Barroso s’en prend aux conservateurs britanniques

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Le président de la Commission européenne a mis en garde de manière peu diplomate les conservateurs britanniques. Il leur reproche de ressembler de plus en plus au Parti pour l'indépendance du Royaume-Uni (UKIP).

M. Barroso a répondu aux questions des eurodéputés après son discours sur l'état de l'Union le 11 septembre au Parlement européen à Strasbourg.

Le discours en lui-même ne contenait aucune nouvelle idée ou initiative et n'a pas impressionné les eurodéputés. Mais lors de la deuxième partie du débat, le président a montré un visage complètement différent : inspiré, pugnace et impitoyable dans ses attaques.

Il a répondu à Martin Callanan, eurodéputé britannique et chef de file du groupe des Conservateurs et Réformistes européens (CRE) au Parlement européen.

Debout à côté de Nigel Farage, le président du l'UKIP, M. Callanan a accusé la Commission de représenter les « intérêts particuliers du district européen à Bruxelles, et non les citoyens européens ».

José Manuel Barroso a répondu, avec une franchise inhabituelle, que les conservateurs britanniques se calquaient sur la position du parti UKIP et qu'ils perdraient probablement les élections européennes.

« Votre parti et votre groupe ressemblent de plus en plus à l'UKIP et au groupe eurosceptique et antieuropéen. Je commence à douter de vos chances d'être élus en Grande-Bretagne et je me demande si l'UKIP ne sera pas la première force des élections britanniques. »

« Lorsqu'il s'agit de s'opposer à l'Europe, les gens préfèrent l'original à la copie. C'est pourquoi ils voteront probablement pour M. Farage […] Je ne le dis pas avec satisfaction, car, même si nous avons nos divergences d'opinion, nous avons collaboré dans de nombreux domaines avec les conservateurs britanniques et le groupe conservateur », indique le président de l’exécutif européen, en faisait référence au marché intérieur et au libre-échange, entre autres.

« Si ces forces pro-européennes, ou celles qui ne le sont pas réellement, mais qui sont constructives, prononcent le même discours, adoptent la même attitude politique que les eurosceptiques, les anti-européens, les populistes, elles remporteront les prochaines élections. Je vous demande de défendre l'Europe, parce que vous faites partie de l'Europe. »

M. Farage s'est fait l'écho de M. Barroso :

« M. Barroso a raison de dire que le seul réel débat européen porte sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l'UE, et non les promesses irréalistes de David Cameron. »

Avec son style habituel, il a critiqué M. Barroso sur le plan personnel et professionnel.

« Vous aimez l'idéologie immuable, vous l'avez probablement reprise de votre période communiste ou maoïste, ou peu importe ce que vous étiez, et ces dix dernières années, vous avez poursuivi un fédéralisme européen accompagné d'une obsession de plus en plus écologiste », poursuit M. Farage.

Le président de l'UKIP attaque la Commission à propos de l'euro, une « construction bancale depuis le début », et, pour la première fois, de la politique sur le changement climatique.

Un nouveau cri de guerre ?

Brandissant ce qui semblait être une photo satellite de la Nasa, M. Farage affirme qu'une calotte glacière dans l'Arctique a augmenté de 60 % en un an. Il a également parlé de « refroidissement climatique mondial ».

« Nous pourrions avoir commis l'une des erreurs collectives les plus stupides de l'Histoire en nous préoccupant autant du réchauffement de la planète. Vous pouvez renverser la situation au cours des sept ou huit prochains mois. Vous pouvez réduire les impôts. Si vous ne le faites pas, les citoyens voteront sur la question lors des élections européennes l'année prochaine », annonce M. Farage.

Karel Lannoo, directeur général du Centre d'études de la politique européenne (CEPS), un groupe de réflexion basé à Bruxelles, explique à EURACTIV que l'attaque de M. Barroso allait « droit au but ».

« Bonne attaque contre les conservateurs », indique-t-il.

Il a trouvé M. Barroso « passionné et combatif » et estime que le président de la Commission a abordé bon nombre des sujets dont ils avaient discuté lors de la préparation du discours.

Le tabou du fédéralisme

M. Lannoo est toutefois déçu que le président n'ait pas utilisé « le mot en f », à savoir le fédéralisme.

« J'ai également proposé d'aller plus loin que le discours de l'année dernière, [de dire que] l'UE est une fédération d'États-nations. Mais il n'y a eu aucune référence à ce mot. Pourquoi ne pas le dire ? L'union bancaire est fédérale, nous avons besoin d'une Europe plus fédérale », ajoute-t-il.

Il est peut-être difficile d'imaginer le président de la Commission parler de la nécessité de réforme profonde de l'UE dans une direction intégrationniste moins de deux semaines avant les élections allemandes.

Le directeur du CEPS a critiqué le président, car ce dernier a déclaré que l'introduction de nombreuses mesures destinées à la mise en œuvre de la gouvernance économique ne limiterait pas « la souveraineté des États membres ».

« Ce n'est pas correct », explique-t-il, en ajoutant que le « six pack », par exemple, illustre l'abandon de la souveraineté. Ce « paquet de six » réformes économiques, adopté il y a deux ans, a pour objectif de renforcer le pacte de stabilité et de croissance de l'UE afin d'éviter les problèmes budgétaires. 

Le discours sur l'état de l'Union, qui s'inspire largement des pratiques américaines, est une récente initiative du président de la Commission, José Manuel Barroso. Il a prononcé le premier discours de ce type en 2010 dans une ambiance houleuse, à la suite de rumeurs selon lesquelles les eurodéputés auraient été obligés d'assister à l'événement.

Dans son discours de 2012, le président Barroso a préconisé le lancement d'un large débat public en faveur d’une transformation majeure de l'Union européenne en une « fédération d'États — nations ».

  • 22 sept. : élections allemandes
  • nov. 2013 - janv. 2014 : primaires des Verts
  • 27-29 nov. : congrès du parti ADLE à Londres
  • 13-15 déc. : congrès du Parti de la gauche européenne à Madrid
  • fév. 2014 : congrès du Parti socialiste européen (PES), la date exacte n'a pas encore été confirmée)
  • 7 mars 2014 :  congrès du PPE (centre-droit) à Dublin
  • 22-25 mai 2014 : élections au Parlement européen
  • 1er nov. 2014 :  la nouvelle Commission européenne entre en fonction
  • 2015 : élections britanniques
  • 2015 : référendum au Royaume-Uni sur la place du pays dans l'UE

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