Le risque de retour aux frontières plane sur Gibraltar et l’Espagne

Le négociateur en chef de l'Union européenne, Michel Barnier (à g.) et le Premier ministre espagnol, Pedro Sanchez. [EPA-EFE/FERNANDO VILLAR]

Une frontière physique entre Gibraltar et l’Espagne sera à nouveau érigée le 1er janvier 2021, à moins que le Royaume-Uni et la Commission européenne ne se mettent d’accord sur un accord spécifique, qui devra aussi être approuvé par Madrid.

Le sort de la frontière entre Gibraltar et l’Espagne n’est pas tranché malgré le Brexit. Le négociateur en chef de l’UE pour le Brexit, Michel Barnier, a rappelé le 3 février que « l’application territoriale [des nouvelles dispositions] n’inclura [it] pas Gibraltar ».

La déclaration politique sur laquelle l’UE et le Royaume-Uni se sont mis d’accord stipule que le consentement explicite de l’Espagne serait nécessaire durant le processus de négociation. « Nous allons instaurer un dialogue spécifique entre le Royaume-Uni et l’UE, mais le Royaume d’Espagne devra donner son accord préalable pour chacun des chapitres abordés », a-t-il précisé.

Le 30 janvier à Madrid, la veille du Brexit, Michel Barnier s’est entretenu avec Pedro Sanchez, le Premier ministre espagnol. Les deux hommes ont notamment abordé la question de la relation future avec Gibraltar.

La Commission était prête à ouvrir parallèlement deux fronts de négociations avec Londres : un sur l’accord général et l’autre sur l’accord supplémentaire concernant Gibraltar, souligne un fonctionnaire européen. Mais le feu vert de l’Espagne se fait encore attendre.

Gibraltar exaspéré d’être le Rocher dans la chaussure du Brexit

Madrid « n’a pas besoin d’un fouet ». Gibraltar, enclave britannique dans le sud de l’Espagne, ne cachait pas jeudi son exaspération d’être devenue en quelques jours la principale menace pesant sur le Brexit.

Si ce « mini-accord » n’est pas prêt à la fin 2020, le grillage entre Gibraltar et l’Espagne sera à nouveau en place le 1er janvier 2021, mettant en péril 13 000 emplois dans l’Andalousie voisine.

Pour Fabian Picardo, le ministre en chef de Gibraltar, « la frontière doit être fluide », afin de minimiser l’impact du Brexit.

« Mais cette fluidité doit être fondée sur la non-discrimination, elle ne doit pas s’appliquer uniquement aux travailleurs frontaliers et les favoriser par rapport aux résidents de Gibraltar. Nous n’y consentirons pas », a-t-il prévenu.

Le fait que la question de Gibraltar soit exclue des pourparlers généraux sur la future relation entre Londres et Bruxelles ajoute une nouvelle pomme de discorde à ces négociations qui s’annoncent difficiles et pour lesquelles le temps est compté.

Boris Johnson, le Premier ministre britannique, a déclaré lundi que « le Royaume-Uni négocier[ait] au nom de toute la famille britannique. Cela inclut Gibraltar et la souveraineté de Gibraltar demeure, comme chacun sait, indivisible », a-t-il affirmé.

Les négociations destinées à conclure un accord propre à Gibraltar ne partiront pas de zéro. L’Espagne et le Royaume-Uni ont déjà mené des discussions au cours des années précédentes. En novembre 2018, les deux pays ont signé des mémorandums bilatéraux sur les droits des citoyens, le tabac et d’autres produits, ou encore sur la coopération environnementale, policière et douanière.

Ces documents visaient à clarifier la situation durant la période de transition et à jeter les bases de la négociation sur la future relation entre Gibraltar et l’Espagne.

Les eurodéputés qualifient Gibraltar de colonie

Un règlement relatif à la libre circulation des citoyens britanniques dans l’UE a été approuvé par les eurodéputés. Le texte fait toutefois polémique car il qualifie l’enclave britannique de Gibraltar de « colonie ».

Des fonctionnaires européens soulignent cependant que ces accords bilatéraux n’entreront en vigueur que s’ils sont repris dans le cadre de l’accord entre l’UE et le Royaume-Uni pour Gibraltar.

L’Espagne devrait coopérer très étroitement avec la Commission durant les négociations sur ce « mini-accord ».

Outre ces quatre mémorandums, l’Espagne et le Royaume-Uni ont également signé un accord international de coopération en matière fiscale et en particulier sur la lutte contre l’érosion fiscale.

Il s’agit du premier accord international signé par l’Espagne et le Royaume-Uni sur Gibraltar depuis le Traité d’Utrecht, qui a placé la presqu’île sous contrôle britannique en 1713.

A l’inverse des quatre mémorandums sectoriels, ce traité demeurera valable, même si aucun accord sur la relation future n’est trouvé, car il s’agit d’un accord international entre l’Espagne et le Royaume-Uni qui constituera, le cas échéant, l’option de repli en matière de coopération fiscale.

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