Des milliers de Britanniques perçoivent des aides dans d’autres pays de l’UE

Angela Merkel et David Cameron devant le 10 Downing Street. Février 2014. [German Embassy London/Flickr]

Les chômeurs britanniques reçoivent beaucoup plus d’indemnités et d’allocations dans les pays de l’Union européenne les plus riches que ce que les citoyens britanniques perçoivent au Royaume-Uni, selon The Guardian.

Au moins 30 000 ressortissants britanniques perçoivent des indemnités de chômage dans d’autres pays de l’UE, a constaté The Guardian en se basant sur une enquête réalisée auprès de 23 des 27 autres pays membres de l’UE.

Le gouvernement britannique a quant à lui affirmé que les migrants affluaient au Royaume-Uni pour obtenir de meilleures prestations sociales.

L’enquête montre pourtant que les Britanniques sont quatre fois plus nombreux à recevoir des indemnités de chômage en Allemagne que les Allemands au Royaume-Uni. De la même manière, les sans-emploi britanniques recevant des allocations au chômage en Irlande sont cinq fois plus nombreux que leurs homologues irlandais au Royaume-Uni.

Non seulement les Britanniques sont beaucoup plus nombreux à recevoir des allocations dans ces pays que vice et versa, mais les allocations dans d’autres pays de l’UE sont beaucoup plus généreuses qu’au Royaume-Uni. Par exemple, un Britannique au chômage en France recevra plus de trois fois plus qu’un Français au chômage au Royaume-Uni.

Cette recherche a été publiée après qu’Angela Merkel, chancelière allemande, s’est rendue à Londres ce mois-ci pour discuter avec David Cameron, premier ministre britannique, de sa volonté de « réformer » la liberté de circulation dans l’Union européenne. Cela s’inscrit dans sa tentative de repenser les termes de l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne avant de soumettre le débat à un référendum en 2017, s’il est réélu.

>> Lire : Addition salée pour le Royaume-Uni en cas de sortie de l’UE

En Finlande, Suède, Danemark, Belgique, Luxembourg, Allemagne, Autriche, France et Irlande, le nombre de Britanniques recevant des indemnités de chômage est trois fois plus élevés (23 011) que le nombre de chômeurs de ces pays recevant les allocations britanniques (8720).

« Si 30 000 personnes, soit 2,5 % des citoyens britanniques, sont au chômage dans d’autres pays membres de l’UE, cela signifie que la grande majorité des Britanniques vivant à l’étranger, tout comme les citoyens européens vivant au Royaume-Uni, ne représentent pas un fardeau pour les pays dans lesquels ils vivent », a déclaré le Dr Roxana Barbulescu, chercheuse en migration internationale à l’Université de Sheffield.

L’exemple des Britanniques généreusement traités dans les pays scandinaves et dans le nord de l’Europe est inversé dans les pays du sud les plus pauvres. En effet, les Italiens, les Espagnols et les Portugais au chômage au Royaume-Uni sont beaucoup plus nombreux que les Britanniques sans emploi dans ces trois pays (13 580 contre 5670).

Néanmoins, les Britanniques vivant en Espagne sont trois fois plus nombreux que les Espagnols vivant en Grande-Bretagne. Étant donné les différences démographiques entre ces deux groupes de migrants, la pression sur l’économie espagnole risque de s’exercer sur les services de santé.

Libre circulation

Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, a déclaré à The Guardian en décembre que David Cameron pouvait bricoler la loi britannique en matière de sécurité sociale et de droits des migrants, mais pousser à la discrimination dans la loi européenne n’était pas envisageable.

Les autorités britanniques ont reconnu que le gouvernement avait atteint les limites de ce qu’il pouvait accomplir en matière de législation nationale et que le changement devait désormais s’opérer à l’échelle de l’UE.

Angela Merkel a été clair vis à vis de David Cameron concernant ce que les diplomates à Bruxelles appellent « sa ligne infranchissable », c’est-à-dire l’intouchable liberté de circulation.

« Il va être extrêmement difficile pour Cameron de toucher à cela », a affirmé un diplomate. « Les Allemands ont établi leurs lignes infranchissables. » D’autres ont rappelé : « Nous ne ferons aucun changement juste pour satisfaire la Grande-Bretagne. »

C’est Donald Tusk, président du Conseil de l’UE, qui jouera le médiateur du cas britannique. Il est déjà certain que l’ancien premier ministre polonais ne fera aucune concession qui pourrait affecter les Polonais vivant en Grande-Bretagne. Les Polonais sont actuellement les plus nombreux (15 000) à percevoir les allocations au chômage britanniques, contre seulement deux Britanniques recevant les indemnités de chômage polonaises.

La tâche se compliquera si en 2015, comme beaucoup le prédisent, Jaros?aw Kaczy?ski, nationaliste de droite, devient le premier ministre de la Pologne.

V?ra Jourová, commissaire chargée de la justice, des consommateurs et de l’égalité des sexes, a commenté la recherche : « La libre circulation de nos citoyens est essentielle à l’Union européenne. C’est un droit fondamental et un atout pour notre union. La libre circulation des personnes, pour travailler, vivre ou voyager dans d’autres pays de l’UE, est au cœur d’un marché unique robuste. C’est un véritable atout pour notre économie et notre société. Mais les abus affaiblissent la liberté de circulation. Par conséquent, les États membres doivent s’attaquer fermement aux abus et les lois de l’UE doivent fournir les outils pour cela.» 

Selon les chiffres du gouvernement, le Royaume-Uni compte 2,7 millions de citoyens européens et 1,3 millions de citoyens britanniques vivent dans un autre pays de l’UE.

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.