Les pays asiatiques se tournent vers Bruxelles plutôt que Londres

Carte de l’Asie datant de 1890. À l’époque, la plupart des pays asiatiques faisaient partie de l’Empire britannique. [Public Domain]

Les principales économies asiatiques ont annoncé leur intention de continuer à renforcer leurs liens avec l’Union des 27 après le Brexit, et ce, en dépit d’une possible ouverture du marché britannique.

Les ambassadeurs de l’Inde, l’une des dix économies les plus importantes du monde, et du Vietnam, économie émergente majeure de l’ASEAN, sont intervenus à Bruxelles lors d’un événement intitulé « Brexit – conséquences pour l’Asie: essor ou crise? »  Une conférence organisée par l’Institut européen d’études asiatiques le 8 février.

L’enjeu était de taille pour le gouvernement conservateur britannique, qui voit dans le Brexit une aubaine pour nouer de tout nouveaux liens avec les pays du Commonwealth (issus de l’ancien Empire britannique).

En réalité, ni l’Inde (une ancienne colonie britannique) ni le Vietnam (en passe de ratifier un accord de libre-échange sans précédent avec l’UE) n’ont semblé être disposés à entretenir d’éventuelles relations économiques avec un Royaume-Uni hors UE.

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L’ambassadeur Manjeev Singh Puri, représentant de l’Inde auprès de l’UE, a déclaré adopter pour l’heure une démarche d’observation vis-à-vis de deux entités souveraines, à savoir le Royaume-Uni et l’UE.

« Je ne peux rien dire pour l’instant sur les mesures que nous prendrons d’ici 2019 [quand l’article 50 entrera en vigueur], a-t-il annoncé. Pour l’Inde, entretenir des relations avec 28 États membres serait mieux… mais avec 27, c’est déjà énorme. Colossal. Cela va sans dire. »

Manjeev Singh Puri a également rappelé que le Royaume-Uni avait un déficit de balance commerciale considérable avec l’Inde. En outre, le référendum du 23 juin dernier a eu pour « conséquence immédiate » de laisser « l’Inde prendre la place de la Grande-Bretagne en tant que sixième économie du monde, à la suite de la chute de la livre sterling ».

Tout en reconnaissant la force et l’importance du Royaume-Uni à l’heure actuelle, l’ambassadeur a souligné que, si le premier marché d’exportation pour l’Inde dans l’UE des 28 était le Royaume-Uni, le pays à partir duquel l’Inde importait le plus restait l’Allemagne, faisant ainsi allusion à l’éventuel rapport de forces qui pourrait caractériser tout traité de libre-échange futur entre le Royaume-Uni et l’Inde.

Il a par ailleurs rappelé à quel point l’UE était un partenaire crucial pour son pays et a insisté sur l’importance du rôle de l’institution pour l’établissement de réglementations.

Viêtnam

L’ambassadeur vietnamien auprès de l’UE (également ancien ambassadeur au Royaume-Uni), Vuong Thua Phong, a fait remarquer que le Royaume-Uni n’était pas « un partenaire comme les autres » pour le Viêtnam.

Les relations entre les deux pays ont débuté seulement dans les années 1970, lorsque le Royaume-Uni a adhéré au G7, a-t-il ajouté. Il espère que les ministres britanniques ne se sont pas trompés en disant qu’ils quittaient « l’UE et non l’Europe ».

Toujours selon l’ambassadeur, le Vietnam s’est montré « très intéressé par la ratification d’un traité de libre-échange avec l’UE avant le Brexit ».

Vuong Thua Phong s’est par ailleurs interrogé sur « l’intégrité du Royaume-Uni » en vue d’un éventuel « deuxième référendum écossais ».

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Traités de libre-échanges déjà existants

Pascal Kerneis, directeur général du Forum européen des Services (ESF) également présent à l’événement, a levé le voile sur la lourde tâche qui incombera à la nouvelle équipe de négociation commerciale du Royaume-Uni (dont il a été question dans le dernier numéro du magazine The Economist).

Il a tout d’abord abordé quatre catégories de traités de libre-échange de l’UE, de ceux qui existent déjà ou ont été ratifiés, aux traités « dormants », actifs ou à venir. Selon lui, le Royaume-Uni continuera probablement à soutenir les négociations en cours (avec le Japon, les pays du Mercosur, l’Indonésie, les Philippines, le Mexique et la Tunisie) tant qu’il sera membre de l’UE, pour ensuite les transposer sous forme d’accords bilatéraux.

En second lieu, il s’est intéressé aux traités de libre-échange qui concernent la Turquie, l’Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili (révision de traité), le Taïwan et Hong Kong et qui, selon lui, n’aboutiront pas avant la date du Brexit (en 2019). En tout état de cause, il reste « très peu de pays avec lesquels le Royaume-Uni pourrait avoir une liberté d’action totale », c’est-à-dire avec lesquels il serait en mesure de négocier des accords en ne se basant sur aucun modèle préexistant.

Pour finir, le responsable de la politique de commerce international de l’association du commerce extérieur, Pierre-Michael Groening, a analysé le niveau de risques pour les entreprises au lendemain du Brexit, qu’elles soient installées au Royaume-Uni ou gérées par des Britanniques, qu’elles disposent d’une présence commerciale ou qu’elles exportent dans le pays.

« Je crains fort que les entreprises britanniques en pâtissent », a-t-il regretté devant une audience de quelque 60 universitaires et chefs d’entreprises.

Pour lui, étant donné que l’économie du Royaume-Uni dépend en grande partie du secteur tertiaire et non du secteur manufacturier ou énergétique, il sera difficile de trouver de nouveaux marchés pouvant faire l’objet d’un accord.

Même si un traité de libre-échange bilatéral avec un pays asiatique pourrait en théorie « être négocié plus rapidement » qu’un accord avec l’UE, il a ajouté que « les services, et non le commerce, constituent le volet le plus complexe des négociations ».

>> Lire : Le gouvernement britannique n’a toujours pas de plan pour le Brexit

 

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