Barnier veut ramener Londres à la raison sur la nécessité d’un accord

Michel Barnier et David Davis lors de leur conférence de presse commune, le 19 juin. [European Commission]

Le principal négociateur européen du Brexit prévient le Royaume-Uni que l’absence d’un accord entre les deux parties ne ferait qu’aggraver une situation déjà compliquée, contredisant ainsi la position de Londres selon laquelle « pas d’accord vaut mieux qu’un mauvais accord ».

Face au Comité social et économique européen (CESE), à Bruxelles, Michel Barnier, négociateur en chef de Bruxelles pour l’accord de Brexit, a conseillé aux Britanniques de ne pas se faire d’illusions quant à des « échanges commerciaux sans friction » en cas de sortie du marché unique et de l’union douanière.

Il craint en effet que les implications d’un tel choix « n’aient pas été totalement comprises outre-Manche ». « J’ai entendu certains Britanniques dire qu’ils pouvaient bien quitter le marché unique tout en conservant tous ses avantages. Ce n’est pas possible », a-t-il précisé. « J’ai aussi entendu dire que le pays pourrait quitter le marché unique et créer une union douanière qui permette des échanges commerciaux sans frictions. Ce n’est pas possible. »

« Vous ne pouvez pas quitter le marché unique puis vous joindre aux secteurs qui vous plaisent. Il ne peut y avoir de participation secteur par secteur au marché unique. La sortie du marché unique, ou de l’union douanière, signifie que les biens ne circuleront plus librement au-delà des frontières », a-t-il souligné, rappelant les règles de bases établies par l’Organisation mondiale du commerce.

L’industrie allemande craint que Bruxelles et Londres ne sous-estiment le Brexit

Les deux parties négociant le retrait du Royaume-Uni de l’UE sous-estiment les conséquences à long terme, selon un responsable de l’industrie allemande.

En juin, l’UE et le Royaume-Uni ont commencé à négocier les termes de leur divorce et de leur future relation, en se concentrant sur les engagements financiers de Londres, les droits des citoyens à l’étranger et la frontière en l’Irlande du Nord et la République d’Irlande.

Michel Barnier estime qu’il est important d’avancer rapidement durant ces négociations.

Brexit: des négociateurs «déterminés»

Les négociations historiques qui permettront au Royaume-Uni de sortir de l’UE en 2019 ont démarré le 19 juin. Les deux parties se sont accordées sur le calendrier, la structure et les priorités des discussions.

« Mars 2019, c’est dans 20 mois, et le temps passe vite. Quelle que soit l’issue des négociations, je voudrais souligner que la période de transition a déjà commencé », a continué le Français. Londres a déclenché l’article 50, qui lance le compte à rebours de deux ans avant la sortie effective du pays de l’UE, le 21 mars 2017.

Theresa May, la Première ministre britannique, a en effet répété à foison que « pas d’accord va[lait ] mieux qu’un mauvais accord ». Un slogan qui ne reflète pas la réalité d’un Brexit sans accord, prévient Michel Barnier.

« En réalité, un Brexit sans accord aggraverait une situation qui compte déjà deux perdants », a-t-il regretté. « Je pense que le Royaume-Uni a plus à perdre que ses partenaires. Dans mon esprit, il n’y a aucune justification raisonnable pour un Brexit sans accord. »

« Il n’y a aucune raison de rendre les conséquences du Brexit encore pires. C’est pourquoi nous voulons un compromis », a-t-il plaidé.

Le négociateur a terminé son intervention en soulignant que les préparations aux négociations avaient permis aux 27 d’atteindre une « unité très forte et solide » et se projetaient déjà dans une union sans le Royaume-Uni. « L’avenir de l’Europe est beaucoup plus important que le Brexit, préparons-nous pour le Brexit, mais en préparant l’avenir de l’Europe. »

Comme exemple concret des difficultés que pourrait rencontrer Londres dans ses efforts pour « reprendre le contrôle », Michel Barnier cite le projet du pays de se retirer d’une convention sur la pêche. Celle-ci donne aux pêcheurs de l’UE la permission d’accéder aux eaux britanniques. Les déclarations du gouvernement à ce sujet ne donneront pas lieu à des résultats immédiats, souligne toutefois le négociateur, puisque le droit européen et la politique commune sur la pêche prime sur cette convention.

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