De part et d’autre de la Manche, les entreprises se préparent au « hard Brexit »

Crédit: Rawpixel.com

Côté business, les appels à préparer à l’après Brexit se multiplient. Mais le flou qui entoure encore la probable période de transition rend le projet délicat.

Les guides et brochures pour expliquer ce que va changer le Brexit ne manquent pas. Le Medef ne fait pas exception. Sur le modèle d’un document réalisé par son homologue irlandais, la fédération de patrons français a publié son « guide du Brexit pour les entreprises françaises ». Objectif : anticiper la sortie du Royaume-Uni du marché unique, une opération à haut risque pour le monde des affaires.

À court terme, le plus grand risque repose sur la volatilité des devises et l’introduction de barrières tarifaires. Qui pourraient représenter un coût significatif dans des secteurs comme l’automobile, où la chaîne de production est divisée entre pays européens et obligerait de multiples passages de la future frontière avec le Royaume-Uni.

Pourquoi l’économie britannique résiste bien au Brexit

Une consommation intérieure forte et le recul de la livre alimentent la croissance britannique. Mais le recul des investissements qui s’amorce tend à dessiner une résilience en trompe-l’œil.

A plus long terme, les systèmes de technologie commerciale devront être renforcés pour intégrer plus de données ; et la divergence règlementaire entre le Royaume-Uni et l’Union risque de rendre impossible la vente de certains produits sur l’île britannique.

Michel Barnier considère les barrières commerciales comme inévitables après le Brexit

A Londres, Michel Barnier a prévenu les Britanniques que les barrières commerciales avec l’UE seraient inévitables si le Royaume-Uni insistait pour quitter l’union douanière. Chaque partie refuse actuellement de céder du terrain.

Pour le Medef, le mot d’ordre est à la préparation. Sous la forme d’une « to-do-list », le guide détaille ses conseils aux entreprises. L’accent est mis sur l’analyse, des ressources financières ou de la chaîne logistique, pour comprendre les effets du Brexit sur sa propre structure, et la prévision d’éventuelles adaptations de long terme, comme la recherche de nouveaux marchés ou des changements dans la chaine de production pour éviter les contraintes douanières.

Se préparer au pire

« Ce qu’on entend des entreprises, c’est qu’elles se préparent au pire, à un hard Brexit, déclare Joscha Ritz, senior manager à la Fédération de l’industrie allemande (BDI).

Les fédérations européennes se passent le mot : il faut envisager le pire, à savoir une sortie du Royaume-Uni sans accord avec l’Union sur leur relation commerciale. Pour Joscha Ritz, les entreprises allemandes ont déjà pris la mesure du danger. « Les entreprises ont commencé à prendre des décisions : elles restructurent leur chaine de production, elles prennent des décisions sur leurs investissements futurs. »

Même son de cloche du côté britannique. « Environ un tiers de nos membres ont mis en place une équipe dédiée au Brexit, décrit Nicole Sykes, responsable des négociations européennes de la Confédération de l’industrie britannique, sur la base d’un sondage réalisé par cette dernière. Dans ce sondage, l’organisation recense que « 10 % des entreprises ont embauché des compagnies externes pour les aider à répondre au Brexit », des consultants ou experts juridiques par exemple, et « 4 % ont embauché du personnel supplémentaire en soutien aux préparations ».

Pour les entreprises françaises, la préparation est inégale, plus poussive pour les petites et moyennes structures. Ces dernières se sentent, à tort, peu concernées par le Brexit. « Certaines petites entreprises font de l’intracommunautaire aujourd’hui et feront demain de l’import-export, explique ainsi Marianne Esteve, présidente du Comité douane du Medef.

L’espoir d’une période de transition

« Tout le monde est dans l’ignorance absolue de ce qui va se passer demain », reconnaît  Marianne Esteve. L’incertitude pèse sur le monde des affaires, tous attendant le résultat des   négociations entre l’Union et le Royaume-Uni sur leur future relation commerciale.

L’espoir principal repose sur une période de transition sur le modèle du statu quo, qui permettrait au Royaume-Uni d’avoir accès temporairement au marché unique sans être présent dans les instances de décision européennes. En janvier dernier, les ministres des Affaires étrangères de l’Union à 27 ont donné leur feu vert à une telle période, s’accordant sur une durée de 21 mois à compter du Brexit, soit jusqu’au 31 décembre 2020.

Cependant la route reste longue et cahotique. La période de transition est pour l’instant théorique : elle a été ajoutée au mandat de négociation de la Commission et devrait être l’un des points de discussion de l’accord de retrait du Royaume-Uni.

Et d’après Sandrine Gaudin, secrétaire générale des affaires européennes également présente au colloque, les négociations pourraient durer jusqu’en automne. « C’est très tard, avertit Marianne Esteve, l’entreprise n’a pas les moyens d’attendre septembre si elle veut continuer à fonctionner ».

Incertitudes sur la période de transition post-Brexit à Londres

Le cabinet de la Première ministre britannique tente de tempérer les rumeurs selon lesquelles le gouvernement se prépare à rouvrir les discussions sur la durée de la période de transition après le Brexit.

Par ailleurs, les modalités précises de la période de transition restent à définir, et certains contestent déjà la durée proposée de 21 mois. « Cela nous donne une période très courte », affirme Elvire Fabry, chercheuse à l’Institut Jacques Delors. L’experte met en doute le réalisme d’un tel délai pour négocier les contours de la future relation UE-Royaume-Uni. « Il est certain que si on s’avance vers la négociation d’un accord bilatéral de commerce, on est complètement en dehors des clous », la durée moyenne de telles négociations étant « rarement en dessous de cinq ans ».

Subscribe to our newsletters

Subscribe