Les citoyens européens veulent que Londres paye sa part du divorce

Manfred Weber [European Parliament]

La grande majorité des citoyens européens veut que les négociations sur le Brexit se concentrent sur la protection des intérêts des 27 États membres restants. Et non pas sur la garantie des privilèges accordés au Royaume-Uni.

Au total, 78 % des citoyens de l’UE veulent que l’équipe de négociation de Michel Barnier défende leurs intérêts en premier, alors que seulement 22 % d’entre eux estiment que le principal objectif de l’UE est de bâtir une relation économique privilégiée avec le Royaume-Uni.

Les enquêteurs de chez RED C ont interrogé un échantillon de 1 000 adultes dans neuf États membres (France, Allemagne, Irlande, Italie, Pays-Bas, Roumanie, Espagne, Suède). L’enquête a été présentée par le président du Parti populaire européen (PPE), Manfred Weber, en Irlande le 16 mai.

Alors que la grande majorité des personnes interrogées dans les neuf pays estiment que l’UE devrait se concentrer sur le bien-être des 27 États membres restants, d’autres étaient plus favorables à l’idée de construire une relation économique spéciale avec le Royaume-Uni.

Relation prioritaire

Les Français (31 %), les Suédois (29 %) et les Irlandais (28 %) sont ceux qui soutiennent le plus que cette future relation doit être la priorité de l’UE. À seulement 11 %, l’Espagne est le pays le moins porté par cette idée.

Des tensions ont éclaté entre le Royaume-Uni et l’Espagne au début de l’année lorsque Madrid, soutenue par l’UE, a déclaré que tout accord sur Gibraltar nécessitera sa bénédiction. S’en est suivie une querelle diplomatique et le gouvernement britannique a déclaré de son côté qu’il « ne négocierait pas sur la souveraineté de Gibraltar », dont la population a majoritairement voté pour rester dans l’UE au référendum de juin 2016.

Les 27 soutiennent l’Espagne face à Londres sur l'avenir de Gibraltar

L’Espagne va probablement mettre son veto à tout accord sur Gibraltar dans le cadre du Brexit. Dans les orientations de négociations, les 27 États membres soutiennent Madrid à ce sujet.

Protéger les économies européennes

« Le PPE a toujours affirmé que notre priorité dans les négociations avec le Royaume-Uni sur le Brexit était de défendre les intérêts des citoyens européens. Les résultats du sondage d’opinion montrent qu’une grande partie des citoyens européens soutiennent cette approche », s’est félicité Manfred Weber.

Selon le sondage, le plus important des intérêts à défendre est la protection des économies des 27 États membres. Parmi les neuf pays, 92 % des répondants estiment qu’il s’agit d’une question importante ou très importante.

Surtout, les citoyens européens veulent que le Royaume-Uni paye la note de sa sortie.  88 % d’entre eux estiment ainsi qu’il est très important que le Royaume-Uni soit contraint de payer la totalité de ses engagements financiers en suspens.

« Début 2019, le Parlement européen aura la grande responsabilité de dire oui ou non à l’accord de divorce avec le Royaume-Uni. Nous sommes la seule institution directement élue par les citoyens européens. Au moment d’examiner les conditions du Brexit, notre priorité sera toujours de leur garantir un avenir prometteur », a ajouté le chef de file du PPE.

Garantir la paix en Irlande du Nord

93 % des citoyens irlandais affirment qu’il est important de protéger les droits des citoyens européens vivant au Royaume-Uni. Environ 400 000 citoyens irlandais vivent au Royaume-Uni, ce qui fait d’eux le deuxième plus grand groupe d’immigrés européens après les citoyens polonais (800 000).

L'UE envisage la réunification de l’Irlande après le Brexit

Lors du sommet du 29 avril, les dirigeants de l’UE aborderont la question d’une adhésion automatique de l’Irlande du Nord à l’UE, une fois le Brexit finalisé, dans l’hypothèse où elle serait réunifiée avec la République d’Irlande, selon des sources européennes.

L’enjeu clé pour l’Irlande est toutefois l’accord du Vendredi saint. Signé en 1998, l’accord représente une étape majeure dans le processus de paix d’Irlande du Nord.

Environ 89 % des Irlandais interrogés ont indiqué qu’il était important ou très important de s’assurer que l’accord de paix n’était pas mis en péril par un futur accord sur le Brexit. Parmi les citoyens irlandais de plus de 55 ans – soit les personnes assez âgées pour avoir connu la guerre civile – 79 % d’entre eux estiment cette question très importante.