L’industrie allemande craint que Bruxelles et Londres ne sous-estiment le Brexit

Les deux parties négociant le retrait du Royaume-Uni de l’UE sous-estiment les conséquences à long terme, selon un responsable de l’industrie allemande.

La sortie du Royaume-Uni du marché unique et de l’union douanière « aura des conséquences très négatives et très précises », a déclaré Karl Haeusgen, vice-président de l’Association de l’industrie mécanique allemande (VDMA).

Ce responsable s’est exprimé lors d’une table ronde entre 80 dirigeants politiques et d’entreprises dans la semaine où les négociateurs de Londres et de Bruxelles se sont enfin rencontrés officiellement pour la première fois pour élaborer les termes de la sortie du Royaume-Uni.

Suite à la décision de la Première ministre Theresa May d’organiser des élections anticipées pour renforcer son mandat, les deux parties ont perdu environ sept semaines de négociation alors que le calendrier de deux ans est déjà serré.

Au lieu d’accroître la mince majorité des conservateurs, les élections ont fait perdre à Theresa May le contrôle du Parlement et l’ont forcée à faire alliance avec les radicaux d’Irlande du Nord, le Parti unioniste démocrate (DUP).

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La Première ministre britannique, Theresa May, a nommé le pro-Européen Damian Green numéro deux du gouvernement. La chef d’État, qui lutte pour récupérer son autorité à la tête du parti conservateur, n’a pas opéré d’autres changements importants dans son cabinet. Un article d’Euroefe.

Cet accord « de confiance et de soutien » a de nouveau grignoté deux semaines de négociations. Les représentants de l’industrie britannique et du Parlement européen ont rappelé que l’accent devait désormais être placé sur un accord de transition, qui permettra au Royaume-Uni de ne pas être éjecté de l’UE en mars 2019 et de devoir revenir aux normes de l’Organisation mondiale du Commerce (OMC).

Selon Karl Haeusgen, qui représente plus de 3 000 fabricants allemands, ses membres s’inquiètent des normes communes, qui ont mis des dizaines d’années à être mises en place. « Je pense vraiment que les deux parties sous-estiment les conséquences de la sortie d’une si grande économie de l’UE – et de la construction de nouvelles frontières protectionnistes entre le Royaume-Uni et le reste de l’UE. »

« Il y aura des conséquences très spécifiques et négatives sur la population, et j’aimerais les préciser », a-t-il ajouté. « Prenez les machines par exemple. L’Allemagne produit de grandes pelleteuses, qui sont règlementées en matière de sécurité. Il a fallu des dizaines d’années pour que ces règles communes soient établies en Europe et pour que la conduite d’une pelleteuse soit sure. »

« Donc maintenant que le Royaume-Uni prend un chemin différend, quelle est la réglementation en vigueur ? La réglementation européenne fonctionnera-t-elle toujours au Royaume-Uni ? Seront-elles différentes et comment seront-elles gérées ? Il y a un énorme travail bureaucratique derrière cela et si le Royaume-Uni veut mettre en place sa propre bureaucratie, ça va être mauvais pour nous tous », s’inquiète-t-il.

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Confusion

Tous les participants se sont accordés à dire que la confusion régnait entre le marché unique, l’union douanière, les droits de douane et plus largement, l’Espace économique européen.

La Turquie par exemple, se trouve dans l’Union douanière sans être membre du marché unique, alors que l’Andorre et Monaco sont dans les deux, sans être membres de l’UE.

Le fossé entre ces petites économies et le Royaume-Uni – toujours la cinquième plus grande économie au monde selon le FMI – montre la nature sans précédent des négociations actuelles pour détricoter 44 ans d’adhésion du Royaume-Uni à l’UE.

Glenn Vaughan, directeur exécutif de la Chambre de commerce britannique en Belgique, estime que les négociations sont si complexes qu’il est désormais crucial de se concentrer sur la date butoir de mars 2019 pour ne pas que le Royaume-Uni sorte de l’UE sans accord.

Ce responsable, dont les membres ont majoritairement voté pour rester dans l’UE lors du référendum de juin 2016, souligne que si les négociations initiales continuent de tourner autour de la facture de divorce, des droits de citoyens et de l’Irlande du Nord, la probabilité de parvenir à un accord commercial d’ici à mars 2019 « est nulle ». « Ce qui est possible, c’est de ce préparer à ce qu’il se passera en mars 2019 », a-t-il ajouté.

Malgré les complexités colossales, Glenn Vaughan a terminé sur une touche d’optimisme : « nous sommes encore tous unis en Europe. Nous avons des économies profondément intégrées, nous sommes de proches cousins dans la manière dont nous pensons et nous sentons les choses, c’est ce qui nous rend spéciaux. C’est la base d’une relation forte et spéciale à l’avenir. »

Gesticulations

Le négociateur britannique, David Davis, a rencontré Michel Barnier, le négociateur de la Commission, pour les premières discussions et a tout de suite accepté le calendrier établi par Bruxelles.

Philippe Lamberts, eurodéputé belge, reproche aux deux parties de faire des manières. « La priorité des négociateurs devrait être avant tout de limiter les dégâts pour les 27 États membres, les citoyens et les entreprises d’une part et le Royaume-Uni et ses entreprises d’autre part », estime-t-il. « J’appelle donc les négociateurs à cesser de gesticuler pour rien […] je ne pense pas que ce soit très utile. »

 

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Les négociations pour un « retrait ordonné » du Royaume-Uni de l’UE ont été lancées le 19 juin par Michel Barnier et David Davis à Bruxelles. Les deux futurs divorcés ont tenté de faire bonne figure.

Retour en arrière

Depuis les élections britanniques non concluantes, un certain nombre de responsables politiques européens espère que le Royaume-Uni changera d’avis. Le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, et le président français, Emmanuel Macron, ont tous deux déclaré que le Royaume-Uni pouvait changer d’avis. À l’ouverture du Conseil européen la semaine dernière, Donald Tusk a été jusqu’à citer « Imagine » de John Lennon : « vous pouvez dire que je suis un rêveur, mais je ne suis pas le seul ».

« Mettons-nous au travail, essayons de négocier un accord. Mais en tant que démocrate je dirais aussi, demandons aux citoyens britanniques s’ils sont satisfaits de l’accord sur le Brexit », est d’avis Philippe Lamberts. « Ils ont donné au gouvernement le mandat de négocier le Brexit. Ils devront donc examiner le résultat et décider si c’est ce qu’ils souhaitent ou s’ils préfèrent le statu quo. »

« Imaginons un instant, si un second référendum se concluait par une majorité de citoyens britanniques disant, finalement, on préfère le statu quo, l’UE à 27 serait assez bienveillante et intelligente pour dire, ok, d’accord, vous pouvez rester », a-t-il poursuivi, tout en concluant : « c’est le scénario idéal. Se réalisera-t-il ? Je ne sais pas. Mais rien durant les négociations ne doit empêcher ce scénario de se réaliser. »

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