Passe d’armes et tensions à la veille du Brexit

[@EPA/BERND VON JUTRCZENKA]

La Première ministre britannique, Theresa May, accuse les 27 autres pays de l’UE de faire front contre le Royaume-Uni au sujet du Brexit .

Les dirigeants des États membres insistent sur une position commune à la veille d’une rencontre le 29 avril à Bruxelles, qui doit clarifier les lignes rouges du bloc. Les négociations officielles ne débuteront pas avant juin, après des élections anticipées convoquées par Theresa May pour renforcer ses capacités de négociation.

Theresa May annonce des législatives pour consolider sa majorité

La Première ministre britannique, Theresa May, souhaite une majorité plus solide. Un projet qui risque de retarder les négociations du Brexit.

Devant le parlement allemand, la chancelière allemande a souligné qu’un « pays tiers ne peut pas avoir les mêmes droits, voire des droits plus avantageux, que les États membres ».

« Cela peut sembler évident, mais je dois l’affirmer clairement, car certains au Royaume-Uni semblent avoir des illusions à ce sujet », a-t-elle déclaré. « Ce serait une perte de temps ».

En réponse, Theresa May a accusé les 27 autres États membres d’unir leurs forces contre le Royaume-Uni. « Nous voyons bien à quel point ces négociations seront parfois difficiles », a déclaré Theresa May lors d’un rassemblement de campagne à Leeds, dans le nord de l’Angleterre.

« Nos opposants cherchent vraiment à perturber ces négociations et en même temps, les 27 autres États membres s’unissent pour s’opposer à nous », s’est-elle inquiétée. « Cette approche ne mènera qu’à une chose : de l’incertitude et de l’instabilité faisant courir un risque grave à notre économie, avec des impôts plus élevés, moins d’emploi et plus de dettes. »

Consolider son mandat

Mais pourquoi donc l’UE à 27 négocierait-elle le départ du Royaume-Uni autrement que de manière unie ? Et pourquoi une telle position perturberait-elle le processus de divorce lancé par le Royaume-Uni ? Les commentaires de Theresa May n’ont pas apporté d’éclaircissement à ces questions.

Avec l’organisation d’élections le 8 juin prochain, Theresa May souhaite consolider son mandat avant d’entamer deux ans de négociations qui risquent d’être éprouvantes.

« Les négociations seront très exigeantes, cela va sans dire », a commenté Angela Merkel, à la tête de la plus grande économie européenne.

L’UE a renforcé sa stratégie en faisant de nouvelles demandes sur les services financiers, l’immigration, et les factures que le Royaume-Uni doit régler avant d’en finir avec ses 44 ans d’adhésion.

Face au gouvernement conservateur de Theresa May, qui a promis de limiter l’immigration, le Royaume-Uni pourrait finalement accorder aux citoyens européens vivant dans le pays depuis cinq ans le droit de résidence permanent.

Les Britanniques opposés à la garantie des droits des Européens

Plus de la moitié des citoyens britanniques sont opposés à ce que les droits des Européens résidant au Royaume-Uni soient garantis de manière unilatérale après le Brexit, selon un sondage.

Les dernières lignes directrices de l’UE pour les négociations, adoptées lundi, cherchent à s’assurer que le Royaume-Uni ne soit pas mieux loti à l’extérieur du bloc plutôt qu’à l’intérieur.

Selon le document consulté par l’AFP, les autres pays européens chercheront à faire payer la facture européenne au Royaume-Uni jusqu’en 2019, soit au moins un an après sa sortie – une période plus longue que prévu initialement.

En effet, Angela Merkel a insisté sur le fait que dès le début, les discussions devaient comprendre les obligations financières du Royaume-Uni, même après le Brexit.

Selon elle, ces questions doivent être résolues de manière satisfaisante avant de négocier l’avenir des relations du Royaume-Uni avec l’UE – un ordre que la chancelière qualifie d’irréversible.

« Sans progrès sur les nombreuses questions ouvertes concernant le Brexit, y compris les questions financières, ça n’aurait pas de sens de mener des discussions parallèles sur les détails d’une relation future », a-t-elle insisté.

Theresa May a invoqué l’article 50 du traité de Lisbonne le mois dernier, déclenchant ainsi les deux ans de négociation. Les sondages prédisent que les conservateurs obtiendront une large majorité après le scrutin de juin.

Le vote sur le Brexit, une erreur

Un nouveau sondage, réalisé par YouGov pour The Times, indique pour la première fois qu’une majorité de personnes estime désormais que le vote sur le Brexit était une erreur.

Theresa May a organisé un dîner de travail le 26 avril avec les principaux négociateurs européens pour le Brexit, dont le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker. Les ministres européens se sont quant à eux rencontrés au Luxembourg jeudi pour préparer le terrain en vue du sommet de samedi.

« Apparemment, pour l’instant, nous sommes unis sur tous les points », a déclaré le vice-Premier ministre maltais, Louis Grech, dont le pays détient la présidence tournante de l’UE. « Naturellement, nous devons protéger les intérêts de l’UE ».

Selon lui, un des premiers objectifs est de « s’assurer que nous mènerons les négociations dans un esprit d’unité et de confiance entre les 27 ».

Theresa May s’est engagée à retirer le Royaume-Uni du marché unique de l’UE et de mettre un terme à la liberté de circulation des citoyens européens au Royaume-Uni.

« Ce qui ne marchera pas c’est d’avoir accès au marché interne sans liberté de circulation », a déclaré Jens Spahn, secrétaire d’État au ministère allemand des Finances. « Ou encore de permettre aux institutions financières britanniques d’accéder au marché financier européen pendant que Londres opère une déréglementation sans vergogne. Vous pouvez avoir une chose ou l’autre. Ces choses doivent être clarifiées. »

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