Manfred Weber : « Le gouvernement britannique doit garder les pieds sur terre »

Manfred Weber [EP]

David Cameron ne devrait pas surcharger les négociations avec ses partenaires européens avec des demandes irréalistes, a déclaré Manfred Weber, le chef des conservateurs (PPE) au Parlement européen, dans une interview avec le journal Tagesspiegel.

Manfred Weber est le président du Parti populaire européen (PPE) au Parlement européen depuis 2014. Il a répondu aux questions d’Albrecht Meier, du journal Tagesspiegel.

Le Premier ministre britannique, David Cameron n’est pas satisfait du statu quo européen et souhaite donc réformer les traités européens. Pensez-vous que ce genre de réforme est possible ?

Le besoin, ou non, d’une modification du traité sera déterminé lorsque les Britanniques diront clairement ce qu’ils souhaitent. La balle est dans le camp Londres. Ils doivent définir les changements qu’ils souhaitent opérer. Il y a certains sujets pour lesquels des réformes sont possibles sans modification du traité. En revanche, d’autres réformes exigeront de modifier les traités de l’UE.

La chancelière allemande, Angela Merkel et le président français, François Hollande, cherchent actuellement à renforcer la coopération dans la zone euro dans les domaines économique, social et fiscal, le tout sans changement de traité. Comment est-ce censé cadrer avec la volonté des Britanniques ?

Nous sommes arrivés à un moment où nous devons discuter à nouveau des fondations de l’Union européenne. Nous savons que nous avons besoin d’approfondir l’union monétaire pour la protéger sur le long terme. D’un autre côté, le Royaume-Uni veut renégocier sa relation avec l’UE. Il est logique que nous discutions ensemble des changements qui devraient être apportés aux fondations de l’Europe. Nous devrions commencer par aborder les points qui se trouvent déjà dans le traité. À moyen terme, le débat sur la modification du traité ne devrait plus être une question taboue.

Apparemment, David Cameron veut que les citoyens européens non britanniques ne puissent accéder à certains services sociaux qu’après avoir passé 4 ans au Royaume-Uni. Mérite-t-il d’être soutenu sur ce point ?

Traiter les citoyens européens et britanniques de manière différente n’est pas compatible avec les traités existants. Là, les Britanniques franchiraient la limite. Le gouvernement britannique doit garder les pieds sur terre et ne pas faire de demandes auxquelles les partenaires européens ne peuvent pas répondre. D’un autre côté, le Royaume-Uni doit aussi comprendre que l’Europe dans son ensemble est prête à faire des efforts. Beaucoup de leurs demandes ne devraient pas être perçues comme des problèmes, mais comme des opportunités.

Pouvez-vous nous donner un exemple ?

L’Europe doit faire face à des grands défis et éviter de se concentrer sur de petits détails bureaucratiques. Les Britanniques ont le droit de vouloir la fin de l’ingérence européenne dans des détails quotidiens. Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, travaille déjà là-dessus. Le second grand enjeu est la migration. En effet, la liberté de circulation dans l’UE ne peut pas être utilisée comme un moyen d’abuser du système d’aide sociale. Il faut clarifier les choses d’un point de vue juridique, car il existe des interprétations différentes de la liberté de circulation en Europe. Pour le PPE, la pression exercée par les Britanniques pour éclaircir la question est une bonne chose.

Que pensez-vous des demandes symboliques de Londres, telles que la suppression de la formule « une union toujours plus étroite » du traité de l’UE ?

Lors de ma visite à Londres jeudi et vendredi, j’essaierai d’expliquer ce que nous entendons par « une union toujours plus étroite ». En ce sens, après des siècles de guerre en Europe, nous exprimons notre ferme conviction : le peuple d’Europe se sent uni et semble se rapprocher de plus en plus. Cette formule ne veut pas dire que de plus en plus de compétences doivent être transférées à l’Europe. Le parlement britannique peut bloquer toute volonté d’approfondir l’Union à l’avenir.

David Cameron va probablement demander la suppression du passage qui décrit l’euro comme « la monnaie commune de l’UE ».

Le Royaume-Uni possède une clause d’exemption pour l’euro, garantie par les traités. Ainsi, du point de vue britannique, les faits sont très clairs.

David Cameron envisage d’avancer la date du référendum, qui aura certainement lieu en 2016. Qu’en pensez-vous ?

Plus vite nous aurons résolu la question de l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE, mieux ce sera. En ce moment, nous ne pouvons pas nous permettre de passer des années à mener un bras de fer durant lequel l’Europe n’a qu’une idée en tête : la sortie, ou non, du Royaume-Uni de l’Union.

Existe-t-il un risque que les Britanniques votent « non » à l’UE parce que David Cameron a fait de grandes promesses et propose une nouvelle vision des relations avec l’UE ?

Les résultats des élections de la chambre basse ont renforcé le Premier ministre. Il peut désormais diriger. Il doit également développer sa vision du Royaume-Uni des années à venir. Au cœur de la question se trouve la fédéralisation. En dehors, la question de l’adhésion à l’UE se pose. Où se situe le Royaume-Uni ? David Cameron doit répondre à cette question fondamentale pour lui et pour son pays, et convaincre les électeurs de sa réponse. J’espère que la campagne qui précèdera le referendum ne se limitera pas à des aspects individuels tels que la migration, mais gardera une vue d’ensemble de la situation.

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