Stephen Clarke : « Le Brexit, c’est l’horreur »

L’écrivain britannique Stephen Clarke est l’auteur de plusieurs ouvrages sur les relations entre la France et le Royaume-Uni, dont le best-seller « A year in the merde ». Son dernier roman, God save le Brexit, relate les hésitations d’un électeur face au débat du Brexit. 100 jours après le referendum, il fait un point pour EURACTIV.fr sur ses conséquences.

Quel bilan tirez-vous du Brexit 100 jours après le choc du referendum ?

Les gens ont voté pour, mais c’est l’horreur, vraiment. Maintenant l’Ecosse, le Pays de Galles, l’Irlande du Nord vont vouloir partir, et il n’y aura plus de Royaume-Uni, l’Angleterre va rester toute seule à se replier sur elle-même.

Comment expliquer que les Britanniques aient voté pour le Brexit ?

On leur a menti durant toute la campagne. Alors bien sûr  les électeurs ne sont pas complètement dupes, ils savaient bien qu’on leur mentait. Mais c’est exactement comme l’électorat de Donald Trump : ils avaient trop envie d’y croire ! Notamment parce que les partisans du « Leave » validaient les préjugés bien ancrés dans la société britannique, comme la xénophobie. La campagne s’est vraiment concentrée sur cette peur de l’autre en se concentrant sur les Polonais et les Roumains. On a même fait croire aux Pakistanais et aux Indiens que s’ils votaient Leave, on ouvrirait les frontières à leurs compatriotes. Ce qui était, évidemment, totalement faux !

Est-ce les institutions européennes ont leur responsabilité dans le Brexit ?

Bien sûr, largement. L’Europe communique tellement mal ! Bruxelles est une bulle d’arrogance de gens qui se croient intouchables. Bruxelles a sa part de responsabilité dans cette histoire. Il faudrait faire des campagnes pour défendre l’UE et dénoncer les idées fausses véhiculées par la presse britannique. J’ai parlé de cela avec des fonctionnaires, et ils m’ont répondu : « si on communique, les médias britanniques vont nous accuser de faire de la propagande ».  En fait il y a un manque de courage de la part des institutions.

Comment l’UE devrait-elle communiquer selon vous ?

Des fois je demande à des Britanniques : mais quelle loi européenne vous pose problème ? Et ils sont incapables de me répondre. Parce que les décisions de Bruxelles sont légitimes et souvent vertueuses. Par exemple la qualité de l’eau de baignade est devenue excellente dans de nombreux pays où les Britanniques se ruent l’été grâce à l’UE. Et quand l’UE finance des projets pour assainir la gestion des eaux usées dans les Balkans, tout le monde en profite. Pourquoi ne font-ils pas une grande campagne de pub là-dessus ?

Comment les Britanniques perçoivent l’UE selon vous ?

On ne comprend pas l’utilité des dirigeants européens. Personne ne sait qui décide, ils sont trop nombreux. La construction européenne s’est faite de façon obscurantiste, et maintenant c’est devenu incompréhensible. Moi je ne sais pas à quoi sert le président de la Commission européenne, mais c’est à l’Europe de me l’expliquer.

Est-ce que les Britanniques sont satisfaits du Brexit ?

Entre ceux qui n’ont pas voté et ceux qui ont changé d’avis face à une classe politique désemparée, je crois qu’aujourd’hui le vote serait inversé. Mais c’est trop tard. Theresa May n’a pas une grande crédibilité, elle n’a pas été élue par le Parlement, mais nommée par son parti ; dans ces cas-là, ça se passe souvent mal au Royaume-Uni. Les décisions prises semblent absurdes. Mettre Boris Johnson aux affaires étrangères, c’est une forme de punition pour lui, il est détesté de partout. Le problème c’est que les travaillistes n’ont pas de leader solide, sans quoi ils pourraient se mobiliser et proposer une alternative. Donc l’article 50 va être activé, et là l’UE ne sera même plus obligée de négocier, le Royaume-Uni devra sortir. Et à mon avis les Européens vont être revanchards. Ça a déjà commencé : les appels d’offres des institutions européennes commencent à bouder les propositions britanniques.  Nous allons être marginalisés très rapidement.

Mais l’UE n’a rien à gagner à affaiblir le Royaume-Uni, au contraire…

Certes, mais le Royaume-Uni a beaucoup plus besoin de l’UE que l’inverse ! La moitié de nos exportations se fait vers l’UE, alors que pour l’UE le pouvoir d’achat britannique n’est pas essentiel. Ce referendum a provoqué une anarchie totale. Et de surcroît

Pensez- vous que le Brexit aura un impact sur la politique française ?

Bien sûr. Le Brexit aide les autres partis anti-immigration en Europe. Après le Brexit, le FN est le premier parti en France. Il faut dire que la classe politique française n’est pas très brillante. Un ministre de l’économie qui démissionne pour faire campagne comme Emmanuel Macron, c’est très opportuniste. Ça ne passerait pas au Royaume-Uni.

Comment expliquez-vous cette différence ?

En France les politiques sont des stars ! Et les journalistes sont beaucoup trop déférents avec les politiques, c’est un vrai problème. Les questions qu’ils posent, c’est « Monsieur le Ministre, merci de nous expliquer pourquoi vous êtes un génie ». Aussi ils s’intéressent à des « people ». Je ne vois pourquoi on invite un ancien ministre comme Arnaud Montebourg à donner son avis sur tout et n’importe quoi. Enfin avoir un président qui est dans son palais royal à manger dans des assiettes Louis XVI, ça n’a  pas de sens !

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