Boris Johnson suscite l’hostilité de l’UE sur le « backstop »

[Photo: Alexandros Michailidis / Shutterstock]

Le premier Ministre du Royaume-Uni s’est attiré les foudres du président du Conseil européen. Aux yeux de Donald Tusk, les alternatives au « backstop » proposées par Boris Johnson sont « irréalistes ».

Dans un courrier rédigé à l’intention de Donald Tusk, Boris Johnson a soutenu que le « backstop », le filet de sécurité empêchant le retour d’une frontière physique entre les deux Irlandes, n’était « simplement pas viable » et « ne pouvait pas être envisagé dans un quelconque accord ». Les critiques ne se sont pas fait attendre, l’UE reprochant au Premier ministre britannique de ne rien proposer de concret.

Boris Johnson, Premier ministre britannique depuis le 24 juillet 2019 et successeur de Theresa May, a promis au Royaume-Uni que son pays quitterait l’UE avec ou sans accord le 31 octobre. Son gouvernement s’est lancé dans les préparatifs d’un Brexit dur.

Dans son courrier, il appelle également les leaders européens à reconnaitre que le filet de sécurité doit être supprimé si le Royaume-Uni signe un accord de divorce avec le bloc.

Donald Tusk lui a toutefois rétorqué dans un tweet que le filet de sécurité était « une garantie pour éviter une frontière dure sur l’île d’Irlande, à moins qu’une solution de rechange soit trouvée. Ceux qui s’opposent au filet de sécurité et qui ne proposent pas d’alternative réaliste soutiennent en fait le rétablissement d’une frontière. Même s’ils ne l’admettent pas ».

Une porte-parole de la Commission européenne a déclaré ce 20 août que « même si l’UE salue la détermination du gouvernement britannique et son engagement pour une sortie en bonne et due forme », la lettre ne contient aucune nouvelle proposition.

La lettre de Boris Johnson « ne fournit pas de solution juridique opérationnelle pour empêcher le retour d’une frontière dure sur l’île d’Irlande. Le texte n’indique pas quelles autres dispositions pourraient être prises et il reconnaît qu’il n’existe aucune garantie que de telles dispositions soient mises en place d’ici la fin de la période de transition », a-t-elle affirmé.

Cette lettre était le coup d’envoi des négociations entre Boris Johnson et les dirigeants européens ; il se rendra à Paris et à Berlin pour s’entretenir avec Emmanuel Macron et Angela Merkel, respectivement mercredi et jeudi.

L’UE ne veut pas rentrer dans le jeu de Boris Johnson sur le Brexit

L’Union européenne se prépare à de difficiles discussions avec Boris Johnson, consciente que le Premier ministre britannique est prêt à faire sortir le Royaume-Uni sans accord et joue sur la peur de cette issue pour diviser les 27, ont expliqué mardi plusieurs responsables européens.

Dans le courrier, Boris Johnson décrit le filet de sécurité comme « antidémocratique et portant atteinte à la souveraineté de l’État britannique », affirmant qu’il serait également incompatible avec l’accord de paix du Vendredi saint de 1998. Cet argument a été rejeté par la Commission européenne, qui l’a qualifié de « trompeur » dans sa propre lettre aux gouvernements nationaux.

Aux yeux du Premier ministre britannique, le filet de sécurité doit être remplacé par des « arrangements alternatifs ».

Il a également laissé entendre que le Royaume-Uni était prêt à prendre des « engagements » si le nouveau système n’était pas opérationnel d’ici la fin de la période de transition, une période de deux ans faisant suite à la sortie officielle du Royaume-Uni. Il n’a néanmoins rien proposé de concret.

Les alliés de Boris Johnson pensent que cette nouvelle volonté de compromis leur permettra de présenter l’UE comme intransigeante.

L’UE a martelé à plusieurs reprises qu’elle ne reviendrait pas sur l’accord finalisé avec Theresa May et que le statut du filet de sécurité n’était pas négociable. Si le Royaume-Uni part sans accord, il n’y aura pas de période de transition.

Le filet de sécurité irlandais, en vertu duquel l’Irlande du Nord resterait dans l’union douanière de l’UE si un nouvel accord commercial UE-Royaume-Uni n’est pas conclu d’ici décembre 2020, est l’une des principales raisons pour lesquelles l’accord de retrait a été rejeté à trois reprises au parlement britannique, et est particulièrement mal vu par les conservateurs.

Boris Johnson en Irlande du Nord, province au cœur de l’impasse du Brexit

Le nouveau Premier ministre britannique Boris Johnson doit rencontrer mercredi les chefs des principaux partis politiques d’Irlande du Nord, où il tentera d’apaiser les inquiétudes sur l’avenir de la frontière irlandaise en cas de Brexit sans accord.

En janvier, les législateurs britanniques ont soutenu un amendement du député conservateur Graham Brady, soutenu par le gouvernement de Theresa May, qui appelait à des « arrangements alternatifs » basés sur des solutions technologiques pour remplacer les contrôles physiques aux frontières et éviter une frontière dure.

En revanche, l’UE a rapidement rejeté la proposition et considère le filet de sécurité — approuvé par Boris Johnson et le reste du gouvernement de Theresa May — comme un compromis.

Le gouvernement britannique a mis sur pied deux groupes consultatifs chargés d’étudier des alternatives technologiques au filet de sécurité irlandais.

Le Parti unioniste démocrate en Irlande du Nord, dont les dix députés donnent à Boris Johnson une majorité suffisante à la Chambre des communes, a publié une déclaration dans laquelle il déclare que l’Irlande et l’UE devraient « se rendre à l’évidence : le filet de sécurité ne constitue pas la voie à suivre ».

Le dirigeant du Sinn Fein en Irlande du Nord, Michelle O’Neill, a accusé le premier Ministre britannique « d’hypocrisie de rang », ajoutant que c’est sa « poursuite imprudente d’un Brexit dur qui menace de compromettre le processus de paix ».

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