Au Royaume-Uni, l’ère post-Brexit s’ouvre sur la question de l’indépendance écossaise

La question écossaise sera l’élément clé de l’année 2021 pour les Britanniques. La Première ministre écossaise, Nicola Sturgeon, est déterminée à mener l’Écosse à l'indépendance, car le pays n'a pas digéré l'abandon de l'UE « imposé » par les Anglais. [Andy Rain/EPA]

L’année de l’entrée en vigueur du Brexit sera très probablement marquée par la demande d’indépendance de l’Écosse. Boris Johnson et Nicola Sturgeon sont déjà à la manœuvre. Un article d’Euractiv Italie.

La question écossaise sera l’élément clé de l’année 2021 pour les Britanniques, aux prises avec l’après-Brexit. Au Royaume-Uni, l’année a commencé avec l’entrée en vigueur du Brexit et s’est immédiatement poursuivie par les échanges entre le Premier ministre britannique Boris Johnson et la Première ministre écossaise Nicola Sturgeon, de plus en plus déterminée à mener l’Écosse à l’indépendance, car le pays n’a pas digéré l’abandon de l’UE « imposé » par les Anglais.

Les frictions entre Londres et Édimbourg ne sont pas nouvelles. En 2014, un référendum sur l’indépendance de l’Écosse s’était soldé par la victoire des unionistes, mais le résultat du référendum sur le Brexit en 2016 a fortement ravivé le désir d’autodétermination au-delà du mur d’Hadrien, désormais appelé à devenir une ligne de faille.

Les Écossais manifestent pour l'indépendance et contre le Brexit

Même si la manifestation n’a pas eu le succès attendu, des milliers de personnes ont marché dans les rues de la plus grande ville écossaise, samedi 11 janvier. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Nicola Sturgeon, qui est également à la tête du Parti national écossais (SNP), était à nouveau montée au créneau en 2016 en reprochant aux gouvernements britanniques de l’après-Brexit de ne pas avoir dûment pris en compte l’Écosse, où de forts sentiments pro-européens avaient conduit à une victoire du « Remain ».

« De plus en plus de personnes en Écosse pensent que nos aspirations pourront être satisfaites au mieux en continuant à contribuer à l’effort commun et à la solidarité que l’UE représente » et « grâce au Brexit, nous pouvons maintenant le faire uniquement en tant qu’État membre indépendant à part entière », a déclaré Nicola Sturgeon.

Mais le Premier ministre Johnson n’est pas favorable à un nouveau référendum et il l’a encore une fois clairement fait savoir au cours du week-end passé.

Il est vrai que Londres ne peut ignorer le désir croissant d’autodétermination qui s’exprime dans le nord du Royaume. De récents sondages montrent un soutien croissant et constant à l’indépendance, également alimenté par la pandémie de coronavirus qui a creusé l’écart avec Édimbourg.

Afin de satisfaire la volonté des citoyens écossais, des démarches formelles sont nécessaires.

En 1997, un référendum a ramené les pouvoirs parlementaires à Édimbourg et l’année précédente, grâce au Scotland Act, un acte législatif du Parlement britannique, d’importants pouvoirs avaient été dévolus à l’assemblée d’Holyrood (ainsi nommée d’après le quartier où elle est située). Ils octroient une grande autonomie à l’Écosse, excepté concernant les compétences relatives à un éventuel divorce entre les royaumes d’Écosse et d’Angleterre, qui demeurent du ressort du parlement de Westminster.

Deux ans avant le référendum de 2014, la Chambre des communes avait adopté l’accord d’Édimbourg, qui cédait temporairement à l’Assemblée écossaise le pouvoir d’organiser un référendum sur l’indépendance.

À l’heure actuelle, une telle procédure semble cependant peu probable. Edimbourg pourrait donc décider d’agir unilatéralement, dans l’espoir que la Cour suprême approuve ce choix. Mais cela reviendrait, théoriquement du moins, à rompre avec l’interprétation majoritaire du Scotland Act.

Brexit: Boris Johnson sort le grand jeu pour charmer les Écossais

Le Premier ministre britannique s’apprête, selon plusieurs médias britanniques, à lancer une campagne de communication de 5 millions de livres. Objectif : convaincre les Écossais de renoncer à demander l’indépendance pour rejoindre l’Union européenne. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Si le gouvernement conservateur britannique persiste à refuser l’organisation d’un second référendum, il serait théoriquement possible pour l’Écosse d’agir unilatéralement en espérant que la Cour suprême rejette l’interprétation majoritaire du Scotland Act, garantissant ainsi la validité de la consultation. Mais il s’agit là d’une hypothèse risquée.

Nicola Sturgeon a néanmoins l’intention de mener à bien le processus en suivant le déroulement des démarches entre les deux Parlements. Le problème risque de venir de la majorité conservatrice de l’assemblée de Londres, qui ne voit pas le séparatisme de l’Écosse d’un bon œil. La Première ministre travaillera probablement aux côtés de Boris Johnson pour tenter de donner corps à cette nouvelle opportunité.

Même si le référendum sur l’indépendance était organisé et se soldait par un « oui », l’Écosse devrait faire face à toute une série de questions complexes, à commencer par l’absence de monnaie nationale (en créer une n’est pas simple, de même qu’il ne serait pas facile de conserver la livre sterling), aussi et surtout du point de vue de l’adhésion à l’euro, ainsi que pour les procédures d’adhésion qui nécessitent de répondre à des exigences précises, avec, à la clé, des mécanismes qui ne sont certainement pas rapides.

Reste qu’en mai prochain se tiendront les élections pour le renouvellement du Parlement écossais, où le SNP dispose actuellement d’une majorité relative (mais sur la question de l’indépendance, il peut compter sur les députés verts qui permettent d’atteindre la majorité absolue). Les résultats de la consultation détermineront la manière dont les choses avanceront.

« Pendant trop longtemps, les gouvernements britanniques ont mené l’Ecosse dans la mauvaise direction », a déclaré Nicola Sturgeon, en faisant spécifiquement référence au Brexit. « Il n’est pas étonnant que tant d’Ecossais en aient eu assez », a-t-elle ajouté. Et c’est précisément le mécontentement populaire croissant dû au Brexit, parallèlement à la gestion de la pandémie de Covid-19 par Londres, qui pourrait s’avérer plus fort que tout le reste.

Après le Brexit, des ajustements plus ou moins compliqués dans les échanges commerciaux

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