Boris Johnson ne convainc toujours pas l’UE sur le Brexit

Pour Boris Johnson, le moment est à l’intensification des discussions.

EPA-EFE/WILL OLIVER

Jean-Claude Juncker exige des propositions concrètes de Londres sur le problème sensible de la frontière, à six semaines du divorce.

À l’issue de discussions avec  Jean-Claude Juncker puis son homologue luxembourgeois Xavier Bettel, Boris Johnson a esquivé une conférence de presse prévue aux côtés de ce dernier, ce qui a visiblement exaspéré M. Bettel.

Johnson s’est contenté d’une déclaration à la chaîne de télévision Sky News, évitant ainsi de devoir s’exprimer devant les quelques dizaines de manifestants qui l’avaient déjà hué à son arrivée et l’attendaient encore derrière les grilles, à quelques mètres des podiums installés pour les deux responsables et dont l’un est resté vide.

« Oui il y a une bonne chance d’accord, oui je peux en voir les formes, tout le monde peut voir en gros ce qui doit être fait. Mais il doit y avoir du mouvement », a déclaré Boris Johnson, insistant une nouvelle fois sur la suppression du « backstop », cette clause de sauvegarde insérée dans l’accord de retrait pour éviter le retour d’une frontière dans l’île d’Irlande.

« Je ne veux pas que les gens croient que c’est chose faite », a-t-il averti. Il lui faudra déjà convaincre les Européens, jusqu’ici restés de marbre face à ses forfanteries.

31 octobre

Johnson a également redit sa volonté que le Royaume-Uni quitte l’UE le 31 octobre, et qu’il ne demanderait pas un nouveau report contrairement à ce qu’exige son parlement dans une loi.

Dans un court communiqué, la Commission a estimé que la rencontre avait seulement permis de faire le point.

« Le président Juncker a rappelé qu’il était de la responsabilité du Royaume-Uni d’apporter des solutions juridiquement opérationnelles qui soient compatibles avec l’accord de retrait », a rapporté l’exécutif européen. « De telles propositions n’ont pas encore été faites ».

Xavier Bettel, seul devant la presse, a exhorté Boris Johnson à « agir » plutôt qu’à « parler », pour trouver une solution sur le Brexit. « Il n’y a pas de propositions concrètes sur la table pour le moment, et je ne donnerai pas mon accord à des idées », a-t-il insisté.

Ni la Commission, ni les 27 « n’accepteront à aucun moment d’être responsables (…) pour le bazar dans lequel nous sommes », a ajouté M. Bettel, très remonté.

Intensifier les discussions 

Pour M. Johnson, le moment est à l’intensification des discussions. Downing Street a précisé que des réunions étaient désormais prévues « sur une base quotidienne », pas seulement à un niveau technique mais entre le négociateur en chef de l’UE Michel Barnier et le ministre du Brexit Stephen Barclay. Les deux hommes étaient présents à Luxembourg lundi.

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La question irlandaise reste au cœur des négociations. L’UE exige que Londres présente des solutions alternatives au « backstop », la clause de sauvegarde inclue dans l’accord de retrait refusé trois fois par le parlement britannique. Elle doit permettre d’éviter le retour d’une frontière physique dans l’île d’Irlande en gardant le Royaume-Uni dans un « territoire douanier unique » à défaut d’autre solution.

Le Royaume-Uni espère progresser suffisamment dans les discussions pour faire du sommet européen du 17 octobre une étape cruciale pour finaliser un nouvel accord.

Propositions « tangibles » 

Face à M. Johnson qui se compare à Hulk, un super-héros, pour libérer son pays des entraves européennes, les Européens tentent de rester placides.

« On reste engagé. Mais il n’y a pas encore d’éléments tangibles pour éviter un no deal », a confié un diplomate européen à l’AFP, après la rencontre.

« Ce n’est pas seulement le backstop, c’est aussi la relation future. Ils disent des choses irréalistes, c’est le libéralisme pur et simple. Or, on ne peut pas détruire le marché unique », s’est inquiétée cette même source.

« Si Boris Johnson ne vient pas avec quelque chose de nouveau pour sa rencontre avec Juncker, alors, honnêtement, il n’y a plus besoin pour nous de discuter et il y aura un Brexit dur », avait averti la cheffe de la diplomatie autrichienne Alexander Schallenberg à Bruxelles, quelques heures avant la rencontre.

Résolution très sévère 

Le Parlement européen, qui devra approuver un éventuel accord avec Londres, a de son côté haussé le ton. Il votera mercredi une résolution très sévère dans laquelle il exige une clause de sauvegarde (le « backstop »).

Le président du Parlement David Sassoli a prévenu que l’assemblée ne donnerait pas son feu vert si les obligations prévues dans l’accord de retrait sur ses engagements financiers, le droit des citoyens et l’Irlande n’étaient pas respectées.

La solution serait de limiter la clause de sauvegarde à l’Irlande du Nord, a-t-il rappelé. Cette région resterait territoire douanier de l’UE et deviendrait la frontière avec le reste du Royaume-Uni (Angleterre, Ecosse et pays de Galles), une solution pour l’instant rejetée par les Britanniques car elle ouvre la porte à une réunification de l’Irlande.

Le Parlement européen insiste pour conserver le backstop irlandais

Il n’y aura pas d’accord sur le Brexit sans le backstop irlandais, a soutenu le président du Parlement européen, David Sassoli. L’Europe est toutefois prête à établir une proposition dans laquelle seule l’Irlande du Nord resterait dans le navire européen.

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