Brexit : La relation compliquée du Royaume-Uni à l’Union européenne en 8 anecdotes historiques

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Le 31 janvier 2020, Le Royaume-Uni se sépare de l’Union européenne, mettant fin à une relation qui a duré 47 ans. Les longues négociations autour du Brexit ont montré que la relation des Britanniques à l’UE était complexe. Un article de notre partenaire Ouest-France.

Le Brexit a officiellement lieu vendredi 31 janvier 2020 à 23 h, heure de Londres. La sortie britannique de l’Union européenne est le point d’orgue d’une relation compliquée entre les Britanniques et les Européens.

Tentative de court-circuiter la construction européenne, adhésion longuement débattue puis contestée… Retour sur la relation compliquée du Royaume-Uni à l’Union européenne en huit moments historiques.

1. Churchill veut les « États-Unis d’Europe », mais sans les Britanniques

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la Grande-Bretagne, comme on disait à l’époque, fait partie des vainqueurs du conflit. Sa résistance au régime nazi lui a donné un prestige immense. Son leader, Winston Churchill, était convaincu de par son expérience de la Seconde Guerre mondiale que seule une Europe unifiée pouvait assurer la paix. Son objectif était de refouler une fois pour toutes les passions nationalistes et belligérantes de l’Europe. On retrouve cette vision dans son « discours à la jeunesse étudiante » qu’il tient à l’université de Zürich en 1946 : il y a un remède : […] en quelques années l’Europe […] vivrait libre et heureuse. Il consiste à reconstituer la famille européenne, ou tout au moins la plus grande partie possible de la famille européenne, puis de dresser un cadre de telle manière qu’elle puisse se développer dans la paix, la sécurité et la liberté. Nous devons ériger quelque chose comme les États-Unis d’Europe.

Cependant, ce n’est pas pour autant que les Britanniques souhaitaient accompagner la construction d’une structure politique européenne au-dessus d’eux. Non, lors du congrès de La Haye en 1948 réunissant toutes les personnalités proeuropéennes de l’époque qu’il préside, Winston Churchill précise sa pensée en disant bien que ces États-Unis d’Europe concernaient les pays du continent, pas la Grande-Bretagne. C’est donc sans le Royaume-Uni que la construction européenne va avancer.

Dernière ligne droite pour la ratification européenne de l'accord sur le Brexit

Les présidents de la Commission européenne et du Conseil ont signé ce 24 janvier l’accord sur le Brexit approuvé par le Royaume-Uni pour permettre sa ratification par le Parlement européen, a annoncé Ursula von der Leyen.

2. « Dieu merci, ce que vous fabriquez n’a aucune chance d’exister »

Quand les six pays européens qui ont fait la communauté du Charbon et de l’acier (CECA) en 1950 se lancent dans la construction d’un marché commun, le Royaume-Uni va tenter de créer une organisation concurrente.

Au moment des négociations sur ce qui allait devenir la Communauté économique européenne en 1957, les Britanniques sont associées aux discussions et ont un observateur lors des négociations. Jean-François Deniau, ancien membre de la délégation française à la conférence intergouvernementale pour le Marché commun et l’Euratom, racontait en 1997 une anecdote très éclairante sur le rapport des Britanniques à l’Europe.

Il y avait un observateur britannique un fonctionnaire du Treasory. Pendant six mois il n’avait rien dit et un jour il dit : Monsieur le président, je suis un fonctionnaire sérieux, je ne vais pas gaspiller l’argent de mon gouvernement. Or, le traité dont vous parlez n’a aucune chance d’être signé, s’il est signé il n’a aucune chance d’être ratifié, s’il est ratifié, il n’a aucune chance d’être appliqué. D’ailleurs, tant mieux pour la Grande-Bretagne, car vous ne parlez que d’horreurs absolument inacceptables pour nous. […] Dieu merci, ce que vous fabriquez n’a aucune chance d’exister. Merci, au revoir et bonne chance », se rappelait-il.

Au final, le traité de Rome sera signé le 25 mars 1957 sans le Royaume-Uni.

3. La tentative pour concurrencer la CEE qui venait de naître

Malgré les propos de l’observateur au moment de la préparation du traité de Rome, voyant que les négociations avançaient, Londres propose une alternative au Marché commun : une zone de libre-échange moins contraignante, et surtout sans objectif final d’union politique. Trois après la création de la CEE, les Britanniques lancent donc l’Association européenne de libre-échange (l’AELE), une zone de libre-échange composée de sept pays : le Royaume-Uni donc, le Danemark, la Norvège, la Suisse, le Portugal, l’Autriche et la Suède.

Mais devant le succès économique du Marché commun et le besoin du Royaume-Uni d’accéder au marché de ses principaux partenaires qui y sont, les Britanniques déposent dès 1961 leur première candidature d’adhésion à la CEE. Au grand dam de ses partenaires de l’AELE qui ne comprennent pas bien pourquoi le moteur de cette nouvelle organisation cherche à quitter le navire dès son départ.

4. Quand le général de Gaulle a dit non au Royaume-Uni dans la CEE

Les projets britanniques d’adhésion à la CEE vont être contrariés par un Français, le Général de Gaulle. Le 14 janvier 1963, le général, alors président de la République française, met son veto à l’entrée du Royaume-Uni à la CEE. Il reproche les Britanniques de vouloir paralyser une organisation qu’ils n’ont pas pu empêcher d’être mise sur les rails, comme il l’explique lors d’une conférence de presse le 14 janvier 1963.

Mais ce refus marque l’opinion britannique selon l’un des pères fondateurs du projet européen, Jean Monnet : Il n’y a pas de doute à mes yeux que les Anglais ont été blessés par la répétition du refus du Général de Gaulle. Ils ont eu l’impression qu’on ne voulait pas d’eux. Ils ont été humiliés. Quand vous demandez à un Anglais s’il croit qu’il faut entrer dans le Marché commun, il dit non. Mais quand vous lui demandez s’il croit que l’Angleterre rentrera dans le Marché commun, il dira oui. Les Anglais respectent les faits. S’ils veulent rentrer dans le Marché commun, c’est parce que nous avons réussi, expliquait-il lors d’une interview radio en 1972.

Le général de Gaulle met un second veto le 27 novembre 1967, malgré les demandes de certains des partenaires de la France au sein de la CEE.

Avec le départ du Général et l’arrivée au pouvoir en France de l’anglophile Georges Pompidou, la France voit finalement d’un bon œil l’adhésion du Royaume-Uni à la CEE. En fait, Paris trouve là un moyen d’équilibrer la puissance économique de l’Allemagne en Europe en s’appuyant sur les Britanniques.

Brexit : la saison 2 du divorce va enfin pouvoir débuter

Le 9 janvier 2020,  le Parlement britannique a voté l’accord de divorce conclu avec Bruxelles cet automne. Une étape cruciale pour sortir de l’UE le 31 janvier. Et après ? Tout restera à faire pour négocier nos futures relations. Un article de notre partenaire Ouest-France. 

 

5. L’attentat à l’encre contre le Premier ministre qui venait signer l’adhésion à la CEE

Comme pour les négociations sur le Brexit près de cinquante ans plus tard, la question de l’adhésion à la CEE va être l’occasion de violents échanges parlementaires à Londres. Ainsi, les journalistes français présents dans la capitale britannique rapportent des discussions tardives et un échiquier politique totalement divisé. Dans un reportage du 28 octobre 1971, la journaliste Juliette Boisriveaud dépeint pour RTL une situation politique houleuse et complexe à suivre :

Les conservateurs, donc le gouvernement, vont voter pour. Mais c’est un vote qui est libre et certains conservateurs vont voter contre, car ils ne font aucune confiance disent-ils aux bureaucrates de Bruxelles, aux Français, aux Allemands en plus. Les Travaillistes doivent, et c’est un ordre de M. Wilson, voter contre. Mais il y a depuis hier une sérieuse déchirure dans le parti et une importante fraction d’entre eux va voter pour l’entrée dans le Marché commun en toute conscience parce qu’ils ne peuvent pas avoir l’air de changer d’avis par rapport au temps où au pouvoir ils étaient pour faire entrer l’Angleterre dans l’Europe, explique la journaliste.

Jusqu’à la signature officielle de l’entrée du Royaume-Uni, le Premier ministre Edward Heath a dû subir les attaques de ses opposants antieuropéens. Ainsi, lors de son arrivée à Bruxelles pour signer l’adhésion britannique, les informations diffusées dans les cinémas Gaumont rapportaient une scène hallucinante le 22 janvier 1972 : La signature à Bruxelles élargissant l’Europe des six en Communauté européenne des dix (la Norvège était alors candidate avant de se rétracter, N.D.L.R.) a fait couler beaucoup d’encres et pas seulement au figuré. L’arrivée de M. Heath a été entachée par l’incongruité d’une fausse photographe jetant une vraie bouteille d’encre sur le Premier ministre. Mais la cérémonie d’ancrage du Royaume-Uni à l’Europe ne fut retardée que de 55 minutes, le temps pour M. Heath de faire peau neuve. Après quoi, d’un stylo qui ne fuyait pas, il apposa sa signature sur le traité historique.

On n’imagine pas une telle scène aujourd’hui.

6. Le référendum sur l’adhésion qui arrive… après l’adhésion

Le Royaume-Uni est entré officiellement dans la CEE le 1er janvier 1973… Mais tout n’est pas terminé. Car les Britanniques vont tenir un référendum sur leur adhésion deux ans après. En effet, des législatives sont convoquées en 1974 par Edward Heath après une grève de mineurs. L’une des revendications de l’opposition travaillistes durant la campagne est de proposer un référendum sur l’adhésion pour que le peuple britannique tranche une question qui a fortement divisé la classe politique.

Après sa victoire aux élections générales d’octobre 1974, le nouveau gouvernement de Harold Wilson propose donc un référendum sur le maintien du pays dans la CEE. Finalement, le 5 juin 1975, les proeuropéens gagnent haut la main avec 67,2 % des voix.

Ce scrutin marque alors la première victoire nationale de la nouvelle cheffe des Conservateurs, Margaret Thatcher, qui soutenait à l’époque la construction européenne.

7. « I want my money back »

Margaret Thatcher va vite quitter ses habits proeuropéens. Elle arrive au pouvoir en 1979 en défendant un programme néolibéral. C’est également la première année où le Royaume-Uni devient un contributeur net au budget européen, à savoir que le pays donne plus qu’il ne reçoit en retour. La première femme cheffe de gouvernement de l’Europe va donc entamer un tour des capitales européennes pour s’en plaindre en novembre. Le 26 novembre, le président (britannique) de la Commission européenne fait une proposition pour réduire d’un tiers la cotisation britannique, mais cette offre est rejetée par Margaret Thatcher.

C’est à cette époque que la Première ministre britannique lâche une formule qui marque la construction européenne à la fin d’un sommet européen à Dublin en Irlande. Margaret Thatcher répond aux journalistes présents qui l’interrogent sur l’échec des négociations budgétaires d’alors par un Ce que je veux, c’est tout simple : je veux qu’on me rende mon argent (I want my money back en anglais).

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