Face au Brexit, Calais se prépare «même au pire»

Natacha Bouchart, maire de Calais. [Ouest-France]

À cinq mois du Brexit, avec le blocage des négociations entre Londres et Bruxelles, l’inquiétude monte à Calais. La maire, Natacha Bouchart, parle de grand flou. Un article de notre partenaire, Ouest-France.

Trente-trois kilomètres à vol de mouette. En cette journée aux rares nuages, Douvres la Britannique est visible depuis la tour de contrôle du port de Calais. Ici pourtant, comme à Douvres, « on nage en plein brouillard, s’inquiète Éric Merlin, le boss de la CGT locale. On n’a aucune vision de ce qui va changer pour le port et pour le tunnel sous la Manche, après le Brexit. »

D’autant que les négociations entre Londres et l’Union européenne n’aboutissent pas, bloquées par la question de la frontière irlandaise. Mi-novembre, le syndicat accueillera les camarades d’en face, les gars du RMT de Douvres : « Eux aussi sont inquiets. »

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Calais a eu chaud

« Deal ou pas avec Bruxelles, ce sera la même chose pour nous », veut rassurer Jean-Marc Puissesseau, président de la société d’exploitation des ports du détroit.

Cet été, pourtant, Calais a eu chaud. La Commission européenne a proposé de tracer une nouvelle route pour garantir la circulation de marchandises entre l’Irlande et l’Union européenne, après le Brexit. Calais était rayé de la carte, alors que les ports belges et néerlandais récupéraient toutes les aides européennes sur le fret.

« C’est insensé ; le port gère 6 000 camions par jour, comment effacer ça d’un trait ? », s’agace la maire de Calais, Natacha Bouchart.

Au port, sans attendre l’issue des négociations, on pare à tous les scénarios post-Brexit. « On se chargera toujours des contrôles migratoires, résume Jean-Marc Puissesseau. Pour les contrôles administratifs et la TVA, on incite déjà les transporteurs à utiliser des outils dématérialisés pour accélérer les passages. »

Entre 70 et 150 douaniers

Un bureau des douanes ouvrira aussi à Calais. « Avec 70 à 150 agents, on ne sait pas encore, explique Natacha Bouchart. Il faudra aussi instaurer des contrôles sanitaires, pour la traçabilité des produits alimentaires, et vétérinaires, pour les animaux d’élevages et domestiques. Mais là, on est dans l’inconnu, ce qui nous contraint à nous préparer au pire. »

Situé à 9 km du port et du tunnel, un terrain de 40 ha, propriété de l’agglomération, pourrait accueillir les services vétérinaires et douaniers. Sauf que le tunnel boude l’idée. Comme le port, qui s’est lancé dans un grand projet d’extension du ferroutage, bien avant le Brexit. En éternels concurrents, les deux sites se targuent d’avoir chacun assez de place pour héberger ces contrôles.

Pas impossible, mais plus coûteux, s’inquiète Natacha Bouchart. Le projet communautaire « se chiffre déjà à 20 millions d’euros en voirie, construction de hangars, de quais, de bâtiments administratifs, etc. »

Simple estimation car « c’est le grand flou, admet la maire. Un jour, on nous dit qu’il faudra cinq quais de contrôle ; le lendemain, c’est le double. » Seule certitude : à Bruxelles comme à Paris, « personne ne nous parle d’argent ». D’autant moins rassurant qu’il faudra être prêt dès le lendemain du Brexit, le 30 mars 2019. Ou plus tard, qui sait…

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