Ces Britanniques qui veulent faire annuler le Brexit

« J’ai 59 ans et, pour la première fois de ma vie, je perds des droits. C’est terrible », déclare Stephen Davis. [Kate Stent/Ouest-France]

Au Royaume-Uni, environ 500 000 personnes adhèrent aux collectifs pro-européens créés après le Brexit. Parmi eux, 30 000 militants cherchent à obtenir un second référendum. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Vu de France, difficile d’imaginer à quel point le Brexit a fracturé le Royaume-Uni. Le référendum a divisé des familles, rompu des amitiés, troublé des relations de voisinage. « J’ai des amis avec lesquels je ne parle plus », affirme Stephen Davis .

Ce professeur d’allemand, de russe et de français dans un collège de Bradford, à côté de Leeds, est membre du Parti national écossais (indépendantiste) et farouchement pro-européen. « J’ai 59 ans et, pour la première fois de ma vie, je perds des droits. C’est terrible. »

Dans cette ville universitaire et bigarrée de Leeds, ils sont une quinzaine de membres du mouvement Leeds for Europe à distribuer des tracts « Stop Brexit » dans la principale rue commerçante, ce samedi matin. Mais au-delà, ils revendiquent quelque 30 000 activistes estimés dans le pays, qui militent pour l’organisation d’un second référendum. Pour eux, la lutte est devenue la seule échappatoire d’une réalité qu’ils jugent insoutenable.

Sur les réseaux sociaux, les plus motivés postent des dizaines de messages par heure, répétant inlassablement les mêmes éléments de langage qu’ils se passent de groupe en groupe. Un mouvement structuré qui, un an et demi après le vote, ne donne pas de signes d’essoufflement.

En mars, une marche pro-européenne a rassemblé plusieurs milliers de manifestants à Leeds. Et tous se préparent à un grand rassemblement, à Londres, le 23 juin.

L’Écosse à la recherche de la voie la «moins pire» pour le Brexit

« La meilleure option pour nous est de rester dans l’Union européenne », assure la ministre écossaise à la Culture et aux Affaires extérieures. Face à la réalité du Brexit, le gouvernement écossais « tente d’identifier la voie la moins pire ».

« Une campagne basée sur des mensonges »

« La dernière campagne était basée sur des mensonges, s’insurge Richard Wilson, à la tête de Leeds for Europe, comptable et adhérent du parti des Verts. Maintenant que nous savons dans quelle galère ça mettra le pays, nous estimons que le peuple doit revoter. »

Pour beaucoup d’observateurs, un second vote paraît peu probable. D’une, parce que cela risquerait de compliquer encore davantage une situation des plus complexes. De deux, parce que même si le Royaume-Uni retournait sa veste en demandant à rester dans l’Union européenne (UE), il n’est pas sûr que légalement ce soit possible, une fois l’article 50 déclenché. Et de trois, parce que, selon plusieurs sondages, les opinions n’ont presque pas bougé depuis le vote.

« J’ai honte de mon pays »

« Ce qui me gêne, dans le Brexit, c’est ce que ça dit de notre pays,précise Trevor Andrews, informaticien et ex-militant des Tories, le parti conservateur. Refermé sur lui-même, prônant le nationalisme… Vous n’imaginez pas à quel point j’ai honte. »

Si Trevor Andrews a quitté son parti de toujours après le référendum, Tracey Vose, elle, vient de rendre sa carte du Labour, le parti de gauche, dont la position sur le Brexit est plus qu’ambiguë. « Le Labour ne joue pas son rôle d’opposition alors nous, citoyens, le faisons », résume-t-elle.

Des partis déconnectés, des travailleurs de plus en plus pauvres, des retraités qui peinent à boucler les fins de mois : le tout donne l’image d’un pays en crise. Dans un tel contexte, on comprend que, pour certains, ce référendum a été l’occasion d’exprimer une colère, peu importe qu’elle soit dirigée ou non contre l’Union européenne.

Étranger dans son pays

« Ce n’est pas de la faute des votants, estime Deborah Stretton, une militante. C’est celle des élus qui n’ont pas su expliquer les bénéfices de l’Europe : les dotations qu’elle verse aux régions pauvres du Royaume-Uni pour les services publics, par exemple. »

Pour cette famille qui s’arrête au stand, les questions sont beaucoup plus concrètes. Caroline, enseignante de physique dans un collège, est française. Son mari, Jorgen, est allemand et enseigne à l’université de Leeds. La famille vit ici depuis dix-sept ans. Quel sera le sort de leur fille Chloé, 15 ans, née en Angleterre et de nationalité française ? Elle qui n’a connu que le Royaume-Uni sera-t-elle considérée comme une étudiante étrangère, ne bénéficiant pas des mêmes droits que les autres ?

« On n’en sait rien, résume Jorgen. Sans parler de ce que ça fait, psychologiquement, de vivre dans un pays qui vous fait soudainement comprendre qu’il ne veut pas de vous. »

Avec le Brexit, la question d’une réunification de l’Irlande resurgit

Le casse-tête de la frontière irlandaise après  le Brexit, toujours irrésolu, a amplifié le soutien au maintien dans l’Union européenne en Irlande du Nord et fait resurgir la question d’une réunification entre cette province britannique et la république d’Irlande voisine.

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