Fin de l’aventure pour le marché des capitaux

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Cet article fait partie de l'édition spéciale Sommet européen des affaires 2011.

Le marché des capitaux d’entreprise naissant en Europe a atteint un creux et nécessite des fonds publics afin de stimuler son retour vers la croissance, selon le fonds d’investissement européen – l’organisme européen d’investissement à long terme.

 

Richard Pelly, directeur général du fonds européen d'investissement (FEI) a dit qu'alors que certains prédisent la fin du capital-risque en Europe, il voit de grandes opportunités pour l'avenir, dans la mesure où un soutient adéquat est apporté.

L'échec du développement d'un système de capital risque qui fonctionne bien ruinerait les efforts de l'Europe pour construire une économie du savoir innovante, a-t-il ajouté.

Mon opinion personnelle est que l'industrie du capital-risque, plutôt jeune en Europe, est au fond du gouffre. De bonnes idées apparaissent en ce moment. Désormais, on a besoin du soutien des institutions publiques, a affirmé M. Pelly lors de l'EBS.

Le fonds d'investissement européen (FIE) devra avoir entre 30 et 50 % de capital-risque à la fin du cercle économique et stimuler le capital-risque pour les prochains 3 à 5  ans, a affirmé M. Pelly.

Les changements règlementaires vont exacerber la crise

Il a toutefois prévenu que de nouveaux règlements pourraient rendre la vie difficile pour le secteur au moment où les entreprises  innovantes veulent investir dans de nouvelles idées.

Les difficultés auxquelles l'industrie du capital-risque a été confrontée seront exacerbées par les changements règlementaires, a affirmé le directeur du FIE. 

Les commentaires de M. Pelly ont fait écho aux plaintes de  l'industrie, qui a dit que la directive sur les hedge funds à venir rendrait le capital risque moins attirant (EURACTIV 07/05/10).

 Les pourvoyeurs de capital-risque ont prévenu que les nouvelles règles sur la transparence contenue dans la Directive relative aux gérants de fonds dits "alternatifs" forcerait les PME soutenues par le capital-risque à publier des information commerciales délicates.

Ceci pourrait inciter les entreprises à choisir d'autres sources de financements, d'après les critiques de la directive.

Les PME ont besoin de fonds rapides

M. Pelly dit que le temps pour que les fonds du FIE atteignent les PME devait être raccourci d'un an à six mois. Cette opinion est partagée par d'autres invités qui sont intervenus lors d'une session de l'EBS sur la manière dont les PME pourraient mener la reprise économique.

L'envoyée de la Commission européenne, Françoise Le Bail, a affirmé que l'UE travaillait pour simplifier les schémas de financements pour les petites entreprises. Elle a également suggéré que le fonds de recherche phare de l'Europe – FP7 – n'est pas attirant pour la plupart des PME en raison de sa priorité sur la R&D et de la bureaucratie liée au processus de candidature.

Mme Le Bail a suggéré que le FP7 pourrait être réorienté vers l'innovation, ce qui selon elle pourrait attirer davantage les PME.

Des dirigeants industriels ont également appelé à trouver un moyen pour aider les PME à accéder aux marchés de capitaux sans devoir être confrontées au niveau de surveillance actuellement demandé par les entreprises cotées en bourse.

Hugh Morgan-Williams, président du comité pour les PME de BusinessEurope, a déclaré que l’Europe avait connu un changement profond au cours des cinq dernières années, en mettant le comité au centre des prises de décisions politiques.

Toutefois, il a aussi souligné que l’une des barrières à la connaissance économique européenne souvent vantée se manifestait par le manque d’un brevet européen singulier.

M. Morgan-Williams a déclaré que les banques européennes n’avaient pas suffisamment de capital actif pour rencontrer les besoins financiers des PME. Ils ont des priorités différentes, comme composer leurs bilans comptables et s’assurer que les plus grandes entreprises – perçues comme générant moins de risques – ont des financements, a-t-il dit.

Selon M. Morgan-Williams, les prix que les PME doivent payer pour avoir du crédit posent également problème, notamment certaines entreprises britanniques qui doivent payer des taux d’intérêt supérieurs à 10% même si les taux d’intérêt sont par ailleurs bas et que les gouvernements offrent des garanties de crédit.

Il a dit que la traduction du Small Business Act (SBA) en initiatives nationales demeurait incomplète, certains Etats membres continuant à retarder les paiements pour les entreprises jusqu’à 300 jours dans certains cas – malgré les engagements à verser les paiements promptement.

Le fondateur de Sky Europe et entrepreneur en série Christian Mandl a dit que le coût des conseils professionnels était un obstacle majeur pour les jeunes entreprises. Les plus petites firmes doivent avoir des moyens pour accéder au marché des capitaux à un coût plus bas et avec des obligations de déclaration moindres que celles des grandes entreprises, a-t-il suggéré. M. Mandl pense que les frais de justice excédant le million d’euros peuvent expulser des entreprises florissantes de la bourse.

M. Mandl déplore le fait qu’il faut parfois près de six mois pour lever des capitaux à cause de la diligence attendue des PME. Ceci, dit-il, est un contraste désolant de la rapidité avec laquelle les institutions financières importantes et complexes furent dépannées au summum de la crise financière en 2008.

Afin de rendre l’esprit d’entreprise plus attractif, M. Mandl souhaite voir le système d’aide sociale réformé.

L’Etat-providence soutient les employés bien mieux que les entrepreneurs. Il n’y a pas de filet de sécurité pour ceux qui tentent de lancer leur propre entreprise. Il devrait y avoir plus de ponts entre le statut d’employé et le statut d’entrepreneur. Par exemple, nous pourrions avoir un « congé d’entreprise » - qui serait semblable au congé de maternité - afin de permettre aux gens de prendre du temps à eux s’ils souhaitent s’aventurer dans les affaires, avec l’assurance qu’ils pourraient retourner à leurs emplois s’ils échouent, dit-il.

Françoise Le Bail, l’envoyée de l'UE pour les PME, a dit que la grande avancée pour la prochaine décennie serait l’innovation pour les PME. Nous avons tendance à parler d’innovation pour les grandes entreprises, mais nous devons à présent nous focaliser sur les petites entreprises innovantes, a-t-elle dit.

Elle a sous-entendu que les PME qui ne réussissent pas à obtenir des fonds européens pourraient être compensées par un certificat de qualité qui ferait état que le projet était perçu comme valable, bien qu’il n’ait pas eu de support financier.

Même si elles ne reçoivent pas d’argent, elles devraient avoir une sorte de label qu’elles pourraient amener à une banque ou utiliser lorsqu’elles postulent pour des fonds structurels, attestant de la qualité de leur projet, même si elles n’ont pas reçu les fonds FP7, peu importe la raison, a dit l’envoyé pour les PME.

Mme Le Bail a affirmé que les efforts pour soutenir les petites entreprises étaient continus, notamment à travers le Small Business Act. Certains pays et régions ont mis en pratique cette législation à la lettre, tandis que d’autres ont du retard à rattraper, a-t-elle expliqué.

Elle a également déclaré que le soutien de pôles d'excellence hautement qualifiés était une part importante de la politique européenne pour les PME, car les petites entreprises se développent mieux dans ce genre d’environnement.

En parlant des lois sur la propriété intellectuelle générées par les PME, Mme Le Bail a déclaré que l’Europe n’aura pas de crédibilité en matière d’innovation à moins qu’elle ne fasse une percée décisive avec un brevet européen.

Tuomo Tuikkadu VTT Technical Research Centre en Finlande a dit que les pôles d'excellence innovants pouvaient aider à développer un environnement où de nouvelles inventions sont possibles. Je prédis que d'ici 2 ou 3 ans chacun d'entre nous effectuera des achats dans les magasins et gares en utilisant leurs téléphones portables. C'est un exemple d'innovation qui a été développée par le pôle d'excellence finlandais Eureka, a-t-il expliqué.

Il a dit que les innovations naissaient des entreprises raccordées entre elles, petites ou grandes, dans un écosystème qui soutient l'innovation.

Les grandes entreprises peuvent aider les PME à emprunter le chemin vers les industries de hautes technologies, a affirmé M. Tuikka, et les entreprises plus petites peuvent se faire leur propre place dans cet environnement.

Christophe Leclercq,  fondateur et éditeur d'EURACTIV, et animateur du débat, a dit que comparé aux milliards d'euros dépensés pour renflouer les banques, le niveau de soutient aux PME n'était pas grand-chose.

Il a affirmé que l'innovation devrait devenir le message central de la stratégie Europe 2020 pour l'emploi – une avancée qui aiderait à communiquer le plan aux parties prenantes à travers l'Europe.

M. Leclercq a ajouté que la réforme sur la propriété intellectuelle était primordiale étant donné que le plupart des start-ups ont comme seules garanties leurs idées et leurs réputations.

La relance du marché du capital-risque en Europe est considérée comme primordiale pour stimuler l'innovation, ce qui pourrait figurer dans la future stratégie de recherche et d'innovation de l'UE (EURACTIV 18/02/10).

L'UE a augmenté ses investissements dans l'industrie du capital-risque et rendra un fonds d'1 milliard d'euros disponible d'ici fin 2012 (EURACTIV 23/03/10).

Le fonds d'investissement européen (FIE) a été mandaté pour accroître sa participation relative dans les fonds de capital-risque afin de s'assurer  qu'ils sont suffisamment larges pour soutenir le développement de nouvelles technologies innovantes.

Le fonds d'1 milliard, connu comme le Mezzanine Mandate for Growth (MFG), a déjà approuvé un certain nombre d'accords et sera pleinement opérationnel dans un délai de 18 mois.

 

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