L’Irlande veut une frontière «invisible» avec le Royaume-Uni

Cette peinture a été réalisée à l’époque des “Troubles”, lorsque les attaques terroristes faisaient rage entre le Royaume-Uni et l’Irlande. Certains craignent que le Brexit puisse mener au rétablissement des contrôles aux frontières dans la région. [Phil Reed/Flickr]

L’Irlande souhaite que sa frontière avec le Royaume-Uni demeure « invisible » malgré le Brexit.  Mais a  clairement pris position l’UE, refusant de devenir le maillon faible de la future Union à cause de sa proximité avec Londres.

Le 9 février, le ministre irlandais des Affaires étrangères, Charles Flanagan, s’est entretenu avec les négociateurs en chef de la Commission européenne et du Parlement en charge du Brexit, Michel Barnier et Guy Verhofstadt. Le ministre a également rencontré certains eurodéputés de premier plan.

Après le Brexit, la République d’Irlande deviendra le seul pays disposant d’une frontière terrestre commune avec le Royaume-Uni.  La liberté de mouvement entre les deux pays est pour l’instant de mise à la frontière entre la République et l’Irlande du Nord. Tous les mois, plus d’un million de personnes traversent en effet la frontière, où le commerce transfrontalier occupe également une place importante.

Maintien du statu quo

« La frontière entre le nord et le sud est invisible », a déclaré Charles Flanagan aux journalistes, à l’occasion d’une visite éclair à Bruxelles. « Nous souhaitons tous maintenir le statu quo », a-t-il ajouté.

L’Irlande enjoint aux négociateurs de l’UE de reconnaître la nature unique de la frontière. D’après le ministre, les dirigeants européens reconnaissent le caractère spécial de la situation.

La Première ministre britannique, Theresa May, a signalé que le Royaume-Uni quitterait le marché unique et probablement l’union douanière. Elle n’a pour autant pas manqué d’évoquer le cas de l’Irlande dans un livre blanc rédigé pour le Brexit. Selon Charlie Flanagan, ce geste témoigne de la prise de conscience de la Première ministre quant à la spécificité des circonstances.

>> Lire : Les députés britanniques autorisent May à déclencher le Brexit

Le Royaume-Uni quitte le marché unique étant donné que l’accès à ce dernier dépend de la liberté de mouvement des citoyens européens au-delà des frontières nationales. Theresa May considère le résultat du référendum du 23 juin comme un mandat donné par le peuple pour reprendre le contrôle des frontières britanniques et limiter l’immigration.

Crainte du rétablissement des contrôles 

Certains craignent qu’un Brexit mal géré ne mène au rétablissement des contrôles aux frontières dans la région, frappée par la violence sectaire et le terrorisme dans le passé. Un tel retour en arrière pourrait avoir des conséquences sur l’économie irlandaise, qui se remet difficilement de la crise financière.

Le Brexit a également suscité un appel à la réunification de l’île. À ce sujet, le Premier ministre irlandais, Enda Kenny, a évoqué la possibilité d’un référendum à venir. L’île a été divisée en 1922, à l’issue de la Guerre d’indépendance irlandaise.

En 1998, l’Accord du Vendredi saint, régissant la gouvernance de l’Irlande du Nord, a été signé. Il a mis fin aux campagnes terroristes dans la région et dans le reste du Royaume-Uni.

Depuis lors, les relations entre le Royaume-Uni et l’Irlande se sont améliorées. D’après Charles Flanagan, l’UE a joué un rôle important dans le processus de négociation de paix.

>> Lire : Le premier ministre irlandais évoque un référendum de réunification

Un maillon faible

Le ministre rappelle cependant que les liens étroits et l’histoire commune de l’Irlande avec la Grande-Bretagne pourraient faire du pays le maillon faible de l’Union des 27.

« Nous nous positionnons fermement du côté de l’UE des 27 », a-t-il affirmé avant de souligner que l’Irlande du Nord a largement voté pour rester dans l’Union et que ses habitants sont admissibles à la citoyenneté irlandaise et donc à la citoyenneté européenne.

« Nous ne pensons pas que des sanctions doivent être imposées au Royaume-Uni », a-t-il ajouté.

Certains ont laissé entendre que l’UE infligerait des mesures punitives au pays afin de dissuader d’autres États membres de lui emboîter le pas. Charles Flanagan a cependant déclaré n’avoir entendu personne à Bruxelles proposer de telles dispositions.

Si le ministre est d’avis que le Brexit pose « des problèmes considérables » à l’Irlande tout entière, sa position de démocrate l’a contraint à accepter le vote britannique en faveur de celui-ci. « Je ne vois rien de positif dans le départ du Royaume-Uni de l’UE, que ce soit pour l’UE ou pour le pays », a-t-il ajouté.

En vertu du calendrier édicté par Theresa May, les négociations débuteront à la fin du mois de mars par la mise en œuvre de l’Article 50, la procédure légale à suivre pour officialiser le départ du Royaume-Uni.

Par ailleurs, Michel Barnier et les représentants du pays devront également se mettre d’accord sur la somme que le Royaume-Uni devra verser pour partir.  La Commission européenne a déclaré en début de semaine que le Royaume-Uni ne devra en fin de compte payer que le montant qui lui est dû.

>> Lire : «Nous ne devrions pas punir le Royaume-Uni pour le Brexit»

Subscribe to our newsletters

Subscribe

Envie de savoir ce qu'il se passe ailleurs en Europe? Souscrivez maintenant à The Capitals.