Gerry Adams juge inévitable le rétablissement des frontières en Irlande

Gerry Adams [Sinn Fein/Flickr]

L’établissement de postes de frontières entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande est inévitable, 12 ans après la disparition des postes militaires, prévient le chef de file du parti nationaliste irlandais Sinn Fein.

« C’est clair depuis le début. Ce sera une frontière fermée, tout ce tapage autour d’une frontière souple est illusoire », a déclaré Gerry Adams, chef de file de Sinn Fein.

Selon Gerry Adams, même si le gouvernement irlandais met en place des postes douaniers moins visibles ou utilise des technologies de contrôle de frontières, « il y aura tout de même des droits de douane » sur les biens échangés entre l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

De son côté, le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, sera à Bruxelles le 23 février pour rencontrer le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, pour exhorter les négociateurs du Brexit à maintenir une frontière invisible, sans poste de douane, même après le départ du Royaume-Uni de l’UE.

Statut spécial pour l’Irlande

Enda Kenny, membre du parti de centre droit Fine Gael, risque de ne pas mener les négociations bien longtemps. En effet, il se trouve mêlé à un scandale policier et devrait donc démissionner dans les prochains mois.

Le parti nationaliste a appelé le gouvernement à réclamer un statut spécial pour l’Irlande du Nord dans les négociations du Brexit, qui garantirait qu’aucune frontière ne soit construite.

Gerry Adams estime que le refus d’Enda Kenny de faire pression pour ce statut est bien révélateur de la manière de penser « du sud ».

>> Lire : L’Irlande veut une frontière «invisible» avec le Royaume-Uni

Les responsables du gouvernement reconnaissent qu’il serait difficile d’éviter certains contrôles frontaliers si le Royaume-Uni quittait aussi l’union douanière, ce que la Première ministre, Theresa May, est prête à faire, selon son annonce du mois dernier.

Tout contrôle douanier risque cependant de créer des tensions entre les deux pays, ont déclaré des sources proches du gouvernement. Un accord de paix fragile, vieux de 19 ans, a mené à la dissolution d’une frontière militarisée en 2005. Après le Brexit, une frontière avec l’Irlande deviendrait la seule frontière terrestre du Royaume-Uni. Lors du référendum de juin dernier, 56 % de la population d’Irlande du Nord a voté pour rester dans l’UE.

Si une frontière visible est érigée pour la première fois depuis près de 20 ans, les postes frontaliers et autres infrastructures pourraient devenir la cible d’attaques violentes dans une région où des bombardements terroristes ont eu lieu jusqu’au début des années 2000. Les groupes dissidents à l’origine de ces attentats insistent sur le fait que l’Irlande du Nord et la République d’Irlande devraient être unies en un seul pays.

La semaine dernière, l’Irish Examiner rapportait que le gouvernement recherchait des endroits pour établir de nouveaux postes de frontières. Enda Kenny a toutefois déclaré qu’il espérait que « personne ne cherche de tels endroits le long de la frontière ».

L’union douanière

Enda Kenny et d’autres ministres britanniques répètent à l’envi qu’ils s’engagent à éviter toute frontière fermée entre l’Irlande du Nord et la République. Theresa May a également déclaré qu’elle ne voulait pas voir de contrôle aux frontières en Irlande.

>> Lire : Theresa May veut garder ouverte la frontière avec l’Irlande

Cette question pourrait toutefois être hors du contrôle de l’Irlande et du Royaume-Uni, puisque les règles commerciales de l’UE forcent le gouvernement irlandais à accepter une certaine forme de contrôle si le Royaume-Uni quittait l’union douanière.

L’Irlande fait pression pour arrêter cela. Enda Kenny a déclaré vendredi dernier lors d’une conférence sur le Brexit à Dublin que le pays était « confronté aux plus importantes négociations de notre histoire en tant qu’État indépendant ».

S’ils doivent accepter des contrôles, les responsables du gouvernement ont déclaré qu’ils feraient tout pour que la frontière soit aussi invisible que possible. Le ministre des Affaires étrangères par exemple, Charlie Flanagan, a suggéré l’installation de technologies discrètes pouvant satisfaire les obligations douanières.

« Nous pouvons nous pencher sur les avancées technologiques, nous pouvons regarder les solutions créatives qui n’impliquent pas de structures physiques comme des bornes ou des postes frontaliers », a expliqué Charlie Flanagan le 17 février à Dublin.

Certains responsables ont déjà visité des frontières « plus souples » entre pays à l’intérieur et à l’extérieur de l’union douanière.

Les députés irlandais ont qualifié la frontière entre la Suède et la Norvège, qui fait usage de technologies automatisées pour lire les plaques d’immatriculation des voitures, et la frontière entre la Suisse et l’Allemagne d’éventuels modèles si des postes douaniers venaient à être installés à la frontière irlandaise.

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