Les européennes britanniques rejouent le référendum sur le Brexit

epa07107220 Manifestation à Trafalgar Square, à Londres, pour un deuxième référendum sur le Brexit, le 20 octobre 2018. [Vickie Flores/EPA/EFE]

Les élections européennes n’étaient pas prévues au Royaume-Uni, qui aurait dû avoir quitté le bloc d’ici là. Elles se sont donc évidemment transformées en deuxième référendum.

Dans l’ensemble, le résultat des européennes au Royaume-Uni est un match nul. 35 % des électeurs ont soutenu le parti du Brexit ou UKIP, tous deux en faveur d’un Brexit dur, mais 35 % ont voté pour les Libéraux démocrates, les Verts ou Change UK, qui ont tous trois fait campagne contre le Brexit.

Les deux partis qui ont tenté d’attirer des électeurs à la fois pro et anti-UE, les Conservateurs et les Travaillistes, ont quant à eux souffert de lourdes pertes. Le Royaume-Uni est toujours divisé et deux options se profilent : un Brexit dur ou pas de Brexit du tout

Alors que les électeurs pro-Brexit se sont réunis presque exclusivement autour du parti du Brexit de Nigel Farage, le vote pro-européen a été plus fragmenté. Sur le terrain, les Libéraux démocrates et les Verts se sont plaints de la présence de Change UK, parti opposé au Brexit formé par des députés ayant quitté les camps travailliste et conservateur, qui leur aurait coupé l’herbe sous le pied.

« C’est le nombre total de voix [pour les partis anti-Brexit] qui compte », rétorque Peter Griffiths, candidat de Change UK.

Pour Louise Houghton, candidate des Verts dans le Yorkshire et membre de la campagne pour un second référendum, la campagne électorale européenne d’un mois a marqué « un hiatus négatif où nous avons dû nous recentrer sur les partis ». La coopération entre les partis pourra recommencer dès à présent, a-t-elle ajouté.

Un message entendu par d’autres partis. Et par les électeurs. De fait, tous les partis pro-UE ont fait état de nombreuses conversations avec les électeurs pour les conseiller sur la manière de voter tactiquement afin de s’assurer que suffisamment de députés de leur camp étaient élus.

La campagne pour un nouveau référendum gagne du terrain, même si nombre de ses partisans regrettent que les travaillistes y soient trop proéminents, malgré l’ambivalence travailliste à ce sujet. Pour Louise Houghton, elle se centre encore trop sur les exagérations et les mensonges de la campagne anti-UE de 2016, ce qui laisse entendre que les gens qui ont voté pour le Brexit sont stupides, et est donc contreproductif.

Theresa May annonce sa démission pour le 7 juin

Usée par l’interminable casse-tête du Brexit qu’elle n’a pas su mettre en œuvre, a annoncé vendredi sa démission, au bord des larmes, laissant à celui ou celle qui lui succèdera un pays paralysé par les divisions.

Mme May a précisé qu’elle …

« J’espère que notre bataille sera renforcée par les européennes, mais il faut que les choses changent au sommet, à Londres. Nous avons beaucoup trop de préjugés travaillistes », estime pour sa part Anna Soubry, députée de Change UK. « Au niveau de la base, là où réside sa force, c’est une merveilleuse alliance arc-en-ciel. »

« Une fois ces élections terminées, nous allons assister à une grande coopération entre les partis, car il est dans notre intérêt commun de faire partie de l’UE », a déclaré Magid Magid, l’un des députés verts nouvellement élus, qui fait sensation dans sa circonscription de Sheffield.

Pour lui, la lutte pour un nouveau référendum doit s’éloigner d’une stratégie basée sur des faits économiques. « Nous devons garder nos messages simples. Il est très important d’impliquer les gens sur le plan émotionnel. Il faut penser de manière créative et réellement leur parler » assure-t-il.

« Quand on dit ‘reprendre le contrôle’, tout le monde se sent concerné, ça marche. En 2016, la campagne pour rester dans l’UE a avancé les faits, et cela n’a pas fonctionné » », poursuit-il. « J’ai l’impression qu’il n’y a plus d’espoir. Les gens veulent une vision en laquelle ils peuvent croire. Je refuse de croire que les acteurs de notre avenir sont des gens comme Nigel Farage. Nous devons rappeler ce qu’ils sont et leur dire que nous avons une meilleure histoire à raconter. »

La polarisation des deux camps ne fait que s’enraciner. La montée en flèche du parti du Brexit est susceptible de pousser le parti conservateur plus à droite, alors que s’engage une bataille interne pour voir qui succèdera à Theresa May.

Après avoir vu leur parti s’effondrer à moins de 9 % des voix, les conservateurs parlent déjà de la perspective d’un pacte électoral avec le parti du Brexit dans le but de se sauver de l’oubli lors des prochaines élections générales.

« Dieu seul sait ce que Boris Johnson ferait s’il prenait la tête du Parti conservateur », juge Anna Soubry.

Les militants pro-UE espèrent que les lourdes pertes subies par les travaillistes persuaderont leur chef de file, Jeremy Corbyn, de s’engager plus clairement en faveur d’un nouveau référendum. « Nous avons besoin de l’appui des travaillistes, qu’ils disent clairement qu’ils sont en faveur de l’UE », insiste Magid Magid.

Pour ces militants, le renforcement de la coopération entre les partis dans le cadre d’un nouveau plébiscite doit commencer immédiatement. Le Royaume-Uni est censé quitter l’UE le 31 octobre, avec ou sans accord, et sans second référendum. L’influence nouvellement acquise des LibDem et des verts ne durera pas très longtemps, il faut la faire compter.

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