Londres accuse Bruxelles de préparer un Brexit sans accord

Pour Londres, la Commission tente de « discriminer » les entreprises britanniques en se préparant pour un Brexit sans accord commercial.

Dans une lettre à la Première ministre, Theresa May, le ministre britannique au Brexit, David Davis, soutient que l’UE discriminait le Royaume-Uni et ses entreprises en préparant une stratégie en cas de non-accord entre les deux parties au moment où le pays sortira effectivement de l’UE, en mars 2019.

La lettre, envoyée en décembre et révélée par le Financial Times le 9 janvier, accuse la Commission et les agences européennes d’avoir « adopter une série de mesures qui pourraient menacer certains contrats et accords en cas d’absence d’un accord ». Ces mesures forceraient « des entreprises britanniques à déménager vers un autre pays de l’UE », poursuit le ministre.

David Davis ajoute que même si l’équipe juridique de son département n’a que de « faibles » chances de remporter un affrontement juridique avec la Commission, « nous ne pouvons pas laisser faire » ce type de comportement.

Selon lui, l’UE et ses institutions ne tiennent pas assez compte de l’accord conclu entre les gouvernements européens et britannique en décembre, qui prévoit une période de transition durant laquelle le Royaume-Uni aurait toujours accès au marché unique.

Hypocrisie

Face à des journalistes le 9 janvier, Margaritis Schinas, porte-parole en chef de la Commission, a réfuté toute discrimination contre le Royaume-Uni. « Nous sommes surpris que le gouvernement britannique s’étonne du fait que nous nous préparons pour un cas de figure annoncé par le gouvernement britannique lui-même », a-t-il déclaré.

Le porte-parole a ainsi rappelé les discours prononcés par Theresa May à Florence et Lancaster House, lors desquels elle a affirmé que « pas d’accord avec l’UE serait préférable à un mauvais accord ».

« Nous prenons ces déclarations très au sérieux », a indiqué Margaritis Schinas. « Il est donc naturel que nous nous préparions à toute éventualité. »

Des représentants des grands groupes de lobby commerciaux se sont régulièrement inquiétés de l’impact d’une sortie désordonnée de l’UE, sans accord commercial remplaçant l’accès automatique au marché unique.

La lettre de David Davis a également provoqué des réactions sèches de la part d’eurodéputés. « Un Brexit sans accord plongerait un nombre incalculable de personnes, entreprises, commerçants, universités et fournisseurs de services dans l’incertitude, nuirait à nos économies et coûterait très cher aux caisses publiques. Ce n’est dans l’intérêt de personne », a assuré Richard Corbett, qui dirige les eurodéputés du parti travailliste britannique.

« Étant donné que certains ministres britanniques et ultra-brexiters défendent cette option pour des raisons idéologiques, il est logique que l’UE se prépare à cette éventualité, au cas où. La surprise et les objections soulevées par David Davis et d’autres de son camp montrent bien leur hypocrisie », ajoute-t-il.

« L’incertitude liée aux affaires a été causée par la décision du gouvernement britannique de quitter le marché unique, et non pas par les préparations de l’UE », a pour sa part souligné Guy Verhofstadt,  responsable de l’équipe de négociation du Brexit du Parlement européen.