MacShane: «On peut quitter l’UE, pas le marché unique»

Denis MacShane [Matthew Tempest]

Entretien de notre partenaire, Ouest-France, avec Denis MacShane, ancien ministre des Affaires européennes. Dès 2014 il annonçait la sortie de Londres de l’Union européenne. Il estime qu’il serait suicidaire pour le pays de sortir du marché unique.

Denis MacShane a été ministre des Affaires européennes sous Tony Blair et parlementaire. Son dernier livre, intitulé « Brexit, no exit », vient de sortir au Royaume-Uni.

Un an après le référendum, le gouvernement conservateur paraît plus divisé que jamais sur le cap à suivre dans les négociations sur le Brexit. Theresa May peut tenir encore combien de temps ?

Difficile à dire. Après l’élection en juin, il y avait deux analyses dominantes chez les conservateurs. D’abord, la conviction que ce parlement va durer. On ne va pas voir de sitôt une nouvelle élection anticipée. On a eu cinq grands rendez-vous électoraux depuis trois ans. Les élections européennes de 2014, qui furent une grande victoire pour Ukip, le parti europhobe. Le référendum écossais toujours en 2014, les élections générales de 2015. Le référendum sur le Brexit en 2016 et maintenant les élections anticipées de juin 2017. Cela suffit. Les conservateurs vont pouvoir rester au pouvoir. Ils ont soixante sièges de plus que les travaillistes. L’idée d’une implosion des tories, je n’y crois pas. La seconde analyse, c’était l’expression d’un mépris pour Theresa May comme je ne l’ai jamais entendu par le passé. Les conservateurs sont généralement fidèles à leur chef, même s’ils ne l’aiment pas. Mais là, il y a un mépris, un rejet. Cela dit, quand vous leur demandez, alors vous changez de leader ? Non, c’est difficile. Ils ne veulent pas risquer une élection interne qui diviserait encore davantage le parti. On n’a pas de personnalités dominantes en mesure de remplacer Theresa May. Cela lui donne un répit.

Elle peut rester par défaut…

Disons provisoirement. Mais, comme on dit, le provisoire peut durer très longtemps.

Mais cela n’empêche qu’il faut définir une ligne pour la négociation ?

Les négociations sont conduites pour le moment plutôt par les fonctionnaires. À un moment donné, Mme May peut très bien regagner sa position initiale, d’avant le référendum. À savoir une position d’eurosceptique, mais sans rupture totale sur l’Europe. Toute la classe politique britannique attend, en fait, que l’opinion publique, qui bouge très lentement contre le Brexit, commence à se montrer hostile à la sortie. On sait qu’il y a une fronde importante de députés conservateurs qui sont sur une position très dure sur le Brexit. Mais, sont-ils majoritaires ? Je ne le pense pas. À quel point, ceux qui ont de vraies inquiétudes vont commencer à former les rangs et s’opposer à une amputation totale vis-à-vis de l’Europe? C’est toute la question.

Cela prend du temps.

Oui, très lentement. Apparemment, Theresa May va faire un discours à la rentrée où elle devrait clarifier sa position. Mais, on commence à voir pointer de nouveaux positionnements. Comme celui de la très populaire chef des Tories en Écosse, une femme jeune, dynamique. Elle a annoncé cette semaine qu’il faut rester dans le marché unique. C’est un glissement très lent vers l’idée d’un avenir à la Norvège pour l’Angleterre.

Le statut de la Norvège, cela veut dire rester dans le marché unique, mais pas dans l’UE. Donc sans décider.

Oui, mais même le tabloïd The Sun, de Murdoch, dit qu’on doit payer notre addition pour quitter l’UE. On sent aussi une certaine ébullition dans le parti travailliste. On voit clairement une perception du grand risque que représente pour le pays le fait de quitter le marché unique et l’union douanière. Au fur à mesure, cela peut toucher les députés tories dans leurs circonscriptions, si tous les hommes d’affaires, tous les agriculteurs, les PME commencent à leur parler de cette inquiétude.

L’hypothèse d’un second référendum est aujourd’hui plus sérieuse ?

Je ne crois pas à un second référendum dans l’immédiat. J’ai toujours pensé qu’il faut au moins deux ans après le référendum pour que le peuple puisse repenser sa décision. Si on regarde la Suisse. En 2014, ils ont tenu un référendum contre l’immigration en provenance de l’UE. Cela risquait de constituer une discrimination pour les autres citoyens du marché unique. Le monde économique s’est alors adressé au parti promoteur du référendum pour lui faire comprendre qu’une sortie du marché unique serait catastrophique. Et fin 2016, le parlement suisse a élaboré une loi promouvant l’emploi des citoyens suisses, mais qui évite la discrimination, et donc la sortie du marché unique. La piste suisse peut être étudiée pour le Royaume-Uni.

Vous aviez prédit, deux ans avant, l’issue du référendum sur le Brexit de juin 2016. Votre nouveau livre nous dit qu’il n’y a pas de sortie. C’est une histoire de fous ?

Mon avis, c’est que si on sort totalement de l’UE, on perd toute influence sur la future géopolitique de l’Europe. Sa politique étrangère, sécuritaire, nous aurons le même rapport à l’Europe que celui qu’ont le Canada ou le Mexique avec Washington. Cela demande un deuxième référendum, mais je ne sais pas s’il y a l’appétit pour l’organiser. Parce que si un deuxième référendum revenait sur la décision, les 52% d’électeurs du Brexit seraient furieux. Une bonne partie des députés conservateurs seraient en rébellion permanente.

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