Brexit : l’avenir de la City reste flou

[@EPA/ANDY RAIN]

L’Europe peut-elle se passer de la City ? Des économistes proches de Matignon craignent une fragmentation de la zone euro après le Brexit.

Le flou qui entoure les négociations du Brexit inquiète le secteur de la finance. Économistes optimistes et pessimistes rivalisent de scénarii alors que la date du divorce entre Londres et Bruxelles, prévue le 29 mars 2019, approche au pas de course. Dans une note publiée le 5 décembre 2017, le Conseil d’Analyse économique (CAE), instance proche de Matignon, s’inquiète des conséquences de l’accord sur la stabilité et sur le risque de fragmentation financière de la zone euro.

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Londres fait actuellement travailler 350 000 personnes dans le secteur financier, alors que la City est la plus grande place de changes de l’Union, contrôlant plus du tiers du marché mondial des changes. Surtout, Londres est spécialisée dans la garantie des risques financiers : « la plupart des chambres de compensation sont situées à Londres », explique Anne Laure Delatte, économiste, coauteure de la note avec Farid Toubal. Ces chambres de compensation servent d’intermédiaires entre les acheteurs et revendeurs, et prennent ainsi en charge le risque des transactions financières. Des instruments de stabilité qui sont pour l’instant placés sous l’autorité de la Banque centrale européenne. « Suivant l’accord qui sera signé entre l’Union et Londres, la BCE pourrait perdre le contrôle de ces chambres », poursuit l’économiste qui craint la négociation d’un « Ceta ++ » entre l’île et le continent et  « dont la finance serait exclue ». Et le quasi-monopole de Londres en matière de compensation poserait problème en cas de crise. « Les objectifs économiques de Londres et de Bruxelles ne seraient pas forcément les mêmes, et si Londres continue à garantir les risques pour la zone euro après le Brexit, cela pourrait être dangereux », prévient Anne-Laure Delatte, dans le cas où la City serait placé sous le contrôle de la banque d’Angleterre.

Paris pas favorite pour remplacer Londres

Et si La City devait migrer ? Tout l’enjeu est de savoir dans quelle proportion le secteur financier serait amené à déménager, et, pour l’instant, de l’aveu même du CAE, c’est le flou…

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L’autre question, qui intéresse particulièrement la France, est de savoir vers où s’effectuerait cette relocalisation.

« L’attraction d’une potentielle place financière se mesure au nombre de filiales de grands groupes qu’elle abrite » affirme Farid Toubal, professeur d’économie à l’ENS Cachan et membre du CAE. À ce titre, Paris fait pâle figure et occupe la 11e place européenne. Les infrastructures de la capitale française seraient également critiquées par les financiers : l’aéroport serait trop éloigné de la Défense, les écoles internationales, pour les enfants, dans l’Ouest parisien, trop éloignées en métro. L’auteur du rapport soutient cependant que les plafonds aux indemnités prud’homales votées par le gouvernement sont de nature à attirer le secteur financier.

Si Paris devait doubler Frankfort en devenant la nouvelle place financière européenne, les retombées en terme d’emploi pourraient être importantes : « une étude américaine estime qu’un emploi hautement qualifié crée de facto 2.5 emplois » avance l’économiste concédant toutefois une marge d’erreur prévue dans l’étude «  de 1 à 3 emplois ».

La note a été présentée au Premier ministre Édouard Philippe qui n’a, pour l’heure, pas fait de commentaire.