Alors que la négociation du Brexit piétine, Londres entame des pourparlers avec les États-Unis

La ministre britannique du Commerce international, Liz Truss. [EPA-EFE/WILL OLIVER]

Le Royaume-Uni et les États-Unis ont engagé des discussions sur un accord commercial, qui figure parmi les priorités de Londres depuis sa sortie de l’UE. Dans le même temps, les négociations commerciales de l’après-Brexit s’enlisent.

La ministre britannique du Commerce international, Liz Truss, et son homologue américain, Robert Lighthizer, ont ouvert une période de deux semaines de pourparlers par vidéoconférence, qui implique plus de cent fonctionnaires de part et d’autre de l’Atlantique.

Le Royaume-Uni espère profiter pleinement de sa nouvelle capacité à conclure des accords de libre-échange en élargissant son marché d’exportations de voitures, de céramique, de whisky et de fromage. Les États-Unis ont quant à eux signifié dans leurs objectifs de l’année dernière qu’ils souhaitaient garantir aux Britanniques un accès illimité aux produits agricoles américains et des droits de douane réduits à l’exportation de biens manufacturés.

Le gouvernement de Boris Johnson a choisi de privilégier les États-Unis, l’Australie, la Nouvelle-Zélande et le Japon pour conclure des accords commerciaux post-Brexit. En 2018, le pays de l’Oncle Sam, le plus important partenaire commercial du Royaume-Uni, représentait à lui seul presque 19 % des exportations britanniques et 11 % de ses importations.

Depuis le départ du Royaume-Uni de l’UE le 31 janvier, les pourparlers avec l’Europe n’ont guère avancé. Les deux tours de négociations restants avant un sommet en juin détermineront si un accord pourra être conclu cette année ou non. Et le refus du gouvernement britannique de prolonger la période de transition de l’après-Brexit a élargi la possibilité de retour à des échanges commerciaux aux conditions de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) en 2021.

Londres refuse que l’UE lui impose ses règles dans la relation post-Brexit

Le Royaume-Uni entend négocier avec Bruxelles un accord de libre-échange « d’égal à égal » et n’acceptera pas que l’Union européenne contrevienne à sa liberté de fixer ses propres règles, a prévenu lundi le négociateur britannique sur le Brexit, David Frost.

Le vice-premier ministre irlandais, Simon Coveney, a admis que les négociations traînaient, que « le temps [était] compté et qu’il y [avait] encore beaucoup de choses à faire ».

Selon une analyse du Ministère britannique du Commerce international, un accord avec les États-Unis revêtirait plutôt une signification politique qu’un intérêt économique. Sur les quinze prochaines années, l’économie britannique n’augmenterait que de 0,16 %, soit 3,9 milliards d’euros, si tous les tarifs douaniers avec les États-Unis étaient abolis. Actuellement, le Royaume-Uni dégage un excédent commercial de 45 milliards de livres sterling (environ 50 milliards d’euros) vis-à-vis des États-Unis.

Même si le gouvernement britannique désire signer un accord avec les Américains avant la fin de l’année, parallèlement au pacte de l’après-Brexit avec l’UE, les élections au Congrès et à la présidence des États-Unis qui se tiendront en novembre réduisent les chances de parvenir à un consensus à temps.

Des analystes de marché corroborent cette hypothèse, et ce malgré la volonté manifeste de Boris Johnson et de Donald Trump d’avancer rapidement pour décrocher une courte victoire politique.

Les pourparlers américano-britanniques ont été accueillis avec prudence par les hommes d’affaires du Royaume-Uni. Adam Marshal, le directeur de la Chambre du commerce britannique, affirme que « des accords commerciaux solides avec l’Union européenne comme les États-Unis favoriseront la relance et la croissance future ».

Malgré le fait que la majorité des sièges obtenue par Boris Johnson à la Chambre des communes ne lui rendra pas la tâche de trouver un accord avec les États-Unis trop difficile, l’éventualité que Washington cherche à accéder aux marchés publics du système de santé britannique, le National Health Service (NHS), suscite des inquiétudes — tout comme l’exportation de poulet chloré et de bœuf aux hormones au Royaume-Uni.

À cet égard, Boris Johnson promet d’être « dur en affaires ». Et Liz Truss d’ajouter que le Royaume-Uni ne tirera pas ses normes de sécurité alimentaire vers le bas.

« Nous observons encore des divisions au sein du gouvernement entre ceux qui sont prêts à signer tout ce que les États-Unis leur présenteront [et les autres] », a indiqué Sam Lowe, expert au Centre for European Reform (CER) et membre du Groupe consultatif sur le commerce du gouvernement britannique, à Euractiv.

« Les États-Unis, comme l’Union européenne, ont tendance à obtenir ce qu’ils veulent », a-t-il affirmé.

Barnier exaspéré par l’attitude du Royaume-Uni lors des négociations post-Brexit

Frustré par le peu de progrès enregistrés la semaine dernière, Michel Barnier, le négociateur en chef de l’UE sur le Brexit, a failli accuser Londres de faire dérailler les négociations sur un futur pacte commercial entre l’Union et le Royaume-Uni.

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