutenons.

Que pensez-vous de la position de la Commission européenne sur le débat du Brexit, qui a opté pour la discrétion ?

C’est à eux de décider de leur position, c’est leur choix.

Au sein des familles politiques françaises, de plus en plus d’élus se positionnent pour le Brexit…

Je n’ai pas vu de parti politique français prendre parti officiellement pour le Brexit. Que des politiques se prononcent pour, c’est leur problème !

Les Etats-membres débattent actuellement de l’approfondissement de l’Union économique et monétaire, qu’en pense le Royaume-Uni ?

Sur les détails, tout ça mérite d’être précisé. Les membres de la zone euro sont les premiers concernés. Nous soutenons la construction de la zone euro, nous ne cherchons pas à mettre un veto ou à freiner l’évolution de la zone euro, parce que c’est notre marché aussi.

Pourtant, David Cameron a insisté sur ce point avant de soutenir l’accord anti-Brexit..

Les questions que nous avons soulevées avant le Conseil européen de février, ce n’était pas pour freiner la zone euro, c’était pour vérifier que nous puissions être au courant des discussions sur l’évolution à l’avenir. Nous avons trouvé un accord sur tout cela, et c’est un bon accord.

Dans le passé, sous Tony Blair notamment, le Royaume-Uni a tenté de rester au centre de l’évolution de la zone euro, même si parfois les autres auraient voulu aller plus loin, plus rapidement. Ce qui a changé c’est que désormais, nous soutenons l’évolution de la zone euro sans essayer de la freiner, ni de lui dicter quoi que ce soit.

La question de la fiscalité est un élément du débat du Brexit. Certains patrons de hedge fund font campagne pour quitter l’Union européenne justement parce que les contraintes de transparence fiscales de l’UE leur paraissent inacceptables…

C’est vrai, mais nous avons aussi un Premier ministre qui a fait campagne pour faire la lumière sur les paradis fiscaux. Nous organisons le 12 mai une rencontre du G8 sur la lutte contre la corruption et les mesures possibles au niveau international pour éliminer les paradis fiscaux, parce que le Royaume-Uni s’est fermement engagé dans cette direction.

La réforme structurelle du secteur bancaire européen traine depuis plusieurs années. Où en est-on ?

Ce qui nous tient à cœur, c’est de conserver les contrôles que nous avons déjà mis en place au Royaume-Uni. Nous avons déjà fait les réformes chez nous, donc c’est important pour nous qu’elles soient maintenues. S’il y a d’autres structures qui peuvent être créées au niveau européen, nous pouvons en débattre, mais nous voulons garder le même niveau de contrôle que nous avons établi.

 

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