Le Royaume-Uni doit trouver 5 000 douaniers de plus

98 % du trafic de poids lourds au port de Douvres provient de l’UE et n’est pas soumis à des contrôles douaniers. [Adrian Reynolds/Shutterstock]

300 millions de livres seront nécessaire pour financer les 5 000 agents de douanes supplémentaires qui s’occuperont des contrôles aux frontières après le Brexit.

Face à une commission spéciale du parlement britannique, Jon Thompson, responsable de l’administration fiscale et douanière a déclaré : « je dédie 40 à 60 % de mon temps à régler le Brexit ».

Tout de suite après le référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE, le 23 juin 2016, « 430 personnes supplémentaires ont été employées par les services de douane britannique (HMRC) pour former un groupe de travail sur le Brexit », a-t-il rappelé, tout en prédisant que ce nombre pourrait monter à 5 000 nouveaux employés d’ici à 2019.

Richard Everitt, président du Port de Douvres, John Bourne, responsable de la santé animale et des plantes au ministère de l’environnement et de l’agriculture britannique (DEFRA) et Richard Ballantyne, président de l’association des ports britanniques, se sont aussi exprimés devant la commission parlementaire chargée de la sortie de l’Union européenne.

La facture du Brexit se précise autour de 50 milliards d'euros

Le Royaume-Uni a offert de payer l’essentiel de ce que l’Union européenne lui réclame pour régler la note du Brexit. Soit une somme comprise entre 50 et 60 milliards d’euros.

Le Brexit est un défi opérationnel pour tous les ports britanniques, a affirmé Richard Everitt, en expliquant qu’à Douvres, « 98 % des camions arrivent de l’UE, sortent du ferry et s’engagent directement sur les routes britanniques ».

Il existe cependant une grande disparité entre le traitement des importations européennes et non européennes. « Les 1 à 2 % de camions qui ne viennent pas de l’UE doivent passer par un bureau de douane, où tous les contrôles sont faits et durent minimum 20 minutes », a déclaré Richard Everitt.

Selon lui, le port de Douvres « voit arriver chaque jour 5 000 camions et moins de 100 se dirige vers le bureau des douanes à l’ouest du quai. Nous ne pourrions pas gérer une augmentation des retards à l’arrivée des camions. »

Sian Thomas, du Consortium des produits frais (FPC), s’inquiète aussi de l’impact de retards potentiels. « Les produits hautement périssables ont une courte durée de conservation puisqu’ils sont coupés et emballés dans le pays d’origine. Tout retard signifie que les produits commencent à se détériorer ».

Or, « si le fournisseur présente des produits détériorés au client, celui-ci peut les refuser. Les fournisseurs perdent souvent des contrats juste à cause des retards au point d’entrée », explique-t-il.

« 40 % du commerce international [passant par Douvres] sont des marchandises hautement périssables. Retenir les véhicules entraîne donc des coûts pour le port lui-même et le long de la chaine logistique », craint également Richard Ballantyne.

Théoriquement, le Royaume-Uni a un système de contrôle des livraisons internationales qui permet de ne pas retenir les véhicules transportant des biens périssables. Selon Peter Hardwick, responsable des exportations au Conseil de développement agricole et horticole (AHDB), ces contrôles sont faits dans les bureaux du pays d’origine plutôt qu’à la frontière.

Il estime néanmoins que ce n’est pas une solution aux pressions post-Brexit. « Ce système, de contrôle avant la frontière, ne marche que si vous avez un destinataire unique et homogène. Or, 15 à 35 % des livraisons au Royaume-Uni sont des ‘groupages’ et ne peuvent donc pas être collectés ou livrés au même endroit », et c’est là que les complications et les retards commencent.

David McAllister :« le Brexit est une erreur historique »

Le Conseil européen pourrait annoncer en décembre que les progrès sur le Brexit ne sont pas suffisants, avertit David McAllister, qui préside la commission affaires étrangères du Parlement européen. Un article d’Euractiv Pologne.

« De nombreux agriculteurs britanniques ont voté pour le Brexit pour s’éloigner des règlementations européennes, mais cela risque de ne pas être possible », a déclaré Peter Hardwick, qui estime que le succès de l’agriculture britannique reposera sur le maintien des relations avec l’Europe.

L’UE peut mettre en place une fréquence de contrôles sanitaires et phytosanitaire basé sur le statut sanitaire du pays d’origine. « La Nouvelle-Zélande a un statut sanitaire élevé donc la fréquence des contrôles est d’environ 2 %. Pour les standards européens, le Brésil a un statut sanitaire faibles, donc le taux de contrôle est de 100 % pour la volaille », par exemple, a expliqué Peter Hardwick.

Les membres de la FTA, le syndicat britannique des transporteurs de marchandises, s’inquiètent quant à eux du manque d’infrastructures disponibles dans les points d’entrée et de la préparation des marchés britanniques. Face à ces préoccupations, ils prennent des « mesures préventives » et déplacent les installations là où ils le peuvent sur le continent.

Selon James Hookham, responsable de la FTA, « 57 % des entreprises agricoles britanniques ont perdu des contrats après mars 2019 à cause de l’incertitude » liée au Brexit.

Les négociations du Brexit alarment les agriculteurs britanniques

Les agriculteurs britanniques perdent patience face à la lenteur des négociations du Brexit. Mais ni l’UE ni Londres n’écartent aujourd’hui un scénario sans accord.

Pour que le secteur agricole britannique commence à élaborer un plan d’urgence, Peter Hardwick estime que le dialogue doit s’ouvrir à davantage d’acteurs européens. « Des solutions existent mais une reconnaissance mutuelle est nécessaire [des deux côtés de la Manche]. Quand les biens arrivent aux frontières de l’UE, les standards doivent être mutuellement acceptés, mais à ce stade, nous n’avons aucune idée du type de relation commerciale que nous pourrons avoir. »

James Hookham a affirmé que la FTA était en train de négocier avec ses homologues européens pour essayer de trouver une solution. La FTA « entretient de bonnes relations de travail avec les douanes néerlandaises, et l’Irlande a aussi bien avancé dans la réflexion. »

« Je n’arrive pas à joindre les douanes françaises par téléphone ni à obtenir des informations sur leur niveau de préparation », a-t-il ajouté.

Sian Thomas est d’accord pour dire que les marchés européens veulent maintenir des relations commerciales étroites. « Le Royaume-Uni importe 75 % de ses fleurs coupées depuis les Pays-Bas, donc c’est un grand marché pour eux », a-t-elle déclaré.

Même si le Royaume-Uni est « le troisième plus grand importateur de l’UE », elle assure que « l’UE se tournera vers d’autres marchés si c’est trop difficile d’échanger avec nous ».

Brexit: les négociations reprennent, le «temps presse» prévient l’UE

Les négociations entre l’UE et le Royaume-Uni reprennent, et l’heure du Brexit a déjà été fixée. Mais de part et d’autre, personne ne s’attend à des avancées majeures.