Au Royaume-Uni, les Européens appréhendent le Brexit

La possibilité de travailler dans un autre État membre est l'une des pierres angulaires de l'intégration européenne. [Morebyless/Flickr]

Des millions d’Européens habitant au Royaume-Uni sont confrontés à l’incertitude au lendemain de la décision du pays de quitter l’UE. Un article de notre partenaire, Aktuálně.

Si aucun chiffre officiel n’est pour l’instant disponible, d’après les estimations, le Royaume-Uni compterait actuellement sur son territoire pas moins de trois millions et demi de citoyens européens.

Deux millions d’entre eux travaillent, tandis que les autres sont retraités, en recherche d’emploi ou étudiants. Reste à savoir si après le Brexit, ils pourront conserver les droits qui leurs étaient jusqu’à présent garantis par l’UE.

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Discrimination fondée sur la nationalité

« Il est fondamental que les personnes qui vivaient ici avant le Brexit maintiennent leurs droits, tels que le droit de travailler sur le territoire ou de bénéficier du système de sécurité sociale local », a indiqué l’eurodéputée tchèque Kateřina Konečná (GUE/GVN).

La possibilité de travailler dans un autre État membre de l’Union est l’une des pierres angulaires de l’intégration européenne. Les citoyens européens ont également le droit aux mêmes conditions de travail, notamment un nombre maximum d’heures hebdomadaires travaillées, un salaire minimum, des congés payés, des protections contre les discriminations, etc.

Toute cette réglementation pourrait être modifiée par le Royaume-Uni. Les employeurs pourront notamment bientôt rejeter une candidature pour des questions de nationalité.

« Dans le pire des cas, les citoyens d’autres États européens risquent de ne plus avoir accès au marché du travail britannique ; ils seront limités par des restrictions et il sera beaucoup plus difficile pour eux de décrocher un emploi au Royaume-Uni », pense l’eurodéputé tchèque Tomáš Zdechovský (PPE).

Le Parlement impose ses lignes rouges dans les négociations du Brexit

Accès au marché unique, frontière, droit des citoyens européens au Royaume-Uni et facture de sortie, les eurodéputés ont adopté leur feuille de route sur le Brexit, qui augure des négociations musclées avec le Royaume-Uni.

L’industrie hôtelière en péril sans les immigrés

D’après l’eurodéputée Martina Dlabajová (ADLE), il y a de grandes chances pour que ceux qui travaillent déjà au Royaume-Uni ne perdent pas leurs droits. « La Première ministre, Theresa May, a déjà indiqué qu’il y aura des restrictions sur l’immigration au Royaume-Uni, mais les droits de ceux qui y vivaient déjà avant le lancement du Brexit seront maintenus », a-t-elle précisé.

C’est principalement l’industrie hôtelière locale qui dépend du travail des immigrés au Royaume-Uni. « L’association de l’hôtellerie britannique a fait savoir il y a quelques temps que si le gouvernement n’autorisait pas les travailleurs européens à garder leurs emplois, cela pourrait prendre jusqu’à dix ans pour tous les remplacer », a ajouté la législatrice tchèque.

Refus de prêts immobiliers

Ce n’est cependant pas seulement une question de travail. La citoyenneté européenne offre également des avantages tels que la participation au système de retraite, le droit de vote aux élections municipales, l’opportunité d’étudier ou de souscrire à des assurances ou de demander des prêts.

Des cas où les banques britanniques ont refusé d’octroyer des prêts immobiliers à des citoyens étrangers étant donné qu’elles ne savaient pas quelles règles allaient s’appliquer à l’avenir ont déjà été observés.

« À part le Brexit, l’UE a beaucoup de choses à célébrer »

Malgré le Brexit, la menace du populisme et les vents hostiles venant de Washington, l’Union européenne a « beaucoup de choses à célébrer », a déclaré le vice-président de la BEI, Román Escolano.

Un avenir incertain

« Le Parlement européen fournit actuellement des centaines de pages d’analyse, avec des listes de droits, de lois et d’autres réglementations qui seront impactées par le Brexit », a indiqué Kateřina Konečná.

Pour Martina Dlabajová, à l’heure actuelle le meilleur moyen de maintenir les droits acquis est d’obtenir la nationalité britannique. « Les personnes ayant vécu au moins cinq ans au Royaume-Uni peuvent demander la nationalité. Pour nombre d’entre elles, c’est à présent la seule manière de sauver leurs investissements et leurs économies », a-t-elle déclaré.

Tant que les négociations des accords avec l’UE ne seront pas achevées, l’avenir des étrangers vivant au Royaume-Uni ou prévoyant de s’y installer restera incertain. Officiellement, tous ces points devront être négociés en moins de deux ans, mais il est possible que cette période soit allongée. « La situation présente est très peu clair et toutes les options sont envisageables », a ajouté Martina Dlabajová.

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