Blair encourage les Britanniques pro-UE à «se dresser» contre le Brexit

Tony Blair n'est pas résigné au Brexit. [The Office of Tony Blair]

Dans son discours remarqué du 17 février, l’ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, a incité les Britanniques en faveur de l’Union européenne à « se battre » et à convaincre les partisans du Brexit de rejoindre leur camp.

« Ce n’est pas le moment de battre en retraite, de laisser place à l’indifférence ou au désespoir. Il est au contraire temps de lutter pour défendre ce en quoi nous croyons », a-t-il déclaré au cours d’un événement organisé par Open Britain, un groupe d’action militant pour le maintien de relations étroites entre le Royaume-Uni et l’UE. « Je ne sais pas si nous triompherons, mais je sais que les générations futures nous reprocherons notre inaction si nous n’essayons pas », a-t-il ajouté.

« Nous devons construire un mouvement fédérateur », a-t-il indiqué, annonçant qu’il était sur le point de créer un institut dans le but d’œuvrer contre le Brexit et pour le maintien de liens étroits avec l’UE.

Jeremy Corbyn au cœur des critiques 

Tony Blair n’a pas manqué de critiquer vivement Jeremy Corbyn, son successeur à la tête du Parti travailliste, bien qu’il n’ait pas directement cité son nom. « L’affaiblissement du Parti travailliste a facilité le Brexit. Je déteste le reconnaître, mais c’est ma vérité », a-t-il assuré.

Il a été reproché à Jeremy Corbyn, qui avait voté pour la sortie du pays de l’Europe au cours du référendum de 1975, de mener l’an dernier une campagne des plus moroses contre le Brexit. Il n’est d’ailleurs pas parvenu à s’opposer au projet de loi voté par le parlement à ce sujet au début du mois.

>> Lire : Les députés britanniques autorisent May à déclencher le Brexit

Tony Blair à Bruxelles

Au lendemain du discours de Tony Blair, Euractiv a demandé à la Commission si l’Article 50 était « réversible », dans le cas où les Britanniques se mobiliseraient activement contre le Brexit.

« Nous n’en sommes pas arrivés là par hasard », a répondu le porte-parole adjoint de la Commission, Alexander Winterstein. « Nous attendons la mise en œuvre de l’Article 50 pour négocier la procédure à suivre avec le Conseil européen. Les négociations avec le Royaume-Uni débuterons et nous verrons ce qu’il adviendra par la suite. »

Tony Blair s’était rendu à Bruxelles en janvier pour une réunion privée avec Jean-Claude Juncker.  « Tony Blair a rendu visite au président Juncker tout comme d’autres Premiers ministres, en exercice ou non, le font régulièrement. Ce n’est pas un secret », a indiqué à ce sujet Alexander Winterstein. « Tony Blair et Jean-Claude Juncker se connaissent depuis très, très longtemps. Il est donc tout à fait normal qu’ils discutent de temps en temps. »

La Première ministre, Theresa May, a annoncé vouloir déclencher l’Article 50 du traité de Lisbonne d’ici la fin du mois de mars, ouvrant ainsi une procédure de sortie qui durera deux ans. Les experts sont partagés quant à la possibilité, à l’avenir, d’un changement d’orientation du gouvernement britannique sur la question du Brexit, et ce, même après le déclenchement de l’Article 50.

Tony Blair est arrivé au pouvoir en 1997, à la tête du « New Labour », un mouvement de gauche modéré, et a remporté trois élections générales. Il a cependant légué un lourd héritage à ses successeurs en engageant le pays dans la guerre d’Irak.

>> Lire : La Cour suprême répond aux critiques sur le Brexit

Réactions immédiates des partisans du Brexit

« Le référendum sur l’appartenance à l’UE était démocratique, juste et libre, et les Britanniques ont voté en faveur du Brexit », a déclaré Richard Tice, co-président du groupe « Leave Means Leave » (« partir signifie partir »). « Tony Blair tente à présent de faire tout ce qui est en son pouvoir pour enrayer le Brexit. »

Iain Duncan Smith, ancien ministre issu du Parti conservateur, a qualifié le discours d’« arrogant » et d’« antidémocratique ». Nigel Farage, ancien chef du Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (UKIP), a pour sa part twitté: « Tony Blair est un homme du passé. »

Dans son discours, intégralement retransmis en direct sur BBC et Sky News, Tony Blair a fustigé la politique gouvernementale, affirmant que la procédure de départ du pays était menée par les partisans d’un Brexit « dur ». « Nous devons montrer quelles seront les conséquences de cette décision, fondée sur un manque de connaissances, et montrer à quel point le patriotisme se trouve atrocement malmené dans ce débat », a-t-il précisé.

L’ancien Premier ministre a également averti que l’Écosse, qui s’est exprimée majoritairement en faveur de l’UE lors du vote, apparaît maintenant « beaucoup plus crédible » dans sa volonté d’indépendance. D’après lui, le Brexit pourrait en outre avoir un « effet déstabilisant » sur l’Irlande du Nord, qui a également voté pour rester dans l’UE.

Tony Blair a prononcé son discours dans les locaux de l’agence de presse Bloomberg, là où l’ancien Premier ministre David Cameron avait annoncé en janvier 2013 le référendum à venir sur l’appartenance du Royaume-Uni à l’UE.

En attendant, à la suite d’une rencontre à Downing Street avec son homologue français, Bernard Cazeuneuve, le 17 février, Theresa May a rédigé une longue tribune pour Le Figaro, dans laquelle elle réaffirme que le Royaume-Uni a « voté pour quitter l’UE, pas l’Europe ».

>> Lire : Le projet de loi Brexit devant la Chambre des Lords

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