À Montréal, le «non» écossais jette un froid sur les velléités d’indépendance

Par deux fois les Québécois se sont exprimés sur l'indépendance de leur province (Credit: [Gino caron]/Shutterstock)

Sur l’île québécoise, les souverainistes essaient de raviver la flamme pour que leur « belle province » devienne un jour un État à part entière. Mais le refus de l’Ecosse de sortir du Royaume-Uni a refroidi les indépendantistes. 

La campagne du « oui » écossais a été suivie de très près à Montréal. À tel point que des bars, très fréquentés, ont retransmis tout au long de la soirée les résultats. Une semaine après le vote et la victoire du « non », l’issue du scrutin est toujours très commentée.

Mardi soir (23 septembre), au bar Les Pas Sages dans le quartier Mont-Royal, une poignée d’altermondialistes, écologistes et féministes se sont rassemblés autour de la sortie du dernier numéro de la revue littéraire Nouveaux cahiers du socialisme. Mais évidemment, les discussions virent rapidement sur le référendum écossais. Ou plutôt les enseignements à tirer…

Scepticisme

Pinte à la main, André Frappier, membre de la direction nationale de Québec Solidaire (QS), parti souverainiste de gauche, martèle que « la question de l’indépendance doit désormais s’accompagner d’un programme social ». C’est d’ailleurs la leçon qu’il retient du scrutin. « Il faut faire différemment. En Écosse, le “non “ a eu l’appui du pouvoir économique. Les armes ne sont pas les mêmes. Au Québec, il faut se distinguer par le refus de l’austérité et aller au-delà du simple référendum. »

Avec la victoire des libéraux et la cuisante défaite aux législatives du Parti Québécois (PQ, souverainistes du centre gauche) en avril dernier qui les a renvoyés dans l’opposition pour plusieurs années, les indépendantistes cherchent à explorer de nouvelles voies. Comme celle d’une « campagne permanente pour le projet d’indépendance du Québec », hors des partis politiques, qui sera amorcée par des coalitions de souverainistes à partir de janvier prochain.

« Nous ne pourrons aborder la question de l’indépendance si nous ne gagnons pas les élections. Plutôt qu’un référendum, je préfère un processus de deux années, encadré par une constituante, pour préparer les Québécois à l’acceptation de ce choix », nuance André Frappier.

L’indépendance «s’éloigne»

Malgré tout, la défaite des régionalistes écossais a freiné les espoirs nés outre-Atlantique. « Si le oui était passé, c’est certain qu’on en aurait beaucoup parlé ici et qu’il y aurait eu une importante mobilisation. Mais avec ce résultat, on va avoir du mal à convaincre nos compatriotes de relancer la question de l’indépendance », estime Catherine, une quadra originaire des cantons de l’Est, favorable à une séparation du pouvoir fédéral. « Je pensais qu’on pourrait accéder à l’indépendance et concrétiser le rêve de nos parents et grands-parents. Mais au fil des ans, je suis de plus en plus sceptique », confie Stéphane, 42 ans, dont vingt passés à conduire un taxi.

Les indépendantistes, qui ont de plus en plus de difficultés à mobiliser la jeunesse sur cette question, se heurtent à une contradiction de taille. L’autonomie déjà acquise qu’a laissée le pouvoir fédéral canadien à la province satisfait une grande partie de l’électorat francophone mais aussi anglophone. « Si le “oui“ l’avait emporté en Écosse, je pense qu’elle aurait été moins indépendante que ne l’est aujourd’hui le Québec », souligne Alex Macleod, professeur au département de sciences politiques à l’Université du Québec à Montréal (UQAM).

Ce dernier a le sentiment que l’indépendance de la province canadienne « s’éloigne de plus en plus ». « Le peuple a déjà été consulté à deux reprises sur cette question en trente-cinq ans [référendum en 1980 et en 1995]. Par ailleurs, les Québécois ont réussi à défendre leur langue française grâce à la loi 101. Le pouvoir fédéral les a sécurisés sur la question linguistique. Du coup, ils se sont rendu compte qu’ils pouvaient vivre correctement sans être indépendants », note, dans son bureau de l’université, ce chercheur à la double casquette, canadienne et écossaise. « Paradoxalement, tout cela affaiblit les indépendantistes », conclut-il.

L’Écosse et le Royaume-Uni ont signé un accord le 15 octobre 2012 qui a ouvert la voie à la tenue d’un référendum le 18 septembre 2014.

Le Parti national écossais (SNP), à la tête du gouvernement décentralisé, a fait campagne pour l'indépendance. Le SNP veut en effet faire en sorte que l'Écosse se fasse entendre en Europe et ailleurs pour représenter convenablement ses intérêts sociaux, politiques et économiques.

A l'issue du scrutin, es Écossais ont voté à 55,3 % en faveur du maintien au sein du Royaume-Uni.

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