Combien le Brexit va-t-il vraiment coûter au Royaume-Uni ?

Contributeur net au budget européen, le Royaume-Uni espérait gagner au change en sortant de l’UE. En vérité, un accès réduit au marché unique fera plus perdre à Londres que ce qu’elle espérait récupérer de Bruxelles.

Ce que Londres compte récupérer d’un main dans le budget européen elle le perdra de l’autre en renonçant au marché unique européen. Et même plus que prévu.

La contribution totale du Royaume-Uni au budget européen pour l’année 2015-2016 était de 20,3 milliards d’euros.

En échange, le Royaume-Uni a reçu 3,2 milliards d’euros de fonds pour des programmes dans le secteur public, ainsi qu’un rabais de 4,6 milliards d’euros, ce qui fait une contribution nette de 12,31 milliards d’euros, selon les données compilées par ReportLinker.

12,31 milliards d’euros de contribution

Les recettes du secteur public n’incluent pas les versements faits aux agriculteurs dans le cadre de la Politique agricole commune (PAC) ou d’autres paiements directs versés à des organisations britanniques, ce qui représente 4,6 milliards d’euros de plus pour l’économie britannique.

Une grande proportion des fonds européens destinés au Royaume-Uni sont orientés vers des projets de développement régional et des programmes de recherche qui, sans cela, attireraient difficilement les investisseurs privés.

Le nord-ouest de l’Angleterre et les Midlands de l’Ouest sont les régions qui reçoivent le plus de fonds européens pour le développement régional. À elles deux, elles ont reçu 2 milliards d’euros pour le cadre financier pluriannuel 2014-2020.

Dans le même temps, les universités britanniques et les centres de recherche ont bénéficié de 2,5 milliards d’euros lors du dernier cycle de candidatures d’Horizon 2020, le programme européen pour la recherche et l’innovation.

Grand coup pour les services

Le Royaume-Uni espérait que quitter l’UE lui permettrait d’économiser sa contribution au budget européen, mais les économies réalisées risquent finalement de paraître bien faibles par rapport aux pertes économiques engendrées par la sortie du marché unique.

Les services représentent près de 80 % du PIB britannique. La City de Londres, le plus grand centre financier européen, abrite l’industrie britannique des services financiers, qui s’élève à 143 milliards d’euros.

Selon une étude récente réalisée par Cebr pour le groupe de campagne anti-Brexit Open Britain, l’industrie des services à elle seule s’expose à des pertes pouvant aller jusqu’à 41 milliards d’euros par an à cause d’un accès limité aux marchés européens. Dans ce cas les pertes seraient trois fois plus importantes que les économies réalisées par l’absence de contribution au budget.

Dans le scénario plus positif du Brexit, c’est-à-dire si le Royaume-Uni garde quelques accès au marché unique pour les services, les pertes annuelles de l’économie britannique s’élèveraient à 28,7 milliards d’euros, soit 1,4 % du PIB. Le scénario le plus pessimiste déboucherait quant à lui sur des pertes annuelles de 41 milliards d’euros, soit 2 % du PIB.

Quand Londres bloque le budget européen

Le cadre financier pluriannuel, voté de toute urgence au Parlement européen en décembre dernier, est bloqué au Conseil par le Royaume-Uni. Un obstacle qui ralentit un peu plus un processus déjà lourd

Le marché unique européen « garantit un accès commercial plus complet qu’un accord de libre-échange (ALE) » en permettant à ses membres d’acheter et de vendre des services fortement règlementés (tels que des services financiers ou des voyages en avion) dans tous les autres États membres, assure le Cebr.

L’accès des sociétés se trouvant en dehors du marché unique est restreint. Une fois dehors, il est peu probable que les entreprises britanniques conservent le droit d’opérer librement à travers l’UE.

Les services étant fortement liés à la libre circulation, il est impossible d’imaginer l’incidence directe d’une perte de 28 à 41 milliards d’euros du PIB dans le secteur. Ce qui est sûr c’est que cela porterait un grand coup au Trésor.

Selon les chiffres du parlement britannique, le secteur bancaire britannique a apporté une contribution budgétaire directe de 28 milliards d’euros en 2015-2016.

Conséquences sur les autres États membres

De l’autre côté de la Manche, la Commission et les autres États membres s’inquiètent des conséquences qu’un trou de 10,75 milliards d’euros dans le budget européen aura sur leurs futures finances.

Le ministre autrichien des Affaires étrangères, Sebastian Kurz a affirmé que Vienne n’augmenterait pas sa contribution au budget européen après le Brexit. « Les contributions nettes ne seront pas augmentées », a-t-il insisté. « Il faudra faire des économies. »

Il s’agit certainement du chapitre le plus délicat des négociations sur le Brexit : la facture du divorce. Alors que les négociateurs se préparent à des discussions hautes en couleur sur le sujet, Bruxelles veut s’assurer que le Royaume-Uni s’acquitte de sa juste part et respecte les engagements déjà pris pour que la facture ne se répercute pas sur les autres membres.

Les citoyens européens veulent que Londres paye sa part du divorce

La grande majorité des citoyens européens veut que les négociations sur le Brexit se concentrent sur la protection des intérêts des 27 États membres restants. Et non pas sur la garantie des privilèges accordés au Royaume-Uni.

 

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