Les Britanniques se sentent trahis par Westminster

[photo: [Benjamin fox}]

Plusieurs groupes pro-Brexit manifestent une révolte citoyenne inédite au Royaume-Uni. Certains craignent d’être privés du Brexit dont ils rêvent.

Le fait que le Royaume-Uni n’ait pas quitté l’UE le 29 mars, comme prévu, a suscité l’ire des sujets de Sa Majesté. Alors que les députés rejetaient pour la troisième fois l’accord de retrait de Theresa May, des dizaines de milliers de partisans du Brexit sont descendus dans les rues pour exprimer leur colère, mettent en exergue la division profonde dans la société britannique.

En présence de forces de polices importantes,  et d’hélicoptères qui survolaient la ville, des milliers de manifestants ont exprimé leur colère d’une manière très britannique : sans incident majeur, et avec seulement une poignée d’arrestations.

Sommet de crise après le troisième rejet de l’accord du Brexit

À la suite du troisième rejet de l’accord de retrait du Brexit, le président du Conseil, Donald Tusk, a déclaré que l’UE convoquerait un sommet de crise le 10 avril.

Les résultats du référendum de juin 2016 reflètent la frustration de l’Angleterre provinciale. Londres, l’Écosse et d’autres grandes villes ont voté pour rester dans l’UE, mais une grande quantité de villes périphériques ont massivement voté « Leave ».

Le Brexit a donc été décidé par des communautés qui se sentaient « laissées pour compte » par une génération de politiciens. Le 29 mars, ils se sont rassemblés devant Westminster.

« Il n’est pas étonnant que les villes aient voté ‘Remain’ et les villages environnants aient voté ‘Leave’. Ces deux Angleterres s’éloignent depuis un certain temps », regrette Lisa Nandy, députée travailliste, élue à Wigan, une des villes satellites de Liverpool. Elle avait fait campagne pour rester dans l’UE, mais estime maintenant que les députés doivent sortir le Royaume-Uni de l’Union tout en instaurant un union douanière permanente.

Barnier juge que l'accord du Brexit est le «seul possible»

Le négociateur en chef du Brexit, Michel Barnier, revient sur ce qui est désormais négociable ou non entre l’UE et le Royaume-Uni.

« Il y a une réelle colère dans des villes comme la mienne à propos de l’accord politique. Les gens étaient en colère contre des institutions qui représentent l’éloignement et l’irresponsabilité d’élus se fichant pas mal du résultat de tout ce processus. Et nous n’en avons pas tiré les leçons », a-t-elle ajouté.

« J’ai voté pour la sortie de l’UE et quand ils ont déclenché l’article 50, je me suis dit que cette question était réglée. En ce qui me concerne, nous aurions dû partir aujourd’hui à 23 heures », a déclaré le 29 mars un manifestant dans la rue devant le parc College Green, colonisé par les médias depuis quelques mois pour suivre le drame parlementaire.

Le rassemblement était parsemé de groupes d’extrême droite et de loyalistes de l’Irlande du Nord, illustrant l’ethnonationalisme né du Brexit.

Tandis que l’ancien leader de UKIP, Nigel Farage, et Richard Tice, l’homme d’affaires multimillionnaire qui dirige « Leave means Leave », un groupe qui défend un Brexit sans accord, s’adressaient à leurs partisans de l’autre côté de la route, depuis la Chambre des communes, un rassemblement d’extrême droite mené par Tommy Robinson et Gerard Batten, le leader de UKIP, se tenait à quelques centaines de mètres à Downing Street.

Divisions

Bien que le soutien du public se multiplie pour un deuxième référendum, peu de gens pensent qu’il guérira les profondes divisions à travers la Grande-Bretagne.

« Un deuxième référendum ne porterait pas sur le Brexit, mais sur la façon dont l’establishment a trompé l’opinion publique », a déclaré Sir Ivan Rogers, qui a démissionné de son poste d’ambassadeur de Theresa May auprès de l’UE en janvier 2017 en raison de sa tactique de négociation de l’article 50.

« L’échec du processus est que le public est plus divisé qu’il y a 33 mois. Il n’y a pas de résultat optimal. Si vous argumentez théologiquement des deux côtés, nous sommes tous morts », a-t-il ajouté.

Catherine Barnard, professeur de droit européen à l’université de Cambridge, a ajouté qu’en plus de la passion et de la colère, « la fatigue s’installe. Ce n’est pas une bonne façon de prendre des décisions. »

Pessimisme et fatigue générale jalonnent la dernière ligne droite du Brexit

Face à une UE unie et ferme sur ce qu’elle acceptera ou n’acceptera pas pour le Brexit, le Royaume-Uni semble toujours dans le flou et les questions majeures telles que la frontière nord-irlandaise restent en suspens.

Henry Newman, directeur du groupe de réflexion Open Europe, estime que l’absence d’accord menacerait les relations politiques dans l’UE et en Europe. « Cela pourrait conduire à une radicalisation du parti conservateur et à un dirigeant très populiste. »

Beaucoup à Bruxelles (et à Westminster) considèrent les manifestants pro-Brexit de vendredi comme  des ennemis, alors que le Brexit était une simple révolte citoyenne contre l’UE et contre les politiciens britanniques. Trois ans plus tard, personne ne sait que faire.

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