Londres toujours dans le brouillard à trois mois du Brexit

[Will Oliver/EPA/EFE]

En 2018, les négociations sur le Brexit ont été interminables et l’année s’est terminée sans lueur d’espoir. Pourtant, l’horloge tourne et l’étau se resserre avant la date fatidique du 29 mars 2019.

2018 a permis de clarifier une chose : après deux ans passés à insister sur le fait que « pas d’accord est mieux qu’un mauvais accord », la Première ministre Theresa May, n’a finalement pas cru en son propre slogan.

De manière objective, l’accord de retrait et la « déclaration politique » qui l’accompagnait, ramenés par Theresa May en novembre, sont plutôt bons. Surtout quand on sait que le gouvernement britannique n’est pas parvenu à se mettre d’accord avant juillet sur ses exigences pour les relations post-Brexit avec l’UE. Et même cela a entrainé la démission de figures de proue du Brexit : Boris Johnson, ministre des Affaires étrangères et David Davis, ministre du Brexit.

Les démissions en chaîne fragilisent le gouvernement britannique

Ministre des Affaires étrangères britannique, Boris Johnson a quitté son poste le 9 juillet. Cette démission, qui suit celle du ministre du Brexit David Davis, fragilise d’autant plus le gouvernement de Theresa May, moins de neuf mois avant l’échéance du Brexit.

 

L’accord négocié avec l’UE maintient le Royaume-Uni dans le marché unique pour les biens, avec la promesse de conclure un accord ambitieux sur le commerce et la coopération politique. Le filet de sécurité irlandais, ou « backstop », permet aussi d’éviter le retour d’une frontière physique sur l’île d’Irlande.

L’accord représente donc un compromis entre les partisans du Leave et ceux du Remain. Mais comme le Brexit n’est autre qu’une bataille sans fin dans laquelle le compromis est impossible, l’accord a été sévèrement critiqué par les deux camps.

Le Royaume-Uni est coincé dans un état de paralysie politique depuis le pari de Theresa May d’organiser des élections anticipées en mai 2017. Résultat, elles lui ont fait perdre sa majorité alors qu’elle pensait remporter une victoire écrasante.

Theresa May perd sa majorité absolue avant la négociation du Brexit

La Première ministre conservatrice était pressée de démissionner vendredi, après la perte par son parti conservateur de la majorité absolue au Parlement britannique, un résultat qui plonge le pays dans l’incertitude avant l’ouverture des négociations du Brexit.

Constamment sur le fil du rasoir, Theresa May est néanmoins dotée de cette ténacité bien britannique. C’est ce qui lui a permis de continuer là où d’autres auraient abandonné depuis longtemps. Certes elle n’a pas de majorité pour gouverner, mais l’opposition, tant au sein de son parti qu’en dehors, n’est pas non plus assez nombreuse pour l’évincer. Et c’est ce qui a sauvé sa peau.

Notamment en décembre, lorsque Theresa May, certaine de son échec, a décidé de repousser le vote parlementaire sur l’accord du Brexit. Les rebelles conservateurs ont alors réussi à rassembler les 48 députés nécessaires pour organiser un vote de défiance. Mais faute d’une alternative crédible à la Première ministre au sein du parti, Theresa May l’a remporté.

May remporte un vote de défiance, mais le paie cher

La Première ministre britannique a une nouvelle fois prouvé sa résilience dans les turbulences du Brexit en remportant un vote de défiance. En contrepartie, elle quittera ses fonctions avant les prochaines législatives.

Quelques jours plus tard, le chef de file des travaillistes, Jeremy Corby, tente de déposer une motion de censure contre la Première ministre, mais sans succès, en l’absence d’une majorité pour le soutenir. Une tentative qui a montré que l’incompétence n’était pas l’apanage du gouvernement May.

Sans majorité parlementaire, la principale tactique de Theresa May est de jouer sur la longueur. Les députés s’exprimeront finalement sur l’accord de retrait le 14 janvier. Il est probable qu’ils le rejettent, mais la Première ministre espère que la crainte d’un Brexit sans accord persuade les rebelles de son parti de la soutenir. La suite est tout aussi imprévisible puisque les inconnues à l’équation sont nombreuses.

Pendant les vacances de Noël, Mme May a continué de faire ses demandes aux dirigeants européens et poursuivra sur cette lancée durant les deux premières semaines de janvier. Elle espère rapporter au Royaume-Uni quelques paroles réconfortantes qui rassureront assez les députés britanniques pour les pousser à soutenir son accord avant le 29 mars, date officielle du Brexit.

Tout sourire, l’UE ne cède rien à May

Les dirigeants européens ont  affiché leur soutien à Theresa May le 13 décembre, mais la Première ministre britannique a quitté Bruxelles bredouille.

 

Divers scénarios possibles

L’option la plus probable est qu’une majorité de députés préfère voter pour exclure un scénario de « no deal ». Cela n’aura toutefois aucune force de loi, et le fait que le pouvoir législatif dicte ses conditions à l’exécutif pourrait déclencher une crise constitutionnelle.

Les Britanniques pourraient bien se rendre aux urnes plusieurs fois en 2019. Les défenseurs d’un second référendum ont le vent en poupe, ce qui n’était pas le cas il y a un ou deux ans. Avec un gouvernement dans l’impasse et un parlement divisé, remettre le Brexit au vote du peuple est un scénario beaucoup plus viable que l’organisation d’élections générales.

May toutes voiles dehors contre un second référendum

Theresa May rejette sèchement les appels qui se multiplient pour un second référendum sur le Brexit, perçu comme une possible solution à l’impasse politique découlant de l’hostilité envers l’accord de divorce. Un vote est prévu pour mi-janvier au parlement britannique.

La perspective d’un second référendum est suffisamment réelle pour donner de l’espoir au camp pro-européen. Quant au scénario tout aussi probable d’un Brexit sans accord, auquel ni l’UE ni le Royaume-Uni n’est préparé, il ferait le bonheur du camp pro-Brexit le plus radical.

Une autre option est de demander une prolongation de l’article 50, mais les dirigeants européens ont souligné que rajouter quelques mois serait inutile sauf si le Royaume-Uni modifiait totalement ses positions de négociation.

« Reprenez-vous »

Le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, a appelé la Grande-Bretagne à « se reprendre » sur la question du Brexit, rejetant les accusations d’un agenda caché de l’Union européenne sur un le maintien du Royaume-Uni dans l’UE.

« Je trouve déraisonnable qu’une partie de l’opinion publique en Grande-Bretagne semble penser qu’il est entièrement du devoir de l’UE de trouver une solution à tous les problèmes futurs de ce pays », a-t-il déclaré au journal allemand Welt am Sonntag.

« Je (vous) demande : reprenez-vous et dites-nous ce que vous voulez. Nos propositions sont sur la table (des négociations) depuis des mois », a-t-il indiqué.

Il y en a certains qui « insinuent que notre objectif est de garder par tous les moyens la Grande-Bretagne au sein de l’UE. Mais ce n’est pas là notre intention », a poursuivi M. Juncker. « Nous voulons seulement clarifier l’avenir de notre relation et nous respectons le résultat du référendum. »

« Toute nation a le gouvernement qu’elle mérite », disait le conservateur français et contre-révolutionnaire Joseph de Maistre. Un truisme qui a été adapté par des générations d’experts politiques. Le Royaume-Uni n’est pas le seul en Europe à avoir à choisir entre des responsables politiques ternes, incompétents ou irresponsables, et parfois les trois à la fois. Il est toutefois tentant de se demander quels actes abominables ont commis les Britanniques pour mériter de tels dirigeants.

Les historiens observeront cette période de l’histoire britannique bouche bée et se demanderont comment un pays connu pour sa stabilité et son pragmatisme a pu se mettre tout seul dans une telle pagaille.

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