Cameron accusé d’enterrer un rapport gênant sur l’influence de l’UE

La commission des affaires européennes de la Chambre des Lords a accusé le gouvernement d’essayer « d’enterrer » les résultats d’un rapport sur les relations entre le Royaume-Uni et l’UE, révélant que Bruxelles n’avait pas tant d’influence dans les affaires du pays.

Le gouvernement a commandité une vaste enquête publique sur l’influence de l’UE sur le Royaume-Uni dans 32 secteurs, de la santé à l’éducation en passant par l’économie. Le rapport a été terminé fin 2014.

Dans une interview avec le journal Observer le week-end dernier, Lord Boswell, président de la commission des affaires européennes, a déclaré qu’aucun des 32 chapitres « ne démontrait que Bruxelles avait trop d’emprise sur le Royaume-Uni ».

La commission a également critiqué le fait que le gouvernement n’a pas proposé une analyse globale des résultats du rapport, publié sous la forme de 32 rapports individuels.

« Aucune conclusion n’a été tirée de ce grand projet, malgré la qualité de ses résultats. Pour le moment, il n’a eu aucune conséquence sur le débat public concernant la relation entre l’UE et le Royaume-Uni », dénonce la commission de la Chambre de Lords.

Celle-ci met également en doute les calculs du gouvernement sur le coût du rapport. Selon le gouvernement, le rapport n’a pas couté plus de 1,78 million de livres (2,44 millions d’euros). Pour la commission des affaires européennes, cette estimation n’est pas « crédible ». La somme de 4,5 -5 millions de livres (entre 6,1 et 6,8 millions d’euros) lui semble plus réaliste.

« Ce n’est pas la peine de dépenser 5 millions de livres d’argent public dans un excellent rapport pour ensuite l’enterrer. Les résultats de l’enquête sur la relation UE-Royaume-Uni doivent être connus de tous », a estimé Lord Boswell.

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Peter Wilding, du groupe de pression pro-UE British Influence, a également critiqué le manque de visibilité donné au rapport. « Pour l’instant, aucune publicité n’a été faite pour engager un débat public sur les résultats. C’est comme si ce rapport n’avait jamais existé. Des sociétés, et de nombreuses autres organisations ont dépensé du temps et de l’argent dans ce rapport pour finalement découvrir que tout leur travail et les 5 millions de livres des contribuables ont été jetés aux oubliettes. »

S’adressant à la commission le mois dernier, le ministre britannique pour l’Europe, David Lidington a confirmé que le gouvernement n’avait pas dépensé d’argent pour promouvoir le rapport, excepté pour la publication.

La course électorale démarre

Le 30 mars a marqué le lancement officiel de la campagne électorale avec la dissolution du parlement.

David Cameron a déclaré que les électeurs faisaient face à un « choix difficile » entre les partis, en particulier sur le sujet du référendum d’adhésion à l’UE.

>> Lire : Les élections au Royaume-Uni, vers un vote sur l’Europe ?

Face à la promesse des conservateurs d’organiser un référendum avant fin 2017, le travailliste Ed Miliband a déclaré le 30 mars qu’une telle politique mènerait à deux ans de « chaos » et d’« incertitude » et serait néfaste pour l’emploi, le commerce et la prospérité.

Nick Clegg, chef de file du parti des libéraux-démocrates, a déclaré à la BBC ce matin (31 mars) qu’il n’excluait pas de soutenir un référendum sur l’adhésion à l’UE, malgré l’orientation pro-européenne de son parti.

Nouveaux députés

Une nouvelle enquête menée auprès de potentiels députés révèle que 69 % d’entre eux pensent qu’il est dans l’intérêt du Royaume-Uni de rester dans l’UE.

La société qui a réalisé l’enquête, De Havilland, a interrogé 275 candidats en lice pour les sièges du parlement partout dans le pays, et sur divers sujets, dont l’UE.

Seuls 30 % des candidats conservateurs rejettent l’affirmation « Il est dans l’intérêt du Royaume-Uni de rester membre de l’Union européenne ». Sur tout le spectre politique, seuls 17 % s’y opposent.

Contexte

Le rapport sur l'Équilibre des compétences a été lancé en 2012 et devait servir de base pour de futures négociations sur l'appartenance du Royaume-Uni à l'UE.

S'il remporte les élections de mai, David Cameron a promis de renégocier les termes de l'adhésion à l'UE en vue d'un référendum.

La première série de rapports a été publiée en 2013 et traitait du marché unique, de la politique étrangère et de la fiscalité, entre autres sujets.

La plupart des spécialistes ont rendu un avis positif sur l’impact qu’a le marché unique de l’UE sur le Royaume-Uni, ce qui a constitué un sérieux revers pour les eurosceptiques.

Selon le rapport, un renforcement des pouvoirs de la Commission européenne et du contrôle réglementaire de l’UE permettrait de maintenir un marché unique fort.

Plus d'information

Gouvernement britannique

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